L’APRÈS-NAS­SER

La Presse Business (Tunisia) - - LIVRE -

Au­tant les lignes que Rou­leau consacre à Nas­ser vibrent d’ad­mi­ra­tion, au­tant les qualificatifs dont il gra­ti­fie Sa­date, le nou­veau chef d’État, res­pirent un mé­pris sans ap­pel. An­cien agent de Ber­lin, nos­tal­gique du IIIe Reich, ce­lui que Kis­sin­ger traite de «bouf­fon am­pou­lé» a été ra­dié de l’ar­mée. Sa fa­meuse In­fi­tah est sy­no­nyme de po­li­tique éco­no­mique néo-li­bé­rale et d’amé­ri­ca­ni­sa­tion du pays, vi­sant à gom­mer les ac­quis so­cia­listes. Dans les an­nées 70, Ariel Sha­ron, ju­gé, même par ceux qui le connaissent, sans scru­pules ni prin­cipes, se livre à des atro­ci­tés en Pa­les­tine. Ses chars prennent d’as­saut des camps de ré­fu­giés et, au fil des mois, ré­duisent en cendres quelque 20.000 lo­ge­ments. Pierre Men­dès France, qui oeuvre en cou­lisse pour la paix au Proche Orient, pro­clame que la créa­tion d’un État pa­les­ti­nien est in­dis­pen­sable. Peu à peu, l’au­to­ri­té pa­les­ti­nienne s’en­gage sur la voie de la di­plo­ma­tie, ce qui vaut à Ara­fat d’être re­çu au Krem­lin en 1974 et de faire un dis­cours à l’ONU qui re­con­naît le droit du peuple pa­les­ti­nien à l’in­dé­pen­dance et à la sou­ve­rai­ne­té. Les pa­ci­fistes is­raé­liens font de plus en plus clai­re­ment en­tendre leur voix. Par­mi eux Uri Av­ne­ry, Hen­ri Cu­riel, du cou­rant uni­ver­sa­liste et li­bé­ral, grand homme du tiers monde, qui fi­nit as­sas­si­né, et Nahum Gold­mann. Quant à Ara­fat, qui a sa­cri­fié sa vie à la mise sur pied d’un État pa­les­ti­nien, il ne ver­ra pas son pro­jet abou­tir. As­sié­gé à Ra­mal­lah à la fin de sa vie, il au­rait été em­poi­son­né. Uri Dan, ad­mi­ra­teur et in­time de Sha­ron, au­quel il consacre une bio­gra­phie, confirme cette ru­meur. «Le Pre­mier mi­nistre is­raé­lien avait ob­te­nu dans une conver­sa­tion té­lé­pho­nique l’agré­ment im­pli­cite du pré­sident Bush. Ara­fat, se­lon son mé­de­cin per­son­nel, au­rait suc­com­bé à un « poi­son qui ne laisse pas de traces». Éric Rou­leau lui a ren­du vi­site quelques mois avant sa mort. Mah­moud Abb­bas (alias Abou Ma­zen), re­prend le flam­beau, pour consta­ter la vi­re­volte d’Oba­ma, sous les pres­sions is­raé­liennes. En 2009, dans une al­lo­cu­tion au Caire, le pré­sident amé­ri­cain qua­li­fie d’in­to­lé­rable l’oc­cu­pa­tion is­raé­lienne, mais, face aux vives ré­ac­tions de Ne­ta­nya­hou, en 2011, il s’op­pose à toute forme d’ad­mis­sion à l’ONU de l’État de Pa­les­tine. Si Is­raël en­ten­dait ré­cu­pé­rer une pleine lé­gi­ti­mi­té sur le plan in­ter­na­tio­nal, il se­rait contraint de mettre fin à l’in­va­sion des ter­ri­toires pa­les­ti­niens. Et Rou­leau de conclure son ou­vrage par cette in­ter­ro­ga­tion lourde de sens : «La co­lo­ni­sa­tion, me­née sys­té­ma­ti­que­ment par tous les ca­bi­nets suc­ces­sifs, de droite comme de gauche, se ré­vèle un piège mor­tel. Is­raël trou­ve­ra-t-il les moyens de s’en dé­ga­ger ? La ré­ponse à la ques­tion dé­ter­mi­ne­ra son ave­nir.»

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