QUAND MEURENT LES PAL­MIERS

La Presse Business (Tunisia) - - VEILLE - Par Alya HAM­ZA

En Tu­ni­sie, les pre­miers cas sont si­gna­lés en 2011, à Carthage, dus, croit-on, à l’im­por­ta­tion de pal­miers dé­co­ra­tifs. L’at­taque du cha­ran­çon rouge est des plus in­si­dieuses. Et les symp­tômes n’ap­pa­raissent que bien après que l’arbre soit in­fes­té. Les dé­gâts in­ternes sont dé­jà im­por­tants quand l’arbre perd ses palmes et que pour­rit la par­tie su­pé­rieure du stipe. Bien sûr, c’était une an­née où on avait fort à faire, mais les res­pon­sables, quoique du­bi­ta­tifs au dé­but, ont étu­dié le pro­blème, en­voyé des équipes d’ex­perts, et en­ta­mé la lutte contre le cha­ran­çon dès 2012. Des pièges per­mettent de dé­ce­ler les arbres tou­chés. Puis il y a plu­sieurs moyens de trai­ter : — la­ver l’arbre aux pes­ti­cides quand on en est en­core au pre­mier stade, ce qui donne des résultats im­mé­diats, mais à court terme ; — cou­per les feuilles mortes et as­sai­nir par le pes­ti­cide quand on en est aux stades 2 et 3, mais c’est sou­vent dé­jà trop tard, et l’arbre ne re­pren­dra pas ; — l’autre méthode consti­tue à in­jec­ter des pro­duits spé­ci­fiques dans le stipe du pal­mier. La ré­ac­tion n’est pas im­mé­diate, car il faut at­tendre que la sève re­monte, mais elle est plus ef­fi­cace et plus du­rable. Pré­ven­tive et cu­ra­tive, cette in­jec­tion pro­tège le pal­mier de l’in­va­sion du cha­ran­çon rouge entre six mois et un an, se­lon le pro­duit in­jec­té. En Tu­ni­sie, une cam­pagne a été lan­cée, seize équipes mo­bi­li­sées, 20.000 pal­miers trai­tés. Et puis, sans que l’on sache ni pour­quoi, ni com­ment, les choses semblent s’être ar­rê­tées. Le nombre d’équipes s’est ré­duit comme peau de cha­grin, les in­jec­tions, ef­fi­caces six mois, n’ont pas été re­nou­ve­lées, et le cha­ran­çon a re­pris l’of­fen­sive, élar­gis­sant son ter­ri­toire, et mas­sa­crant les arbres à une vi­tesse ef­frayante. Au­jourd’hui, une cen­taine de pal­miers de l’ave­nue Mo­ha­med V ont été tou­chés, ceux du parc du Bel­vé­dère, de l’ave­nue des USA, de la route de l’aé­ro­port éga­le­ment.

Cô­té Sud, il at­teint Ra­dès

Est-il dé­jà trop tard ? Les res­pon­sables des mu­ni­ci­pa­li­tés et du mi­nis­tère concer­né, qui se contentent ac­tuel­le­ment de tailler ce qui est dé­jà mort, ré­agi­ront-ils en­fin, et en­tre­pren­dront-ils d’en­rayer ce pé­ril rouge ? Ou al­lons-nous nous ré­si­gner à voir en une ca­tas­trophe éco­lo­gique dis­pa­raître un des plus beaux sym­boles de la Tu­ni­sie ? Tout en re­dou­tant le pé­ril su­prême qui se­rait de voir le cha­ran­çon mu­ter une fois de plus, et s’at­ta­quer cette fois-ci aux pal­miers-dat­tiers.

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