PAIE-T-ON TROP OU PAS AS­SEZ ?

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Les ci­toyens tu­ni­siens paient-ils trop ou pas as­sez d’im­pôts et taxes à l’Etat ? Si les pre­miers concer­nés ont le sen­ti­ment qu’on leur en de­mande beau­coup, ce n’est pas tou­jours le cas des pou­voirs pu­blics. Ces der­niers es­timent, au contraire, que tout est mis en oeuvre pour ne pas trop pe­ser sur le contri­buable. Cet ar­gu­ment est convain­cant dans le contexte ac­tuel, en par­ti­cu­lier au­près de ci­toyens qui, tous les jours, en­tendent par­ler de dette pu­blique abys­sale, de ser­vices pu­blics trop coû­teux, du poids des co­ti­sa­tions pour la re­traite, etc. Dès lors, la lo­gique de la taxa­tion, ou même de l’ul­tra­taxa­tion, est im­pa­rable. S’il est né­ces­saire de ren­flouer les caisses de l’État et d’autres or­ga­nismes pa­ra­pu­blics, au­tant al­ler cher­cher l’ar­gent là où il est sup­po­sé se trou­ver. Lo­gi­que­ment, l’Etat doit se tour­ner vers les riches et les ul­tra­riches pour rem­plir ses caisses dans un es­prit de jus­tice et de so­li­da­ri­té. Ce fai­sant, il va se heur­ter à des ob­jec­tions dont la plu­part tournent au­tour de l’ef­fi­ca­ci­té d’une telle me­sure. Car, les ci­toyens aux­quels vont s’ap­pli­quer des taux de taxa­tion spé­ciaux, par­fois hy­per-élé­vés, peuvent dé­ci­der de plier ba­gage et s’ex­pa­trier vers des contrées moins hos­tiles. L’Etat tu­ni­sien, tou­jours avant-gardiste, crai­gnant de perdre sur le long terme, met en oeuvre de nou­velles me­sures pour les ef­fa­rou­cher. Il s’agit, en fait, de ne plus taxer les «su­per­riches» afin de pré­ser­ver leur pour­voir d’achat et sou­te­nir leur rôle dans l’ex­cès de consom­ma­tion. Dé­sor­mais, tous ces riches et hy­per­riches peuvent ac­cé­der à de nou­veaux pro­duits, taxés au­pa­ra­vant jus­qu’à 600 %, mais qui se­ront com­plè­te­ment exo­né­rés d’im­pôts: armes à feu, bi­joux, pierres pré­cieuses, perles, montres de luxe, par­fums, ma­quillage, lo­tions d’en­tre­tien pour le corps, bois­sons al­coo­li­sées, ap­pa­reils hy­drau­liques (ja­cuz­zi...), ob­jets de dé­co­ra­tion en cris­tal... Et la liste est longue. Le pro­jet de loi de fi­nances pour l’exer­cice 2016 a pré­vu une taxe de 25% sur les bé­né­fices pro­ve­nant des jeux de ha­sard et de la lo­te­rie. Au­cun pla­fond mi­ni­mum ou maxi­mum n’a été fixé pour les re­ve­nus pro­ve­nant des jeux de ha­sard et de la lo­te­rie. Il a éga­le­ment pré­vu l’élar­gis­se­ment du champ d’ap­pli­ca­tion de la TVA au taux de 6% pour s’étendre à d’autres do­maines dont : la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment ma­rin, l’édu­ca­tion et la for­ma­tion, l’ar­ti­sa­nat et l’équi­pe­ment et les four­ni­tures uti­li­sés, les af­fiches pu­bli­ci­taires gra­tuites, l’im­por­ta­tion des pan­neaux so­laires à usage do­mes­tique, l’im­por­ta­tion de ma­té­riel des­ti­né à la pro­pre­té des villes, au trai­te­ment des dé­chets, la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, l’im­por­ta­tion du cuir brut, le ser­vice de res­tau­ra­tion tou­ris­tique, le ser­vice de res­tau­ra­tion au pro­fit des étu­diants et des élèves des centres de for­ma­tion, la lo­ca­tion de na­vires et ba­teaux des­ti­nés au trans­port in­ter­na­tio­nal.Pis, la taxa­tion des mé­di­ca­ments et autres pro­duits phar­ma­ceu­tiques se­ra ré­vi­sée à la hausse, de 6 à 8%. Autre me­sure pro­po­sée, celle de l’exo­né­ra­tion to­tale de la tranche de re­ve­nu qui ne dé­passe pas les 5.000 DT à par­tir de l’an­née 2017, en at­ten­dant la ré­vi­sion du ba­rème d’im­po­si­tion et la rec­ti­fi­ca­tion des autres ca­té­go­ries de re­ve­nus. A vous de faire les comptes !

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