RID­HA CHKOUNDALI,

“NOUS AL­LONS PAYER 8 MIL­LIARDS DE DI­NARS DE DETTES EN 2017 !’’

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Sar­rah O. BA­KRY

-Le plus grand pro­blème de la Tu­ni­sie après la ré­vo­lu­tion est le re­cours au fi­nan­ce­ment ex­té­rieur. Nous avons presque dou­blé l’en­cours de la dette et il est temps de stop­per ce fléau. C’est une dé­for­ma­tion au ni­veau de la struc­ture du bud­get de l’Etat, un gon­fle­ment au ni­veau des dé­penses cou­rantes au dé­tri­ment des dé­penses d’in­ves­tis­se­ment, même si je conçois que ces der­nières ne puissent pas don­ner ac­tuel­le­ment le meilleur d’elles-mêmes pour toutes sortes de rai­sons : l’in­suf­fi­sance des res­sources hu­maines pour la réa­li­sa­tion de pro­jets dans les gou­ver­no­rats de l’in­té­rieur, l’in­dis­po­ni­bi­li­té des hommes d’af­faires pour réa­li­ser des pro­jets, étant don­né que la vi­sion n’est pas claire... Il faut nous in­ter­ro­ger : pour­quoi re­cou­rir à l’en­det­te­ment? Pour fi­nan­cer des in­ves­tis­se­ments pu­blics ? Et si le gou­ver­ne­ment oriente toute la dette vers l’in­ves­tis­se­ment pu­blic, pou­vons-nous, ac­tuel­le­ment, at­tendre une re­lance de l’in­ves­tis­se­ment pri­vé ? Notre po­li­tique bud­gé­taire est-elle in­ci­ta­tive pour l’in­ves­tis­se­ment pri­vé ? Si le cli­mat d’in­ves­tis­se­ment n’est pas sain, si la cor­rup­tion a aug­men­té (nous avons re­cu­lé d’une ving­taine de places par rap­port à 2010 dans les der­niers clas­se­ments), si le gou­ver­ne­ment n’est pas suf­fi­sa­ment fort pour ap­pli­quer les lois, si ces fi­nan­ce­ments ne pèsent pas po­si­ti­ve­ment sur l’in­ves­tis­se­ment pri­vé... même si on oriente toute la dette vers l’in­ves­tis­se­ment pu­blic, et non pas vers la consom­ma­tion, le pro­blème res­te­ra en­tier du mo­ment que les in­ves­tis­se­ments pri­vés et les ex­por­ta­tions re­culent. En 2017, nous al­lons payer presque 8 mil­liards de di­nars de dettes ! Com­ment le faire sans aug­men­ta­tion des ex­por­ta­tions, car ces dettes sont payables en de­vises fortes ? Al­lons-nous vendre les biens du pays pour les ho­no­rer ?

Que faire pour ren­ver­ser la va­peur ?

-Il faut ra­tio­na­li­ser les dé­penses, mul­ti­plier les au­dits des en­tre­prises pu­bliques, il faut opé­rer des re­grou­pe­ments au ni­veau des en­tre­prises pu­bliques ; au ni­veau de cer­tains sec­teurs, comme la re­cherche scien­ti­fique ; nous de­vons faire des fu­sions entre pu­blic et pri­vé... Il y a énor­mé­ment de ma­té­riel qui n’est pas en train d’être uti­li­sé, car il re­lève de telle ou telle en­ti­té et si nous par­ve­nons à créer des mé­ca­nismes de ‘’par­tage’’, nous fe­rons des éco­no­mies in­ima­gi­nables. Pour­quoi im­por­ter du ma­té­riel que l’on fi­nit par ne pas uti­li­ser.

Il y a énor­mé­ment de ma­té­riel qui n’est pas en train d’être uti­li­sé, car il re­lève de telle ou telle en­ti­té et si nous par­ve­nons à créer des mé­ca­nismes de ‘’par­tage’’, nous fe­rons des éco­no­mies in­ima­gi­nables”

-Il y a quelques an­nées, nous fai­sions des sor­ties sur des mar­chés obli­ga­taires pri­vés, comme le Sa­mou­raï et le Yankee. Au­jourd’hui, est-ce que le fait de re­cou­rir de ce e ma­nière sui­vie et constante au FMI im­plique que la Tu­ni­sie a per­du son cré­dit au­près des prê­teurs in­ter­na­tio­naux pri­vés ?

-Pour­quoi pen­ser à sou­le­ver des fonds pri­vés sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal, alors que nous de­vons ré­orien­ter toute notre ap­proche en ma­tière de re­cettes et de dé­penses ? Il nous faut en prio­ri­té trou­ver les idées et créer les mé­ca­nismes pour ra­tio­na­li­ser les dé­penses et non pas pour fi­nan­cer les dé­penses. La ré­flexion, après la ré­vo­lu­tion, est de­ve­nue in­co­hé­rente, car on aug­mente d’abord les dé­penses et en­suite on se de­mande com­ment les fi­nan­cier. Pour­quoi ne pas ren­ver­ser cette ap­proche?

Ce ne sont donc pas nos re­la­tions avec le FMI qui sont en cause, mais notre gou­ver­nance de la chose pu­blique qui doit évo­luer ?

-Il faut chan­ger ra­di­ca­le­ment notre ma­nière de gé­rer l’ar­gent et de l’orien­ter. Mais il reste que le plus im­por­tant dans notre ré­flexion doit se faire sur la des­ti­na­tion des dé­penses, faire la part entre les dé­penses utiles et les dé­penses in­utiles, iden­ti­fier les dé­penses qui n’ont au­cun ef­fet sur l’éco­no­mie et la so­cié­té tu­ni­sienne. Au ni­veau de la dis­cus­sion du bud­get de l’Etat, le mi­nistre des Fi­nances de­vrait po­ser la ques­tion aux en­tre­prises pu­bliques, non pas ‘’quelles sont vos dé­penses ? ’’, mais ‘’quelles sont les dé­penses que vous ju­gez in­utiles’’.

Si vous aviez des conseils à don­ner au chef du gou­ver­ne­ment, quels se­raient-ils, dans l’ordre de prio­ri­té ?

1-Au lieu de pré­ci­pi­ter les ré­formes qui peuvent ne pas avoir un ef­fet di­rect sur l’in­ves­tis­se­ment pri­vé, il fau­drait ac­cor­der beau­coup plus d’im­por­tance aux fac­teurs qui ont un ef­fet di­rect sur le cli­mat des af­faires 2-Il est temps de me­ner une grande ré­flexion sur l’agri­cul­ture parce que c’est le sec­teur qui peut avoir de grands ef­fets sur l’éco­no­mie en gé­né­ral et sur la so­cié­té tu­ni­sienne, tout en nous as­su­rant une cer­taine sécurité 3-Re­pen­ser le tou­risme en pro­fon­deur, dans le sens de la di­ver­si­fi­ca­tion des pro­duits 4-Il faut tran­cher sur les cri­tères de la tran­si­tion dé­mo­cra­tique 5-Il faut en­cou­ra­ger de toutes les ma­nières pos­sibles la ré­con­ci­lia­tion li­byenne, car ce pays était notre troi­sième par­te­naire avant la ré­vo­lu­tion, et la paix en Li­bye peut avoir des ef­fets consi­dé­rables sur l’éco­no­mie tu­ni­sienne 6-Il faut ar­rê­ter im­mé­dia­te­ment les im­por­ta­tions in­utiles 7-Il faut en­ta­mer une grande ré­forme de la Douane 8-Alors que l’une de nos grandes orien­ta­tions éco­no­miques est d’en­cou­ra­ger le conte­nu à va­leur de sa­voir, il faut faire faire un grand bond en avant à la re­cherche scien­ti­fique. C’est un sec­teur de na­ture trans­ver­sale qui ne doit pas seule­ment être sous la tu­telle du mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur. Nous sommes clas­sés 111es sur 140 pays que compte l’in­dex de Da­vos dans ce do­maine. Je conseille for­te­ment de créer un se­cré­ta­riat d’Etat à la Re­cherche scien­ti­fique qui re­lève di­rec­te­ment du Pre­mier mi­nistre 9-Mettre fin à la contre­bande, et là on re­vient à nos re­la­tions avec la Li­bye 10-Chan­ger de stra­té­gie de lutte contre le ter­ro­risme, pas uni­que­ment par l’ap­proche sé­cu­ri­taire, mais glo­bale par la culture, l’édu­ca­tion...

Au ni­veau de la dis­cus­sion du bud­get de l’Etat, le mi­nistre des Fi­nances de­vrait po­ser la ques­tion aux en­tre­prises pu­bliques, non pas ‘’quelles sont vos dé­penses?’’, mais ‘’quelles sont les dé­penses que vous ju­gez in­utiles’’

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