DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DE L’OMC, RO­BER­TO AZE­VÊ­DO

«LES DÉ­FIS DU DÉ­VE­LOP­PE­MENT POUR NAI­RO­BI ET AU-DE­LÀ»

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

En ma qua­li­té de di­rec­teur gé­né­ral de l’OMC, je me dé­place dans le monde en­tier, et par­tout où je vais, on me pose la même ques­tion. Mes in­ter­lo­cu­teurs veulent avoir mon avis sur l’éco­no­mie mon­diale et sur ce que se­ra la pro­chaine grande ten­dance. Et je leur fais tou­jours la même ré­ponse: l’Afrique. Je leur parle du dy­na­misme de l’Afrique, conti­nent où la po­pu­la­tion est la plus jeune et qui af­fiche la plus forte crois­sance. Et je leur parle de l’éner­gie et de la dé­ter­mi­na­tion que je per­çois chez tous les di­ri­geants et les hommes et femmes d’af­faires afri­cains que je ren­contre. Pour moi, le po­ten­tiel de l’Afrique est in­éga­lé. Et je suis convain­cu que le com­merce a un rôle dé­ci­sif à jouer dans la concré­ti­sa­tion de ce po­ten­tiel. En 1994, les na­tions du monde se sont réunies à Mar­ra­kech dans le but de créer une or­ga­ni­sa­tion char­gée de ré­gu­ler et de ré­for­mer le com­merce in­ter­na­tio­nal. L’OMC est en­trée en ac­tion le 1er jan­vier 1995. Au­jourd’hui, deux dé­cen­nies plus tard, l’OMC est de re­tour en Afrique pour te­nir à Nai­ro­bi sa Confé­rence mi­nis­té­rielle bien­nale – pre­mière réunion de ce type à se te­nir sur le conti­nent afri­cain en 20 ans d’his­toire de l’or­ga­ni­sa­tion. Nous de­vons être at­ten­tifs à ne pas ra­ter cette oc­ca­sion d’ob­te­nir des résultats pour l’Afrique. L’OMC compte au­jourd’hui 161 membres qui sont, ma­jo­ri­tai­re­ment, des pays en dé­ve­lop­pe­ment ou des pays moins avan­cés (PMA). Ce qui fait la sin­gu­la­ri­té de l’OMC, c’est que toutes les voix y sont en­ten­dues, cha­cun a sa place à la table des né­go­cia­tions, riche ou pauvre, dé­ve­lop­pé ou en dé­ve­lop­pe­ment. Mais, par­mi ces voix, la voix de l’Afrique est celle qui s’est le plus af­fir­mée, ces der­nières an­nées. L’OMC compte au­jourd’hui 43 membres afri­cains – soit plus d’un quart de l’ef­fec­tif to­tal – et cette re­pré­sen­ta­tion s’ac­croît. En avril der­nier, les Sey­chelles ont re­joint l’or­ga­ni­sa­tion et quand nous nous réuni­rons à Nai­ro­bi en dé­cembre, nous ac­cueille­rons le Li­bé­ria. L’en­ga­ge­ment des pays afri­cains à l’OMC a été

l’OMC est de re­tour en Afrique pour te­nir à Nai­ro­bi sa Confé­rence mi­nis­té­rielle bien­nale – pre­mière réunion de ce type à se te­nir sur le conti­nent afri­cain en 20 ans d’his­toire de l’or­ga­ni­sa­tion.

es­sen­tiel pour ob­te­nir des résultats en ma­tière de dé­ve­lop­pe­ment. Le «pa­quet de Ba­li» ap­prou­vé en 2013 en est un bon exemple. Les pays afri­cains ont joué un rôle cru­cial dans les né­go­cia­tions ayant abou­ti à cet en­semble de me­sures qui, nul ne s’en éton­ne­ra, a pro­duit d’ex­cel­lents résultats pour la ré­gion. On y trouve des me­sures sur l’agri­cul­ture et la sécurité ali­men­taire, une sé­rie de dé­ci­sions sur les ques­tions re­la­tives aux PMA (y com­pris sur le co­ton) et l’Ac­cord sur la fa­ci­li­ta­tion des échanges. Cet ac­cord se­ra d’une aide consi­dé­rable et il pour­rait jouer un rôle im­por­tant dans la fa­ci­li­ta­tion de l’in­té­gra­tion éco­no­mique en Afrique. En ra­tio­na­li­sant et en stan­dar­di­sant les for­ma­li­tés à la fron­tière et les for­ma­li­tés doua­nières, l’ac­cord contri­bue­ra à ré­duire de fa­çon spec­ta­cu­laire les coûts as­so­ciés aux échanges com­mer­ciaux – de plus de 16% dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai pour l’Afrique où le coût des for­ma­li­tés doua­nières tend à être très éle­vé (en­vi­ron 30% plus éle­vé que la moyenne mon­diale, se­lon la Com­mis­sion éco­no­mique des Na­tions unies pour l’Afrique). L’Afrique de l’Est a dé­jà pu consta­ter les re­tom­bées bé­né­fiques de la fa­ci­li­ta­tion des échanges. Ain­si, il fal­lait à un ca­mion jus­qu’à trois se­maines pour se rendre à Kam­pa­la de­puis le port de Mom­ba­sa en rai­son des lenteurs ad­mi­nis­tra­tives dans le port et aux postes-fron­tières. Grâce à un ap­pui à la fa­ci­li­ta­tion des échanges bien ci­blé, le temps moyen pour dé­doua­ner les mar­chan­dises au port et les ache­mi­ner jus­qu’à Kam­pa­la est main­te­nant voi­sin de quatre jours, ce qui fait faire des éco­no­mies consi­dé­rables aux en­tre­prises. L’Ac­cord sur la fa­ci­li­ta­tion des échanges pour­rait avoir un im­pact bien plus large en­core, no­tam­ment parce qu’il pré­voit un ap­pui sur le ter­rain à sa mise en oeuvre. Le tra­vail de l’OMC ne se borne pas à ap­por­ter des ajus­te­ments aux règles du com­merce – nous dis­pen­sons un ap­pui concret aux pays pour en ren­for­cer les ca­pa­ci­tés en ma­tière de com­merce. Plus de 260 mil­liards de dol­lars ont été dé­bour­sés par le biais de l’ini­tia­tive «Aide pour le com­merce» pi­lo­tée par l’OMC – et nous sa­vons que cet ap­pui a des ef­fets po­si­tifs. Chaque dol­lar in­ves­ti dans l’Aide pour le com­merce gé­nère près de 8 dol­lars d’ex­por­ta­tions pour les pays en dé­ve­lop­pe­ment en gé­né­ral – et 20 dol­lars d’ex­por­ta­tions pour les pays les plus pauvres. Cette ques­tion se­ra à l’ordre du jour de notre réunion à Nai­ro­bi où nous lan­ce­rons la deuxième phase d’un pro­gramme, ap­pe­lé «Cadre in­té­gré ren­for­cé», qui a pour vo­ca­tion d’ai­der les PMA à faire du com­merce un le­vier de crois­sance et de lutte contre la pau­vre­té. Nous en­ten­dons ob­te­nir des résultats sur plu­sieurs fronts à Nai­ro­bi. Les membres de l’OMC débattent ac­tuel­le­ment d’im­por­tants résultats li­vrables po­ten­tiels dans l’agri­cul­ture, ain­si que d’un en­semble de me­sures vi­sant à ren­for­cer la ca­pa­ci­té des PMA à com­mer­cer. Il se­ra dif­fi­cile de faire avan­cer ces né­go­cia­tions, mais notre par­cours à ce jour dé­montre que c’est pos­sible, lorsque nous nous mon­trons créa­tifs et in­no­vants. Nous avons ob­te­nu ré­cem­ment des résultats en­cou­ra­geants sous la forme du pa­quet de Ba­li, qui a ren­con­tré un franc suc­cès, et de la dé­ci­sion prise par les membres de pro­ro­ger une exemp­tion re­la­tive aux bre­vets sur les mé­di­ca­ments pour les pays les plus pauvres. Mais il va de soi que notre tra­vail ne s’achè­ve­ra pas à Nai­ro­bi. Outre la ques­tion im­por­tante des résultats li­vrables, il y au­ra un dé­bat sur l’orien­ta­tion à don­ner à notre ac­tion fu­ture, no­tam­ment en ce qui concerne l’ave­nir des né­go­cia­tions du «Cycle de dé­ve­lop­pe­ment de Do­ha». Ce cycle a pro­gres­sé à pas comp­tés de­puis son lan­ce­ment en 2001 – et quand les né­go­cia­tions sont lentes à l’OMC, les pays se tournent vers d’autres op­tions, telles que les ac­cords com­mer­ciaux ré­gio­naux. Ces ini­tia­tives sont po­si­tives mais l’OMC doit, elle aus­si, al­ler de l’avant. A vou­loir tout ré­gler dans des ins­tances ré­gio­nales, on court le risque de mar­gi­na­li­ser les pays en dé­ve­lop­pe­ment et les PMA. Ce n’est qu’au ni­veau mul­ti­la­té­ral que toutes les voix se font en­tendre et que les pro­blèmes de dé­ve­lop­pe­ment les plus épi­neux, comme ce­lui des sub­ven­tions agri­coles, peuvent être ré­glés ef­fi­ca­ce­ment. Le com­merce s’est ré­vé­lé l’un des meilleurs moyens de lut­ter contre la pau­vre­té dans l’His­toire. Il a joué un rôle clé dans la réa­li­sa­tion de l’Ob­jec­tif du mil­lé­naire pour le dé­ve­lop­pe­ment qui était de ré­duire de moi­tié l’ex­trême pau­vre­té – et il est un élé­ment clé des nou­veaux ob­jec­tifs de dé­ve­lop­pe­ment du­rable fixés par l’ONU. Du­rant les deux der­nières dé­cen­nies, l’OMC a ai­dé les éco­no­mies afri­caines à se dé­ve­lop­per. Veillons à pour­suivre cette col­la­bo­ra­tion pour ob­te­nir plus en­core – en com­men­çant à Nai­ro­bi en dé­cembre.

Chaque dol­lar in­ves­ti dans l’Aide pour le com­merce gé­nère près de 8 dol­lars d’ex­por­ta­tions pour les pays en dé­ve­lop­pe­ment en gé­né­ral – et 20 dol­lars d’ex­por­ta­tions pour les pays les plus pauvres.

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