POUR AP­PLI­QUER L’AGEN­DA NU­MÉ­RIQUE DE BEN ALI

Le mi­nis­tère des Tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion et de l’Eco­no­mie nu­mé­rique se mé­ta­mor­phose, mais ne change pas. Même s’il fait évo­luer son iden­ti­té et ses pré­ro­ga­tives en rem­pla­çant «In­for­ma­tion» par «Eco­no­mie nu­mé­rique», le constat reste dé­so­lant. Les

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE -

La neu­vième édi­tion de l’ICT4ALL a été pour le mi­nistre une au­baine in­es­pé­rée, pour la cir­cons­tance il a, même, trans­fé­ré son bu­reau de la rue d’Angleterre vers le parc tou­ris­tique de la Mé­di­na Yas­mine Hammamet. L’ICT4ALL consti­tue l’ou­til d’éva­lua­tion des réa­li­sa­tions, des re­com­man­da­tions de l’Agen­da de la Tu­ni­sie, adop­té lors du Som­met Mon­dial sur la So­cié­té de l’In­for­ma­tion (Smsi) 2005. Une an­née mé­mo­rable du­rant la­quelle Ben Ali a réus­si l’ex­ploit, jus­qu’à ce jour in­éga­lé, de réunir 50 Chefs d’État ou de gou­ver­ne­ment et vice-pré­si­dents et 197 Mi­nistres et vice-mi­nistres de 175 pays, ain­si que d’émi­nents re­pré­sen­tants d’or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, du sec­teur pri­vé et de la so­cié­té ci­vile, qui ont ap­por­té un ap­pui po­li­tique à l’en­ga­ge­ment de Tu­nis et à son Agen­da pour la so­cié­té de l’in­for­ma­tion et qui ont été adop­tés le 18 no­vembre 2005. Plus de 19.000 par­ti­ci­pants de 174 pays ont as­sis­té au som­met et aux ac­ti­vi­tés connexes. Un évé­ne­ment ma­quillé et ha­billé aux cou­leurs du 7 no­vembre et qui a réus­si à se main­te­nir et à réunir toute la classe po­li­tique post- 14 jan­vier 2011. Grâce à Noô­mane Feh­ri, la Tu­ni­sie ap­plique donc les di­rec­tives et les re­com­man­da­tions de l’Agen­da du Smsi 2005. A se de­man­der si le pays a gar­dé les mêmes stra­té­gies en dé­pha­sage to­tal avec la réa­li­té contem­po­raine. «La tête dans le gui­don», on fonce vers un ave­nir vir­tuel sans se sou­cier de la crise non seule­ment in­ter­na­tio­nale, mais sur­tout na­tio­nale. Seule at­trac­tion grand pu­blic de l’ICT4ALL 2014, une énième dé­mons­tra­tion de la qua­trième gé­né­ra­tion pré­sen­tée en fan­fare au chef du gou­ver­ne­ment, Ha­bib Es­sid, par l’opé­ra­teur his­to­rique. Ten­tant de faire ou­blier les mal­heu­reux 50 000 di­nars de la li­cence Ly­ca­Mo­bile, Feh­ri n’a pas ta­ri d’éloges quant aux cen­taines de mil­lions qu’ils es­pèrent ar­ra­cher à Ooredoo & Orange. Pour­tant, les opé­ra­teurs pri­vés étu­dient en­core la per­ti­nence d’in­ves­tir en­vi­ron 500 mil­lions de di­nars (150 mil­lions pour le prix mi­ni­mal de la li­cence et plus de 300 mil­lions de di­nars pour pré­pa­rer le ré­seau à la 4G). Tu­ni­sie Té­lé­com, or­gane de pro­pa­gande par ex­cel­lence du mi­nistre des Tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion et de l’Eco­no­mie nu­mé­rique, mul­ti­plie, quant à elle, les an­nonces de test. A 70 km de Tu­nis, les vi­si­teurs man­quaient à l’ap­pel. Mais les spon­sors, ac­teurs du sec­teur des té­lé­com­mu­ni­ca­tions, n’ont pas pu s’ex­cu­ser cette an­née en­core. Ils étaient contraints à dé­bour­ser plus de 100.000 di­nars. Ils avaient droit à un stand dans les sous-sols de la Mé­di­na et à un lo­go pla­car­dé sur toutes les pan­cartes de l’évé­ne­ment. Les quelques mil­lions de di­nars in­ves­tis pour 3 jours de spé­cu­la­tions tech­no­lo­giques vien­dront s’ajou­ter au bud­get fa­ra­mi­neux des édi­tions pré­cé­dentes et du Smsi 2005. L’Eco­no­mie nu­mé­rique de Noo­mane Feh­ri semble être une éco­no­mie illu­sion­niste et l’ICT4ALL 2015 vient té­moi­gner de la faille qui se creuse entre les vraies at­tentes du grand pu­blic et les pro­jets ir­réa­li­sables d’un mi­nis­tère.

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