DETTE PU­BLIQUE

AR­RÊ­TER DE REM­BOUR­SER, EST-CE POS­SIBLE ?

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Me­riem KHDIMALLAH

Une grande par­tie de la dette ex­té­rieure de la Tu­ni­sie est contrac­tée à tra­vers la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale, en l’oc­cur­rence la Banque mon­diale, le FMI, la BEI, la Bird, le Fades... ain­si qu’à tra­vers les re­la­tions bi­la­té­rales avec d’autres pays (dont prin­ci­pa­le­ment la France et le Ja­pon) et au­près des mar­chés fi­nan­ciers in­ter­na­tio­naux. Les ex­perts es­timent que cette aug­men­ta­tion est due non seule­ment au pro­blème de la crois­sance qui est en baisse conti­nue de­puis la Ré­vo­lu­tion mais il y a aus­si la baisse du di­nar (au mo­ment où la Tu­ni­sie em­prunte en eu­ros ou en dol­lars), la contre­bande, l’éco­no­mie pa­ral­lèle, outre la baisse des re­ve­nus de l’Etat en rai­son du non-paie­ment des im­pôts ! En vé­ri­té, l’en­det­te­ment de la Tu­ni­sie, qui ne dé­pas­sait pas les 5 mil­liards de di­nars en 1990, a connu un bond spec­ta­cu­laire sous l’an­cien ré­gime, at­tei­gnant 26 mil­liards de di­nars en 2010. Après la Ré­vo­lu­tion, ce chiffre s’est en­core ag­gra­vé, puis­qu’il a été éva­lué à 41 mil­liards de di­nars fin 2014. Sous

pré­texte d’as­su­rer le res­pect des en­ga­ge­ments de la Tu­ni­sie dans le cadre de la « conti­nui­té de l’État », l’es­sen­tiel des em­prunts contrac­tés de­puis 2011 ont été consa­crés au rem­bour­se­ment des dettes de l’an­cien ré­gime, au dé­tri­ment de l’in­ves­tis­se­ment, ce qui ex­plique cette ten­dance ra­pide à la hausse. Quelle est la so­lu­tion? Pour ré­pondre à cette ques­tion, le Front po­pu­laire a pro­po­sé de créer une com­mis­sion sous l’égide de l’ARP (As­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple), qui au­ra pour tâche de faire la lu­mière sur la des­ti­na­tion de ces fonds. Pour Fa­thi Cham­khi, éco­no­miste et di­ri­geant au sein du Front po­pu­laire, il faut avant tout que la crois­sance re­vienne, et pour ce­la il faut que les gens re­prennent le tra­vail, il faut une pro­duc­ti­vi­té plus forte et de l’in­ves­tis­se­ment, tu­ni­sien, mais aus­si étran­ger. Lors d’une confé­rence de presse or­ga­ni­sée par le Front po­pu­laire au su­jet de l’en­det­te­ment, Fa­thi Cham­khi a ap­pe­lé à la né­ces­si­té d’ar­rê­ter de rem­bour­ser la dette pu­blique. «La Tu­ni­sie de­vrait blo­quer, re­né­go­cier et ré­vi­ser sa dette… Il faut ar­rê­ter la po­li­tique d’en­det­te­ment “toxique” et de cré­dits condi­tion­nés im­po­sée à notre pays… Pour ce­la, le FP a pro­po­sé la créa­tion d’une com­mis­sion pour exa­mi­ner, au sein de l’ARP, la dette pu­blique de la Tu­ni­sie», a-t-il in­di­qué. Se­lon l’éco­no­miste, il est temps, au­jourd’hui, de le­ver le voile et connaître toute la vé­ri­té sur la na­ture de ces dettes «odieuses». «On em­prunte pour l’éco­no­mie et le dé­ve­lop­pe­ment. Mais au fil des an­nées, ces dettes ont contri­bué à la dé­gra­da­tion consi­dé­rable des condi­tions de vie de la grande ma­jo­ri­té des Tu­ni­siens… Le ci­toyen est, au­jourd’hui, de plus en plus pauvre et le chô­mage de plus en plus ac­cru… Où sont le dé­ve­lop­pe­ment et l’éco­no­mie ? Où sont par­tis ces mil­liards ?», s’est de­man­dé. Cham­khi a ajou­té que le bloc par­le­men­taire du Front po­pu­laire à l’ARP tente, ac­tuel­le­ment, de convaincre le reste des dé­pu­tés de l’uti­li­té de cette ini­tia­tive. Par ailleurs, des ren­contres de sen­si­bi­li­sa­tion à ce su­jet se­ront or­ga­ni­sées dans di­verses ré­gions. L’ob­jec­tif est de mo­bi­li­ser le pu­blic pour sou­te­nir cette ini­tia­tive. Il a ajou­té que le Front po­pu­laire vient de lan­cer une cam­pagne d’af­fi­chage ur­bain, ap­pe­lant à la sup­pres­sion de la dette de l’Etat tu­ni­sien. In­ti­tu­lée ‘’Nous sommes prio­ri­taires pour jouir de notre ar­gent’’, la cam­pagne a dé­mar­ré le 17 dé­cembre 2015 et se pour­sui­vra jus­qu’au 17 jan­vier 2016 dans 14 villes tu­ni­siennes. « Nous de­man­dons à connaître la vé­ri­té, ce qui est un droit dé­mo­cra­tique es­sen­tiel…Cette cam­pagne vise, entre autres, à sen­si­bi­li­ser la po­pu­la­tion aux dettes contrac­tées et à exa­mi­ner tous les contrats de prêts de­puis juillet 1986», a-t-il en­core pré­ci­sé. Mais ar­rê­ter de payer, est-ce vrai­ment si simple ? Est-ce pos­sible? Faut-il rap­pe­ler que les crises de dette ne sont pas des af­faires de comp­ta­bi­li­té et d’ajus­te­ment bud­gé­taire ? Ce sont des crises so­ciales et po­li­tiques qui ré­clament des ré­ponses po­li­tiques, ce qui passe for­cé­ment par la pro­tec­tion des dé­bi­teurs plu­tôt que par celle des créan­ciers.

Sous pré­texte d’as­su­rer le res­pect des en­ga­ge­ments de la Tu­ni­sie dans le cadre de la «conti­nui­té de l’État», l’es­sen­tiel des em­prunts contrac­tés de­puis 2011 ont été consa­crés au rem­bour­se­ment des dettes de l’an­cien ré­gime, au dé­tri­ment de l’in­ves­tis­se­ment

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