VI­DÉO À LA DE­MANDE

UNE ME­NACE POUR LES CHAÎNES DE TÉ­LÉ­VI­SION

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Rid­ha MAAMRI

La VOD (vi­deo on de­mand) est une me­nace réelle pour les chaînes de té­lé­vi­sion. « L’offre ca­ta­logue que pour­rait pro­po­ser la pla­te­forme Ic­flix (ac­ces­sible à la clien­tèle de Tu­ni­sie Té­lé­com, moyen­nant un abon­ne­ment de 5 di­nars par mois Ndlr) est plus riche que celle de toutes les sta­tions té­lé­vi­sées réunies », avoue l’as­so­cié d’une chaîne pri­vée lo­cale, Kaïs Ma­brouk. En fait, il s’agit d’une offre flexible, conti­nue-t-il, qui s’adapte à la vo­lon­té et la dis­po­ni­bi­li­té du consom­ma­teur, d’où l’ap­pel­la­tion (Vi­déo à la de­mande). En termes simples, quand l’abon­né a le temps et l’en­vie de re­gar­der un film, il n’a qu’à consul­ter la longue liste de titres dis­po­nibles et faire son choix. « En consé­quence, les chaînes clas­siques se­ront en perte de vi­tesse face à ce type de concur­rent sur tous les plans, à l’ex­cep­tion des émis­sions dif­fu­sées en di­rect, no­tam­ment les pla­teaux, les matchs de foot... », ré­sume-t-il. Et cette ten­dance était vi­sible bien avant l’ar­ri­vée de la pla­te­forme Ic­flix. « Il faut voir strea­ming HD qui compte un mil­lion de té­lé­spec­ta­teurs par mois. Un mil­lion de Tu­ni­siens re­gardent la té­lé sur un se­cond écran », es­time-t-il, fai­sant al­lu­sion à la trans­for­ma­tion du sec­teur au­dio­vi­suel qui est en marche. Mais le suc­cès de ces pla­te­formes, à l’ins­tar d’Ic­flix, reste tri­bu­taire de la qua­li­té de l’offre in­ter­net, sou­ligne l’in­gé­nieur en té­lé­com­mu­ni­ca­tion. Re­ve­nant sur l’ex­pé­rience de strea­ming HD, il pré­cise qu’ex­cep­té ceux qui dis­posent d’une connexion à très haut dé­bit, les abon­nés ne re­gardent pas sou­vent des films sur ces ca­naux di­gi­taux. Tout ce­la confirme que nous sommes en plein coeur du pro­ces­sus du dé­li­néa­ri­sa­tion, se­lon M.Ma­brouk, qui rap­pelle que les chaînes Tv re­dif­fusent leurs pro­grammes et pla­teaux sur des ca­naux di­gi­taux, constatent fa­ci­le­ment que leurs pro­grammes at­tirent en­core les té­lé­spec­ta­teurs. Ain­si, le nou­veau rude concur­rent di­gi­tal des té­lé­vi­sions fe­ra, à son tour, face à une concur­rence achar­née avec d’autres ca­naux di­gi­taux sur les­quels les chaînes clas­siques s’ap­puient pour do­per la vi­si­bi­li­té de ses pro­grammes. Dans cette confi­gu­ra­tion, l’in­fra­struc­ture des té­lé­com­mu­ni­ca­tions dé­li­mite à la fois le champ de l’offre VOD et l’in­ten­si­té de la concur­rence entre les dif­fé­rents sup­ports.

SUIVRE DE PRÈS LA BA­LANCE DA­TA

Quand le té­lé­spec­ta­teur tu­ni­sien re­garde un film en strea­ming hé­ber­gé dans un ser­veur ba­sé à l’étran­ger, il est en train de consom­mer un pro­duit im­por­té. Dans le cas in­verse, il s’agit d’une ex­por­ta­tion de da­ta. A l’ins­tar de la ba­lance com­mer­ciale, une ba­lance da­ta dé­fi­ci­taire se tra­duit par des fuites de de­vises. D’où, la pro­mo­tion de la production lo­cale des conte­nus dans l’ob­jec­tif

L’offre ca­ta­logue que pour­rait pro­po­ser la pla­te­forme Ic­flix est plus riche que celle de toutes les sta­tions té­lé­vi­sées réunies”

qu’ils soient consul­tables à l’étran­ger à tra­vers ces pla­te­formes est un axe à pri­vi­lé­gier, sou­tient le spé­cia­liste du nu­mé­rique. « Le dé­fi­cit de la ba­lance da­ta est un pro­blème de taille qu’on n’a pas en­core ré­so­lu », dé­plore-t-il, ré­ité­rant qu’il im­porte de pro­mou­voir l’ex­por­ta­tion du conte­nu na­tio­nal et non l’in­verse. Les mil­lions d’abon­nés qui uti­li­se­ront l’offre Ic­flix, avec ses ser­veurs ba­sés à l’étran­ger, pour re­gar­der des films, se­ront as­si­mi­lés à des im­por­ta­teurs de don­nées, ce qui va im­pac­ter di­rec­te­ment les flux de de­vises, pré­vient-il. Mais, ce­la ne doit pas oc­cul­ter le fait que la pla­te­forme Ic­flix est une au­baine pour les producteurs de l’au­dio­vi­suel, re­la­ti­vise-t-il. En ef­fet, le concept Ic­flix, lan­cé en 2012 à Du­bai, est lar­ge­ment ins­pi­ré du mo­dèle amé­ri­cain Net­flix qui a per­cé aux Etats-Unis et en Eu­rope, mais qui a du mal à pé­né­trer le mar­ché fran­çais. Et le dé­ve­lop­pe­ment du géant amé­ri­cain, pré­cise-t-il, a été tou­jours en­cou­ra­gé par le dé­ve­lop­pe­ment du conte­nu lo­cal dans chaque pays. De toute fa­çon, avec l’ar­ri­vée de la 4G et l’aug­men­ta­tion sou­te­nue du nombre des abon­nées Adsl, L cette trans­for­ma­tion est in­évi­table. « Nu­mé­ri­sa­tion et dé­li­néa­ri­sa­tion, deux maî­tres­mots qui s’in­vitent dans l’in­dus­trie des mé­dias et qui change to­ta­le­ment la donne dans ce sec­teur en trans­for­ma­tion for­cée, d’après Kaïs Ma­brouk. Et c’est bon signe ! », conclut-il.

Le concept Ic­flix, lan­cé en 2012 à Du­bai, est lar­ge­ment ins­pi­ré du mo­dèle amé­ri­cain

Net­flix qui a per­cé aux Etats-Unis et en Eu­rope

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.