L’ÉCO­NO­MIE MON­DIALE DANS L’IN­CER­TI­TUDE

La Presse Business (Tunisia) - - BUSINESS - A

Ldé­ci­sion de la Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine (Fed) de re­le­ver d’un quart à un de­mi-point ses prin­ci­paux taux di­rec­teurs, une pre­mière de­puis 2006, consti­tue une source d’in­cer­ti­tude pour l’éco­no­mie mon­diale, no­tam­ment les pays émer­gents qui re­doutent une fuite des ca­pi­taux. Il est cer­tain que cette an­nonce sur­vient au mo­ment où une éco­no­mie amé­ri­caine so­lide se re­met à un rythme sou­te­nu de la crise fi­nan­cière de 2008. Mais ce n’est pas le cas de l’éco­no­mie de la pla­nète, qui reste in­stable et atone. Il est donc cer­tain que la dé­ci­sion de la Fed ne va pas amé­lio­rer cette si­tua­tion, no­tam­ment par­mi les pays en dé­ve­lop­pe­ment. Beau­coup d’entre eux sont en ef­fet pré­oc­cu­pés par le fait que les di­ver­gences entre les po­li­tiques mo­né­taires des pays dé­ve­lop­pés vont dé­bou­cher sur des flux de ca­pi­taux désor­don­nés, de fortes hausses de leur dette pu­blique, d’ab­sence de confiance dans les mar­chés et de troubles sur les mar­chés fi­nan­ciers et des ma­tières pre­mières, ce qui au­ra un im­pact ma­jeur sur les pays émer­gents. De plus, l’éco­no­mie mon­diale connaît une crois­sance moins forte que pré­vu, avec des in­ves­tis­se­ments et des échanges com­mer­ciaux faibles. Par consé­quent, il fau­dra un pro­ces­sus long et com­plexe pour qu’elle re­prenne du poil de la bête. Dans de telles cir­cons­tances, la dé­ci­sion amé­ri­caine de re­le­ver ses taux di­rec­teurs est ha­sar­deuse. Quand bien même, la Fed a aver­ti qu’elle pro­cé­de­ra à des hausses de taux «gra­duelles», les re­tom­bées né­ga­tives qu’elles en­gen­dre­ront au­ront un im­pact sur les éco­no­mies émer­gentes dont les mar­chés fi­nan­ciers sont à la traîne et dont les pers­pec­tives ma­croé­co­no­miques s’ame­nuisent. Une hausse trop hâ­tive de ces taux d’in­té­rêt pour­rait si­phon­ner les ca­pi­taux de pays émer­gents vers les Etats-Unis, alors que ces pays sont sou­vent dé­jà vul­né­rables à cause du re­fi­nan­ce­ment de leur dette et d’in­ves­tis­se­ments étran­gers en berne. L’im­pact pour­rait aus­si être res­sen­ti sur leurs places fi­nan­cières, no­tam­ment sur les de­vises, les ac­tions, les obli­ga­tions et les ma­tières pre­mières. Une ana­lyse des deux der­nières hausses de taux de la Fed en 1994 et 2004 montre que les flux nets de ca­pi­taux vers les Etats-Unis se sont ac­crus de 60% à 80% au cours du se­cond se­mestre, sui­vant l’an­nonce de ces hausses. Dans un rap­port pa­ru en oc­tobre der­nier, l’Ins­ti­tut de la fi­nance in­ter­na­tio­nale (IIF), un grand lob­by ban­caire, pré­dit que les flux nets de ca­pi­taux des pays émer­gents vont de­ve­nir né­ga­tifs en 2015, une pre­mière de­puis 1988. Par­mi les 30 pays étu­diés, l’IIF, fait, ain­si état de sor­ties nettes de ca­pi­taux de 540 mil­liards de dol­lars en 2015, contre 32 mil­liards en 2014. Et le chiffre de­vrait être de 306 mil­liards en 2016, en rai­son d’une crois­sance tou­jours atone et des consé­quences des dé­ci­sions de la Fed. Dans une ère de mon­dia­li­sa­tion où les éco­no­mies sont in­ter­dé­pen­dantes et s’in­fluencent les unes par rap­port aux autres, af­fai­blir les mar­chés émer­gents ne fe­ra que ra­len­tir le re­dres­se­ment des éco­no­mies dé­ve­lop­pées, créant un cercle vi­cieux. Par consé­quent, il sem­ble­rait per­ti­nent que les Etats-Unis n’adoptent pas de po­li­tiques éco­no­miques ne bé­né­fi­ciant qu’à eux­mêmes et au dé­tri­ment des autres. Pour les pays émer­gents, le seul moyen de sur­mon­ter les obs­tacles est de créer un sys­tème fi­nan­cier so­lide et stable, d’ac­cé­lé­rer l’ajus­te­ment des struc­tures in­dus­trielles, afin d’ex­plo­rer de nou­veaux moyens de production et de nou­veaux mar­chés, de main­te­nir les ex­por­ta­tions et d’amé­lio­rer la co­opé­ra­tion et la co­or­di­na­tion des po­li­tiques in­ter­na­tio­nales.

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