UN RÉ­GIME SANS SEL

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Rédacteur en chef

Vive le droit à la tor­peur hé­bé­tée, au cré­ti­nisme par­le­men­taire et au far­niente li­mace à l’ARP ! Voi­là que le po­pu­lisme pousse au scep­ti­cisme qui s’in­si­nue, peu à peu, dans les es­prits cha­grins. Ils sont nom­breux, ces dé­pu­tés qui n’en­tendent pas se lais­ser tondre la laine sur le dos, qui montent au cré­neau et re­ven­diquent des so­lu­tions ubuesques à leurs pré­oc­cu­pa­tions. Lors des dé­bats budgétaires, on a as­sis­té à un vrai pu­gi­lat ver­bal dans l’en­ceinte de l’Hé­mi­cycle, qui ac­cueille sans ver­gogne toutes les opi­nions, même les plus far­fe­lues, face à des mi­nistres trem­blo­tants. L’af­faire de la Com­pa­gnie gé­né­rale des sa­lines de Tu­ni­sie (Cotusal) illustre, à cet égard, le fait que la ma­chine de l’Etat s’est grip­pée à force de ron­ron­ner. En ef­fet, ti­rant à bou­lets rouges sur le mi­nistre de l’In­dus­trie, de l’Éner­gie et des Mines à pro­pos d’un contrat d’ex­ploi­ta­tion des sa­lines, conclu en 1949 (époque du Pro­tec­to­rat fran­çais) avec la Cotusal et qui au­to­rise cette com­pa­gnie à ex­ploi­ter un do­maine pu­blic ma­ri­time à un prix sym­bo­lique, on a ame­né ce der­nier à an­non­cer que la Tu­ni­sie va mettre fin à ce contrat. Dans cette gri­saille éco­no­mique où l’on compte par an­née plus de 300 dé­parts d’en­tre­prises étran­gères à cause des troubles so­ciaux, de l’in­sta­bi­li­té et de l’in­sé­cu­ri­té, on se per­met le luxe de chas­ser ceux qui res­tent ! Voi­là le prin­ci­pal mes­sage qu’on adresse aux in­ves­tis­seurs étran­gers. Au lieu de ca­pi­ta­li­ser sur cette pré­sence his­to­rique et d’en faire l’un des ar­gu­ments en fa­veur du cli­mat d’af­faires en Tu­ni­sie, on sa­cri­fie, sur l’au­tel des ar­deurs na­tio­na­listes, un maillon de la chaîne des plus gros in­ves­tis­seurs en Tu­ni­sie, à sa­voir nos par­te­naires fran­çais. C’est d’au­tant plus mal­adroit que l’en­seigne en ques­tion n’a ni mo­no­pole, ni ex­clu­si­vi­té sur nos sa­lines (lire notre dos­sier en pages 14,15,16,17 et 18). Six autres opé­ra­teurs, dont deux ita­liens, exercent dans la même fi­lière. En­core une fois, l’opi­nion pu­blique est rou­lée dans la fa­rine. Car, une fois les dé­bats budgétaires clô­tu­rés, on com­mence à l’avouer du bout des lèvres : le contrat est ré­si­liable, mais une no­ti­fi­ca­tion en ce sens doit être faite au moins 10 ans avant la fin de la pé­riode de re­nou­vel­le­ment. Et même si l’on tient à fou­ler aux pieds le droit, même s’il est bey­li­cal, co­lo­nial ou in­ter­na­tio­nal, le dé­part de la Cotusal, qui four­nit en sel le mar­ché lo­cal à hau­teur de 70%, im­po­se­ra la diète à tout le pays. Dans ce cas, on ver­ra bien si un ré­gime… sans sel, re­vi­ta­li­se­ra notre éco­no­mie.■

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