DE LA CULTURE DE L’OLI­VIER DANS LE CENTRE DE LA TU­NI­SIE

Nous con­ti­nuons de pu­blier la syn­thèse d’un rap­port ré­di­gé par Paul Bourde, di­rec­teur de l’Agri­cul­ture du temps du Pro­tec­to­rat fran­çais, et qui a fo­ca­li­sé ses tra­vaux sur l’ave­nir de la culture de l’oli­vier dans le centre de la Tu­ni­sie

La Presse Business (Tunisia) - - HISTOIRE - E

Lmême sol reste sté­rile ou se couvre d’une vé­gé­ta­tion vi­gou­reuse et de fruits abon­dants, se­lon qu’on y sème des cé­réales dont les ra­cines, ne dé­pas­sant pas la couche su­per­fi­cielle, s’étiolent dans les sé­che­resses, ou qu’on y plante des arbres dont les ra­cines s’en­foncent pro­fon­dé­ment en terre. Toutes les es­pèces frui­tières qui se plaisent dans les cli­mats secs réus­sissent dans ces jar­dins et réus­si­raient dans les autres par­ties du centre de la Tu­ni­sie, puisque le cli­mat et le sol y sont sem­blables. L’oli­vier y est plus beau et plus pro­duc­tif qu’en au­cun autre en­droit de la Mé­di­ter­ra­née; la vigne, l’aman­dier, le fi­guier, le pis­ta­chier, le ca­rou­bier, le gre­na­dier, le pru­nier, le pê­cher et l’abri­co­tier, même le poirier et le pom­mier, y donnent, sans ar­ro­sage, en grande quan­ti­té des fruits très sains dont la sa­veur est re­nom­mée par­mi les Arabes. Et à quoi les Sfaxiens at­tri­buent-ils cette qua­li­té su­pé­rieure de leurs fruits? Jus­te­ment à ce qu’ils sont des fruits de terre sèche, pous­sés avec le moins d’eau pos­sible. On est de la sorte conduit à une der­nière conclu­sion. C’est que si les Ro­mains ont co­lo­ni­sé le centre de la Tu­ni­sie, ce n’a pu être qu’au moyen des cultures frui­tières. En ex­cep­tant le contrôle de Sousse, ce sont en ef­fet les seules qui y donnent des ré­coltes sûres, ré­gu­lières et ré­mu­né­ra­trices. Lors­qu’après avoir ti­ré cette convic­tion de l’exa­men des condi­tions agri­coles ac­tuelles, on in­ter­roge les ves­tiges de l’an­ti­qui­té res­tés sur les lieux et l’his­toire, tout vient la confir­mer. Les lieux parlent, pour ain­si dire. D’El-Djem à l’oued Rann, sur une pro­fon­deur de plus de 100 ki­lo­mètres en pas­sant par les ter­ri­toires des Me­tel­lit, des Nef­fat et des Ma­hed­ba, les dé­bris d’une an­cienne fo­rêt d’oli­viers sont par­tout vi­sibles. Des arbres, tan­tôt réunis par pe­tits groupes, tan­tôt dis­per­sés un à un, ont sur­vé­cu à l’aban­don et aux des­truc­tions sys­té­ma­tiques. Pri­vés de soins de­puis l’in­va­sion arabe, dé­fi­gu­rés par les re­je­tons pa­ra­sites, mu­ti­lés par la dent des cha­meaux, ils durent; et, dans les an­nées plu­vieuses, ils donnent des olives. Après huit siècles d’aban­don, leur récolte s’est en­core ven­due 170,388 fr. 60 en 1890, an­née de grandes pluies. Ces arbres ne sont pas des oli­viers sau­vages, des ze­boudj, comme disent les Arabes; ce sont des zeï­toun, des oli­viers de l’es­pèce culti­vée. Ils pro­viennent de plan­ta­tions qui for­maient évi­dem­ment au­tre­fois dans cette ré­gion une fo­rêt conti­nue. A me­sure qu’on s’avance vers la fron­tière al­gé­rienne, ces dé­bris de­viennent plus rares; puis ils dis­pa­raissent. Le bois d’oli­viers du Ga­mou­da pa­raît être le der­nier qui ait sur­vé­cu dans cette di­rec­tion. D’autres signes ré­vèlent alors que la fo­rêt ro­maine se conti­nuait in­dé­fi­ni­ment : ce sont les restes des hui­le­ries. La pré­sence de nom­breux gi­se­ments de beau cal­caire dis­po­sé par grands bancs fa­ciles à dé­bi­ter avait por­té les ha­bi­tants de la par­tie orien­tale de la By­za­cène à faire en pierre des construc­tions que les ha­bi­tants de la par­tie oc­ci­den­tale fai­saient pro­ba­ble­ment en bois. C’est ce qui ex­plique que ce genre de té­moi­gnage, in­con­nu aux en­vi­rons de Sfax, de­vienne si com­mun quand on a pas­sé le dje­bel

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