DE LA CULTURE DE L’OLI­VIER DANS LE CENTRE DE LA TU­NI­SIE

Nous con­ti­nuons de pu­blier la syn­thèse d’un rap­port ré­di­gé par Paul Bourde, di­rec­teur de l’Agri­cul­ture du temps du Pro­tec­to­rat fran­çais, et qui a fo­ca­li­sé ses tra­vaux sur l’ave­nir de la culture de l’oli­vier dans le centre de la Tu­ni­sie

La Presse Business (Tunisia) - - HISTOIRE -

En au­cune autre par­tie de la By­za­cène, le pro­blème de son an­cienne pros­pé­ri­té ne se pose d’une fa­çon aus­si sai­sis­sante que sur cette route de Tha­la à Gaf­sa ; quand on la par­court au­jourd’hui, le si­gna­le­ment qu’en donne Sal­luste pa­raît en­core de la plus exacte vé­ri­té. Le pays y est, comme de son temps, in­culte, des­sé­ché, in­ha­bi­té, af­freux. Et ce­pen­dant, sur cette même route, se trouvent les ruines des villes de Cillium et de The­lepte et de nom­breuses ruines de vil­lages et de fermes. Entre la so­li­tude tra­ver­sée par Ma­rius et la so­li­tude que l’on tra­verse de nou­veau, au­jourd’hui, s’est in­ter­ca­lée une pé­riode de culture ac­tive et de très grande pros­pé­ri­té. El Be­kri, qui en a vu les der­niers mo­ments au on­zième siècle, pou­vait en­core faire de la ré­gion de Gaf­sa cette des­crip­tion si dif­fé­rente de celle de Sal­luste : «Dans les en­vi­rons de la ville, on compte plus de deux cents bour­gades flo­ris­santes, bien peu­plées et ar­ro­sées par les eaux tant à l’in­té­rieur qu’à l’ex­té­rieur. On dé­signe ces vil­lages sous le nom de KsourGaf­sa : les bour­gades de Gaf­sa. Les im­pôts de Gaf­sa rap­portent 50,000 di­nars (en­vi­ron 500,000 francs). Par­mi ces bour­gades, on re­marque celle de To­rac, si­tuée à moi­tié che­min entre Gaf­sa et Fedj-el-Him­mar (ce sont pro­ba­ble­ment les ruines qu’on re­marque ac­tuel­le­ment près de Me­ret­bah). To­rac est grande et très peu­plée ; elle pos­sède un dja­mé (mos­quée avec mi­na­ret) et un ba­zar bien mon­té. On y récolte beau­coup de pis­taches». Com­ment cette so­li­tude a-t-elle donc été vi­vi­fiée et com­ment a-t-elle pu se cou­vrir ain­si, un mo­ment, d’ha­bi­tants? A en ju­ger par le ca­rac­tère des mo­nu­ments pu­blics les plus fré­quents par­mi les ruines, sa mise en va­leur s’est ache­vée vers l’époque où le chris­tia­nisme a été re­con­nu comme re­li­gion of­fi­cielle de l’em­pire. Est-il à pré­su­mer que, pen­dant les quatre siècles qui sé­parent cette époque du temps de Sal­luste, les fo­rêts ont pous­sé, les pluies sont de­ve­nues abon­dantes et les rivières se sont mises à cou­ler? Si l’on songe que ce­la sup­po­se­rait non pas une, mais deux trans­for­ma­tions du cli­mat et du sol, une pre­mière trans­for­ma­tion pour pas­ser du dé­sert aride de Ma­rius à la fer­ti­li­té de l’époque chré­tienne, et une se­conde trans­for­ma­tion pour re­ve­nir de la fer­ti­li­té de l’époque chré­tienne au dé­sert aride d’au­jourd’hui, on n’ose­ra plus se conten­ter de cette hy­po­thèse.

LES CULTURES FRUI­TIÈRES COU­VRAIENT AU­TRE­FOIS LE CENTRE DE LA TU­NI­SIE

L’An­ti­qui­té a fait à l’Afrique une ré­pu­ta­tion ex­cep­tion­nelle comme pro­duc­trice de cé­réales. Cette ré­pu­ta­tion a trom­pé sur le centre de la Tu­ni­sie. On l’a étu­dié avec cette idée pré­con­çue que l’éco­no­mie ru­rale en de­vait re­po­ser ja­dis sur la production des cé­réales, et comme on n’y

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