LA PA­NA­CÉE DES

La Presse Business (Tunisia) - - CLIN D’OEIL -

Con­seil is­la­mique de ju­ris­pru­dence (ba­sé en Ara­bie Saou­dite, comme par ha­sard) en fé­vrier 1988. Pour ten­ter de com­prendre la chose, un sak (sin­gu­lier de su­kuk) est donc un cer­ti­fi­cat fi­nan­cier is­la­mique (tout sim­ple­ment une obli­ga­tion dans le monde fi­nan­cier clas­sique), conforme, bien évi­dem­ment, à la Cha­riâa. Notre pro­ver­biale As­sem­blée na­tio­nale consti­tuante avait adop­té le 30 juillet 2013 une loi oc­troyant la pos­si­bi­li­té d’émettre des su­kuk en di­nars ou en de­vises. Un dis­po­si­tif à re­tar­de­ment se­mé par­mi bien d’autres ! Au titre du bud­get 2013, le mi­nis­tère des Fi­nances de l’époque pré­voyait une émis­sion de su­kuk d’un mon­tant de 1.000 mil­lions de di­nars. Tout ce­la sans al­ler jus­qu’à éla­bo­rer un cadre ré­gle­men­taire fixant les dif­fé­rents as­pects de l’opé­ra­tion. L’échec pro­gram­mé de cette dé­marche dé­ma­go­gique n’a pas em­pê­ché les gou­ver­nants d’alors de re­fi­ler le ca­deau em­poi­son­né à leurs suc­ces­seurs. Mais voi­là que notre tou­jours lo­quace mi­nistre des Fi­nances confirme l’émis­sion de su­kuk, (es­ti­més à 1.000 mil­lions de di­nars), no­tam­ment pour hy­po­thè­quer le stade olym­pique de Ra­dès en vue de fi­nan­cer le bud­get de l’Etat 2016. Outre la no­ci­vi­té d’un pro­jet to­ta­li­taire à peine voi­lé, fon­dé sur une idéo­lo­gie contro­ver­sée qui ma­ni­pule l’Is­lam en vue de trans­for­mer le dis­po­si­tif po­li­tique et so­cial de l’Etat tu­ni­sien, la fi­nance is­la­mique manque de trans­pa­rence. Ses concepts et les termes em­ployés dans son trai­te­ment sont étran­gers au jar­gon fi­nan­cier stan­dard. Non seule­ment cette «fi­nance» va­lo­rise as­sez peu les bonnes pra­tiques de gou­ver­nance, qui plus est, elle s’avère par­ti­cu­liè­re­ment alam­bi­quée au ni­veau de la com­pa­ra­bi­li­té des bi­lans ban­caires is­la­miques et conven­tion­nels, comme de la ges­tion des risques qui né­ces­site une ap­proche spé­ci­fique. Il est vrai que cer­tains pays eu­ro­péens ont adop­té de ma­nière li­mi­tée cette for­mule dans un en­vi­ron­ne­ment so­cial so­li­de­ment sé­cu­la­ri­sé, s’ap­puyant sur des équi­libres ma­croé­co­no­miques et des fon­da­men­taux stables et per­for­mants. Ces pays dis­posent aus­si de la ca­pa­ci­té à la fois de maî­tri­ser et de ti­rer bé­né­fice de cette for­mule. Or tel n’est pas le cas de la Tu­ni­sie, dont la si­tua­tion fi­nan­cière est bien dé­li­cate, avec une éco­no­mie fra­gi­li­sée et struc­tu­rel­le­ment af­fai­blie. Il est donc, pour le moins, pré­ma­tu­ré de se lan­cer tête bais­sée dans cette aven­ture hau­te­ment ris­quée pour l’in­dé­pen­dance éco­no­mique du pays.

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