LES COÛTS IN­DI­RECTS

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

Le pro­fes­seur Zin­gales, in­sis­tant sur les coûts in­di­rects, sou­tient qu’un cercle vi­cieux se crée entre in­di­gna­tion pu­blique et ex­trac­tion de rentes, la­quelle pro­voque, en re­tour, un surplus d’in­di­gna­tion. Quand le ni­veau de co­lère est éle­vé, il est dif­fi­cile de main­te­nir un rè­gle­ment prompt et non biai­sé des contrats. Sans sou­tien de l’opi­nion pu­blique, les fi­nan­ciers doivent re­cher­cher la pro­tec­tion des po­li­tiques. Mais seuls ceux qui pos­sèdent de grosses rentes de si­tua­tion peuvent se per­mettre de faire du lob­bying. Donc, face à la rancune po­pu­laire, seule la fi­nance de type ren­tier, et en pre­mier lieu celle des plus grandes banques, sur­vit. Et, in­évi­ta­ble­ment, la vin­dicte po­pu­laire gran­dit. Rien de tout ce­la ne cherche à nier que la fi­nance joue un rôle es­sen­tiel dans une so­cié­té ci­vi­li­sée et pros­père. Mais c’est l’im­por­tance même de la fi­nance qui rend les abus si dan­ge­reux. De fait, il n’est plus à prou­ver qu’une aug­men­ta­tion du ra­tio de cré­dit dans le PIB pro­voque – au moins au dé­but – une re­prise de la crois­sance. Mais cet ef­fet semble s’in­ver­ser quand le cré­dit ex­cède en­vi­ron 100 % du PIB. D’autres cher­cheurs ont mon­tré qu’une crois­sance ra­pide du cré­dit est un mar­queur de crise im­por­tant. Dans une note ré­cente, le FMI uti­lise un in­di­ca­teur de crois­sance de la fi­nance plus so­phis­ti­qué que ce ra­tio de cré­dit. Il montre que le sec­teur fi­nan­cier s’est dé­ve­lop­pé ra­pi­de­ment, no­tam­ment dans les pays dé­ve­lop­pés. Il a mon­tré aus­si que, pas­sé un cer­tain seuil, la fi­nance nuit à la crois­sance. Des en­quêtes plus pous­sées té­moignent que cet im­pact né­ga­tif se fixe sur le ni­veau de la “pro­duc­ti­vi­té to­tale des fac­teurs”. Il me­sure le rythme de l’in­no­va­tion et la pro­gres­sion de l’ef­fi­ca­ci­té dans l’uti­li­sa­tion du tra­vail et du ca­pi­tal. Le FMI dit en par­ti­cu­lier qu’une fois un cer­tain ni­veau at­teint, la ré­par­ti­tion des ca­pi­taux et l’ef­fi­ca­ci­té du contrôle de l’en­tre­prise tournent mal. En ef­fet, l’in­fluence de la fi­nance sur la gou­ver­nance d’en­tre­prise est un pro­blème im­por­tant. Cette ac­cu­mu­la­tion de preuves dé­montre que trop de fi­nance en­dom­mage la sta­bi­li­té éco­no­mique et la crois­sance, fausse la re­dis­tri­bu­tion des re­ve­nus, mine la confiance dans l’éco­no­mie de mar­ché, cor­rompt la po­li­tique et conduit à une pro­li­fé­ra­tion ex­plo­sive – et se­lon toute pro­ba­bi­li­té in­ef­fi­cace – de la ré­gu­la­tion. Ce qui de­vrait in­quié­ter tout le monde. Mais sur­tout ceux qui croient le plus fer­me­ment aux vertus mo­rales et éco­no­miques des mar­chés concur­ren­tiels.

QUE PEUT-ON FAIRE ?

Pre­miè­re­ment : la mo­ra­li­té, ça compte. Comme le dit le pro­fes­seur Zin­gales, si les per­sonnes qui entrent en fi­nance sont en­cou­ra­gées à croire qu’elles peuvent tout se per­mettre et s’en ti­rer à bon compte, la confiance va se bri­ser. Il est très coû­teux de main­te­nir l’ordre sur des mar­chés pres­su­rés par les conflits d’in­té­rêts et les “in­for­ma­tions asy­mé­triques”. Et de ma­nière

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