DÉ­SI­RÉ OU PAS, LE BÉ­BÉ EST LÀ

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Le Magh­reb a en­fin sa banque. Les scep­tiques de tout poil, les dé­fai­tistes par na­ture et les per­pé­tuels in­sa­tis­faits ne man­que­ront, sans doute, pas de dire que la nou­velle en­ti­té magh­ré­bine vient un peu trop tard. 25 ans après sa consti­tu­tion, en ver­tu de l’ac­cord de Ras La­nouf (Li­bye) si­gné le 10 mars 1991, la Bmice vient de voir le jour. Se­rions-nous en train de suivre le cou­rant in­ter­na­tio­nal en mi­mant, sans ré­flexion, toutes les ré­gions du monde dis­po­sant d’une banque mul­ti­la­té­rale de dé­ve­lop­pe­ment ? Les mêmes scep­tiques mettent, d’ailleurs, qui­conque au dé­fi de trou­ver le moindre point com­mun entre les éco­no­mies ma­ro­caine, tu­ni­sienne et al­gé­rienne. Dé­ve­lop­per une struc­ture qui fi­nan­ce­rait les pro­jets et qui sou­tien­drait les as­pi­ra­tions de l’UMA n’a tou­jours été qu’un rêve. Pour fa­ci­li­ter les in­ves­tis­se­ments dans les zones les moins dé­ve­lop­pées, chaque pays avait conçu sa propre stra­té­gie. Parce qu’à force d’avoir at­ten­du des ins­ti­tu­tions qui les unissent, les éco­no­mies magh­ré­bines avaient, de­puis long­temps, ap­pris à jouer en so­lo. Le Ma­roc a, de­puis long­temps, choi­si de sûrs al­liés outre At­lan­tique, la Tu­ni­sie s’ap­prête à scel­ler une alliance plus ren­for­cée avec l’Union eu­ro­péenne, et l’Al­gé­rie pour­suit roya­le­ment son ou­ver­ture sur les pays asia­tiques et les pays de l’Est. Les en­tre­prises ma­ro­caines se sont, de­puis des an­nées, fa­mi­lia­ri­sées avec le conti­nent afri­cain, elles y ont dé­cro­ché des mar­chés sub­stan­tiels ; leurs consoeurs al­gé­riennes y ont, de­puis fort long­temps, des en­trées pri­vi­lé­giées, ce­pen­dant que leurs ho­mo­logues tu­ni­siennes, elles, de­meurent tris­te­ment ab­sentes, à l’ex­cep­tion d’un grand groupe de BTP. Que pour­ra faire une banque magh­ré­bine face à au­tant de dis­so­nances. Et des dis­so­nances, il y en a aus­si des tas en termes de lé­gis­la­tions et de ré­gle­men­ta­tions ré­gis­sant les tran­sac­tions com­mer­ciales, de pro­cé­dures doua­nières, de taxes et de fis­ca­li­té… Cô­té gou­ver­nance, com­ment cette banque se­ra-elle gé­rée ? Quel en se­ra l’or­gane su­prême de dé­ci­sion. Sa com­po­si­tion ne creu­se­rat-elle pas da­van­tage l’écart entre toutes leurs éco­no­mies ? Ne se­ra-t-elle pas à l’ori­gine de nou­veaux écar­te­ments qui ré­dui­raient le nombre des Etats membres de 5 à 3 ? Les adeptes du «vaut mieux tard que ja­mais» y ver­ront un mo­tif d’op­ti­misme. Leurs ar­gu­ments ? Exac­te­ment à l’op­po­sé de ceux avan­cés par le camp des dé­fai­tistes. Une banque magh­ré­bine d’in­ves­tis­se­ment et de com­merce ex­té­rieur est, sou­tiennent-ils, jus­te­ment là pour ré­duire les dis­so­nances et les dis­pa­ri­tés qui ca­rac­té­risent les éco­no­mies magh­ré­bines. Si, en ef­fet, la nou­velle en­ti­té vien­drait à sti­mu­ler les flux de ca­pi­taux et des échanges com­mer­ciaux, ce se­ra un grand pas sur la voie de l’in­té­gra­tion éco­no­mique magh­ré­bine. Dé­par­ta­ger les pour et les contre, les pes­si­mistes et les op­ti­mistes, n’est guère une en­tre­prise dif­fi­cile. Il suf­fi­ra, là aus­si, d’op­ter pour le consen­sus et dire qu’«Il n’est ja­mais trop tard pour bien faire». Bon vent tout de même au nou­veau-né… magh­ré­bin, dé­si­ré ou pas soit-il.

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