ON NAGE ENTRE DEUX EAUX

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Rédacteur en chef

En ma­tière de chan­ge­ments cli­ma­tiques, ce sont les pays en dé­ve­lop­pe­ment qui vont être le plus du­re­ment tou­chés. Ils se­ront tou­chés de plein fouet par la hausse des tem­pé­ra­tures, les fluc­tua­tions du ré­gime des pré­ci­pi­ta­tions, l’élé­va­tion du ni­veau de la mer, l’aug­men­ta­tion de la fré­quence des ca­tas­trophes mé­téo­ro­lo­giques... Ces ef­fets me­na­ce­ront di­rec­te­ment plu­sieurs sec­teurs vi­taux, en l’oc­cur­rence l’agri­cul­ture et l’ali­men­ta­tion, l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau et ins­tau­re­ront l’in­sé­cu­ri­té ali­men­taire. Au grand dam des ac­ti­vistes de l’en­vi­ron­ne­ment dans notre pays, la ques­tion du cli­mat est tou­jours re­lé­guée au se­cond plan, tel­le­ment nos urgences portent sur des su­jets ap­pa­ram­ment plus brû­lants, tels que l’in­sé­cu­ri­té, le chô­mage, la re­lance éco­no­mique, etc. Pour­tant, la me­nace est là. Les dan­gers aus­si. En ef­fet, les nou­veaux risques ap­pa­raissent à un rythme sou­te­nu. Des in­di­ca­teurs alar­mants ont été ré­vé­lés sur ce que les ca­tas­trophes cli­ma­tiques ont en­gen­dré du­rant les 30 der­nières an­nées et qui ont tou­ché près de 50 mil­lions de per­sonnes dans la ré­gion du monde arabe, re­pré­sen­tant un coût di­rect d’en­vi­ron 12 mil­liards de dol­lars et un coût in­di­rect plus éle­vé. Sur un autre plan, les ten­dances ré­centes laissent pré­sa­ger une aug­men­ta­tion de la su­per­fi­cie des ré­gions arides et, par consé­quent, des inon­da­tions sou­daines. En 2010, l’an­née la plus chaude de­puis la fin du XIXe siècle, les chan­ge­ments cli­ma­tiques ont me­na­cé en­vi­ron 198 pays, dont cinq étaient de la ré­gion Me­na, où les tem­pé­ra­tures ont at­teint de nou­veaux som­mets et les pré­ci­pi­ta­tions ont di­mi­nué, sa­chant que ces ré­gions sont celles où les ré­serves d’eau douce sont les plus li­mi­tées. De ce fait, cette pré­cieuse res­source na­tu­relle pour­rait de­ve­nir en­core plus rare. La ru­desse du cli­mat est en voie de me­na­cer les moyens de sub­sis­tance dans toute la ré­gion et d’af­fec­ter le sec­teur du tou­risme qui gé­nère chaque an­née 50 mil­liards de dol­lars, ain­si que ce­lui de l’agri­cul­ture dé­jà du­re­ment éprou­vé par la sé­che­resse et les pluies spo­ra­diques. Les re­tom­bées né­ga­tives pour­ront aus­si avoir d’autres consé­quences d’ordre so­cial, dont les mi­gra­tions vers des villes et des zones cô­tières vul­né­rables, le bou­le­ver­se­ment des rôles so­ciaux tra­di­tion­nels.Le chan­ge­ment cli­ma­tique est tout ce qu’il y a de plus concret pour les po­pu­la­tions. Plus le cli­mat de­vient ex­trême, plus ses ef­fets sur les moyens de sub­sis­tance et le bien-être des po­pu­la­tions le se­ront aus­si. L’heure est ve­nue d’agir sur le plan na­tio­nal et ré­gio­nal, si l’on veut ren­for­cer la ré­si­lience face au chan­ge­ment cli­ma­tique. Il ne faut plus conti­nuer à na­ger entre deux eaux. Certes, la Tu­ni­sie au­ra be­soin 2 mil­liards de dol­lars pour pou­voir at­té­nuer ses émis­sions de gaz à ef­fet de serre (GES). Il n’em­pêche, il est aus­si im­pé­ra­tif d’in­té­grer l’adap­ta­tion à ces exi­gences nou­velles dans toutes les po­li­tiques et ini­tia­tives na­tio­nales afin que celles-ci fa­vo­risent une meilleure ré­si­lience aux aléas cli­ma­tiques. Il s’agit d’éla­bo­rer une éva­lua­tion com­plète des dan­gers que peut cau­ser un tel phé­no­mène et d’y pa­rer au­tant que faire se peut par la mise en place d’une in­fra­struc­ture de base à même de nous pré­mu­nir contre les ef­fets né­ga­tifs de l’évo­lu­tion du cli­mat.

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