PRO­LON­GA­TION EN CONTRE­PAR­TIE DE QUOI ?

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Rédacteur en chef

Un son­dage d’opi­nion sur la pro­lon­ga­tion de l’âge lé­gal de la re­traite ef­fec­tué au­près des af­fi­liés de la Caisse na­tio­nale de re­traite et de pré­voyance so­ciale (Cnrps) a fait res­sor­tir que 74% des in­ter­ro­gés sont contre la pro­lon­ga­tion de l’âge de la re­traite, dont 82% sont de sexe fé­mi­nin. Le­quel ré­sul­tat af­firme une fois de plus que la so­lu­tion du dé­fi­cit des caisses ne pas­se­ra pas par la pro­lon­ga­tion, mais par l’emploi. Tout le monde sait que les deux caisses de sécurité so­ciale tirent le diable par la queue, de­puis des an­nées. Et pour cause, 2,5 sa­la­riés seule­ment co­tisent pour un re­trai­té dans le sec­teur pu­blic, contre 4,1 pour le sec­teur pri­vé. Loin, très loin de la moyenne qui est de 6 sa­la­riés par re­trai­té. Certes, por­ter l’âge de la re­traite à 62 ans pour­rait, se­lon les es­ti­ma­tions, four­nir près de 350 mil­lions de di­nars par an. Soit une bouf­fée d’oxy­gène pour re­bom­ber le torse des deux ins­ti­tu­tions. Mais ce se­rait, pour ain­si dire, oc­cul­ter un gros pro­blème. Un pro­blème qui trouve ses ori­gines d’abord dans le chô­mage. Une ques­tion à la­quelle il faut trou­ver une so­lu­tion et qui est au car­re­four de tous les maux so­ciaux, éco­no­miques et po­li­tiques. Il y a lieu, éga­le­ment, de men­tion­ner les dé­gâts oc­ca­sion­nés par les plans so­ciaux et les consé­quences des choix des po­li­tiques li­bé­rales de l’Etat de­puis la mise en place du Plan d’ajus­te­ment struc­tu­rel (PAS) en 1986 et la pri­va­ti­sa­tion sau­vage de plu­sieurs en­tre­prises pu­bliques et qui ont eu pour ef­fet de gon­fler les rangs des re­trai­tés. Mais là où le bât blesse, c’est que l’on es­saye de faire ava­ler une cou­leuvre aux as­su­rés so­ciaux. Elle a pour grand titre : la gé­né­ro­si­té des sys­tèmes de re­traite en Tu­ni­sie. En ef­fet, se­lon cette ap­proche, dont la fi­na­li­té est de re­voir à la baisse le ré­gime de cal­cul des pen­sions, un re­trai­té re­couvre le mon­tant de ses co­ti­sa­tions après 4,2 an­nées de re­traite, ré­cu­père glo­ba­le­ment 5,7 fois les co­ti­sa­tions qu’il a ver­sées et bé­né­fi­cie d’un ren­de­ment fi­nan­cier an­nuel égal à 11,00% sur les mon­tants co­ti­sés. Le nombre gran­dis­sant des re­trai­tés, l’amé­lio­ra­tion du taux de l’es­pé­rance de vie, ex­pli­que­raient la né­ces­si­té de ré­vi­ser ce ré­gime. Tou­te­fois, ce que l’on ne dit pas, c’est aus­si l’emploi fi­nan­cier qui est fait des co­ti­sa­tions des as­su­rés : les caisses de sécurité so­ciale sont, en ef­fet, à la fois as­su­reurs, pro­mo­teurs im­mo­bi­liers, ac­teurs de la san­té et ban­quiers. En ef­fet, les prêts lo­ge­ments, les prêts voi­tures et autres pres­ta­tions té­moignent de l’im­mer­sion de ces caisses dans des uni­vers qui leur sont étran­gers et qui pour­raient ex­pli­quer en par­tie leur dé­bâcle. Quant aux pres­ta­tions, qui laissent à dé­si­rer, elles re­butent les as­su­rés. Sous d’autres cieux, les re­trai­tés ont droit aux va­cances. Ce sont les caisses so­ciales qui leur leur offrent des sé­jours. Chez nous, à leur dé­part à la re­traite, les as­su­rés n’ont plus droit à quelques pres­ta­tions des caisses, telles que les prêts. Kaf­kaïenne ou ubuesque, on hé­site sur les qualificatifs, mais vou­loir im­po­ser une pro­lon­ga­tion sans ac­cor­der des avan­tages en consé­quence, re­lève de l’ex­tor­sion. C’est pour­quoi, les af­fi­liés boudent l’idée-même de ral­lon­ge­ment de l’âge au dé­part à la re­traite.

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