POST-SCRIP­TUM

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Mu­sul­mans, Chré­tiens, Juifs... Tous avaient l’ha­bi­tude de se cou­vrir la tête. Cha­peaux, kip­pa, ché­chia... Ces com­po­san­tés ves­ti­men­taires n’ont pas for­cé­ment de si­gni­fi­ca­tions re­li­gieuses, mais consti­tuaient plus sim­ple­ment un élé­ment de la te­nue ci­vile lo­cale qui, il est vrai, pou­vait aus­si être por­teur d’une in­di­ca­tion sur l’ap­par­te­nance à un pays, une com­mu­nau­té ou une classe so­ciale. Dans tous les cas de fi­gure, il était de bon ton, pour les hommes aus­si bien que pour les femmes, de ne pas se dé­par­tir de son couvre-chef. Sor­tir sans cha­peau ou sans ché­chia consti­tuait jus­qu’au mi­lieu du siècle der­nier une faute de goût, voire, à la Belle Époque, une pro­vo­ca­tion. Mais, les temps ont chan­gé et la tra­di­tion a, de­puis bien des an­nées, dis­pa­ru. Une dis­pa­ri­tion qui a coû­té cher à des in­dus­tries flo­ris­santes. Les in­dus­tries du cha­peau en Eu­rope ou celle de la ché­chia en Tu­ni­sie se trouvent au­jourd’hui to­ta­le­ment dé­lais­sées. Dans le même temps, nos com­pa­triotes ont (re)dé­cou­vert qu’à cause de la cha­leur ac­ca­blante ou du froid hu­mide, ils ne pou­vaient se pas­ser d’une pro­tec­tion au som­met de leur taille. Et alors, au lieu de re­ve­nir vers la for­mule an­ces­trale : ché­chia, fez, kal­bak, etc., ils se sont mis à s’af­fu­bler de coif­fures ve­nues d’ailleurs, voire de nulle part. Cha­peaux, cas­quettes, bon­nets, ban­da­na..., se sont pro­gres­si­ve­ment mis à se sub­sti­tuer aux couvre-chefs tra­di­tion­nels dans les rayons du n’im­porte quoi. Les four­nis­seurs vont, ain­si, cher­cher leurs ap­pro­vi­sion­ne­ments ailleurs et dé­ve­loppent des modes de se coif­fer dif­fé­rents. La ré­ac­ti­vi­té aux rythmes sai­son­niers et aux ca­prices de la mode se ré­vèle ain­si leur seul sou­ci. Cha­peau de feutre, imi­ta­tions de cha­peau en paille, cas­quettes ou n’im­porte quel autre ac­ces­soire ve­nant de Chine fe­ra l’af­faire, tant que les clients y trouvent leur bon­heur. Si les chaoua­chis ne sont pas des mo­dèles pour les en­tre­pre­neurs na­tio­naux, qui pour­rait l’être ? Mais est-ce par choix ou par obli­ga­tion qu’ils se re­trouvent dans une telle si­tua­tion ? A les en­tendre, on com­prend vite que ce coup dur pour les fa­bri­cants lo­caux est pro­ba­ble­ment fa­tal. Il faut, en ef­fet, sa­voir qu’un chaoua­chi a be­soin de cinq mois pour pro­duire ses coif­fures et que 50% de sa production dé­pend de femmes tra­vaillant chez elles, dans leurs vil­lages, sans ou­blier que le pro­duit doit pas­ser par les ma­chines vieilles de plus de 100 ans. Dites-moi com­bien d’amour, de dé­voue­ment et même de sa­cri­fices sont né­ces­saires pour la réus­site d’une telle en­tre­prise ? Dès lors, notre conscience ne peut nous in­ter­pel­ler sur notre part de res­pon­sa­bi­li­té dans ce drame si­len­cieux qui se dé­roule sous nos cieux. Oui, que sommes-nous en train de faire, en agis­sant avec une telle dé­sin­vol­ture ?

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