DES COUPS ET DES COÛTS

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Rédacteur en chef

La guerre au ter­ro­risme en Tu­ni­sie, est pour nombre de ci­toyens, l’af­faire de l’Etat. Ils ont, à tort, l’im­pres­sion que du mo­ment que la me­nace est cir­cons­crite aux monts Chaâm­bi, Mghil­la ou Sel­loum, des contrées éloi­gnées des villes, ils se­ront à l’abri de l’hor­reur. Er­reur, ils sont pour­tant au coeur-même de cette guerre et de ses ef­fets col­la­té­raux. Car, même s’il semble que sur le court terme, c’est l’État qui sup­porte le far­deau d’une at­taque ter­ro­riste, sur le moyen terme, le même ter­ro­risme fe­ra lo­ger le diable dans la bourse des ci­toyens à coups d’aug­men­ta­tions, de re­te­nues fis­cales, de taxes sup­plé­men­taires et de re­cou­vre­ment de créances au for­ceps. L’im­pact des actes ter­ro­ristes sur l’ac­ti­vi­té éco­no­mique a fait l’ob­jet d’une étude du Centre tu­ni­sien de veille et d’in­tel­li­gence éco­no­mique. Cette étude fait res­sor­tir que les dé­penses pour le ren­for­ce­ment de l’ap­pa­reil sé­cu­ri­taire et de dé­fense ont at­teint 1.125 MDT, soit l’équi­valent de 1.8% du PIB. Cette aug­men­ta­tion a, bien en­ten­du, été faite au dé­tri­ment du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et so­cial. Tout comme la coupe opé­rée dans le bud­get du mi­nis­tère de l’Emploi (730 MDT) et les ré­vi­sions à la baisse du bud­get du mi­nis­tère du Dé­ve­lop­pe­ment ou ce­lui de l’Agri­cul­ture. L’at­ten­tat de Sousse a, par exemple, ac­cu­lé l’Etat à prendre des me­sures ur­gentes qui sont ve­nues fra­gi­li­ser da­van­tage ses res­sources. Ain­si, un manque à ga­gner de 33% des re­ve­nus de la TVA a été en­re­gis­tré suite à la dé­ci­sion de ra­me­ner la TVA dans le sec­teur tou­ris­tique de 12 à 8%. L’aban­don des timbres fis­caux de 30 DT, im­po­sés aux tou­ristes en par­tance de la Tu­ni­sie, au­ra coû­té à la Tu­ni­sie, à par­tir du 1er juillet 2015, un manque à ga­gner fiscal de 90 MDT, soit 0.12% du PIB. D’autre part, un at­ten­tat n’in­cite pas les in­ves­tis­seurs étran­gers à s’im­plan­ter dans le pays et pous­se­rait en moyenne 300 en­tre­prises à se dé­lo­ca­li­ser. Ce sont donc 3.600 em­plois qui dis­pa­raissent chaque fois qu’un mal­heur de ce genre nous frappe. C’est l’ef­fet de ci­seaux. D’autres coûts, tels que de nou­veaux pro­duits d’as­su­rance ou ceux re­la­tifs à la trans­for­ma­tion de la struc­ture de mar­ché suite à l’ap­pa­ri­tion de nou­velles coa­li­tions et de groupes d’in­té­rêt dif­fi­ciles. Ils pèsent sur la com­pé­ti­ti­vi­té du sec­teur pri­vé et re­pré­sentent, pour ceux qui ré­sistent, un prix d’adap­ta­tion à la vio­lence et à l’in­sé­cu­ri­té et pè­se­ra pour faire face aux re­ven­di­ca­tions so­ciales. C’est ce qui fait que les Tu­ni­siens en­caissent, su­bissent et dé­priment et que le tor­chon brûle un peu par­tout, dans tous les sec­teurs d’ac­ti­vi­té éco­no­mique et dans toutes les ré­gions. Une illus­tra­tion par­faite du ma­laise qui se­coue la so­cié­té tu­ni­sienne de­puis l’ap­pa­ri­tion de l’hydre ter­ro­riste.

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