HIS­TOIRE

Nous con­ti­nuons de pu­blier la syn­thèse d’un rap­port ré­di­gé par Paul Bourde, di­rec­teur de l’Agri­cul­ture du temps du Pro­tec­to­rat fran­çais, et qui a fo­ca­li­sé ses tra­vaux sur l’ave­nir de la culture de l’oli­vier dans le centre de la Tu­ni­sie

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - (à suivre)

L’éclat se dé­pose au fond du trou, sans fu­mure. On pié­tine la terre au­tour, et on jette vingt-cinq cen­ti­mètres de terre par-des­sus. Au prin­temps, les re­jets ap­pa­raissent. Les ébou­lis sur le pas­sage de la char­rue et le vent achèvent peu à peu de rem­plir le trou. A me­sure qu’il se comble, on ébour­geonne la par­tie du re­jet qui s’en­terre. On ar­rose les jeunes plan­ta­tions trois fois pen­dant l’été, la pre­mière an­née ; la plu­part des culti­va­teurs les ar­rosent trois fois en­core la se­conde an­née. On porte l’eau dans des jarres d’une ca­pa­ci­té de quinze à vingt litres. Chaque oli­vier en re­çoit deux jarres. D’après Si El Hadj Mo­ha­med Et­tri­ki, l’ar­ro­sage ne se­rait pas in­dis­pen­sable. Dans les an­nées plu­vieuses, on se dis­pense d’ar­ro­ser, et il a re­mar­qué que les arbres ve­nus ain­si sont plus beaux. Mais ce­ci peut te­nir jus­te­ment à ce que des pluies abon­dantes avaient mouillé la terre. L’opi­nion de Si Mo­ham­med Et­tri­ki sur ce point fait ex­cep­tion. L’ar­ro­sage, au moins la pre­mière an­née, est la règle. La greffe en fente et la greffe en écus­son se pra­tiquent cou­ram­ment dans les jar­dins de Sfax pour l’oran­ger, le ci­tron­nier, le poirier, le pom­mier, l’aman­dier, le pê­cher, l’abri­co­tier, le pru­nier; mais on ne greffe ja­mais l’oli­vier des­ti­né à four­nir de l’huile. Quand on veut des olives de table, on greffe les es­pèces mel­la­hi ou nab sur l’es­pèce chem­la­li. La greffe en écus­son se pra­tique au mois de mai. Pen­dant les trois pre­mières an­nées, les pousses s’élèvent peu au-des­sus de terre. L’ef­fort de la crois­sance porte alors sur­tout sur les ra­cines. Les an­nées sui­vantes, les tiges gran­dissent beau­coup plus vite. Tant que le jeune arbre n’est pas en rap­port, on le taille un peu tous les ans, de ma­nière à le conduire à une belle forme. On en­tend par là une forme bien équi­li­brée, bien ar­ron­die, dans la­quelle les maî­tresses branches sont te­nues à bonne et égale dis­tance les unes des autres, de ma­nière que l’air cir­cule ai­sé­ment entre elles. Ces soins sont très im­por­tants; l’ave­nir de l’oli­vette en dé­pend en grande par­tie. Jusque vers la sixième an­née de la plan­ta­tion, on fait entre les lignes d’oli­viers des cultures in­ter­ca­laires, en ayant soin de lais­ser, des deux cô­tés de chaque ligne, une bande de ter­rain nu qu’on élar­git chaque an­née. On sème de l’orge ou des fèves, du blé plus ra­re­ment, car il passe pour être plus nui­sible aux jeunes arbres. Dans quelques oli­vettes, on sème tous les ans, pen­dant quatre ans, une an­née de l’orge et une an­née des fèves ; les fré­quentes fa­çons don­nées à la terre as­surent de bonnes ré­coltes. A par­tir de la sixième an­née, ces cultures cessent tout à fait; le ter­rain est dé­sor­mais ex­clu­si­ve­ment ré­ser­vé aux oli­viers. Quel que soit l’âge de l’oli­vette, les bons plan­teurs la la­bourent cinq fois par an, deux fois avec la char­rue et trois fois avec la maâ­cha. La maâ­cha est en­core une in­ven­tion des Sfaxiens, et par­fai­te­ment ap­pro­priée aux sols lé­gers. C’est une grande lame em­man­chée horizontalement comme une ra­sette à la place du soc de la char­rue, et qui coupe les herbes à un ou deux cen­ti­mètres en terre. On passe la maâ­cha à tra­vers l’oli­vette au­tant que pos­sible quelques jours après la pluie, parce que la pluie fait ger­mer les graines. Si le ter­rain est en­va­hi par le chien­dent, on passe la maâ­cha toutes les se­maines une fois, une di­zaine de se­maines de suite s’il le faut, jus­qu’à ce que le chien­dent meure. On en vient tou­jours à bout. Grâce à ces soins que fa­vo­rise un cli­mat sec, les oli­vettes de Sfax sont des mo­dèles de pro­pre­té. C’est à la lettre qu’on n’y voit pas un brin d’herbe. Les la­bours se font d’oc­tobre à mai. Quand l’oli­vier est en rap­port, c’est-à-dire vers la dixième an­née, on ne le taille plus que tous les deux ans. Si la récolte a été faible, on le taille peu afin de mé­na­ger la récolte sui­vante. Si la récolte a été bonne, on le taille for­te­ment pour re­nou­ve­ler le bois et pré­pa­rer une nou­velle bonne récolte, deux an­nées après. Étant don­nées les di­men­sions des oli­viers de Sfax, il ne sau­rait être ques­tion de cher­cher à en te­nir les branches près de terre, comme

Quel que soit l’âge de l’oli­vette, les bons plan­teurs la la­bourent cinq fois par an, deux fois avec la char­rue et trois fois avec la maâ­cha. La maâ­cha est en­core une in­ven­tion des Sfaxiens, et par­fai­te­ment ap­pro­priée aux sols lé­gers.

en Pro­vence. On se contente d’aé­rer le mi­lieu de l’arbre et d’éclair­cir sa masse en sa­cri­fiant toutes les pousses ver­ti­cales parce qu’elles donnent peu de fruits. Les grosses branches se coupent à la scie et les pe­tites à la serpe. Les sec­tions sont tou­jours d’une re­mar­quable net­te­té. On se sert de hautes échelles doubles pour la taille comme pour la cueillette. Le nombre d’arbres qu’un tailleur peut tailler dans sa jour­née dé­pend du plus ou moins de pro­fon­deur qu’il donne à la taille. Il est en moyenne de huit à dix. Les tailleurs se payent 3 fr. 50 la jour­née. Quelques riches pro­prié­taires fument leurs oli­viers. On at­tend que l’arbre ait dix ou douze ans. Alors, tous les quatre ou cinq ans, on en­terre au pied de chaque oli­vier une charge de cha­meau de fu­mier. L’aug­men­ta­tion de ren­de­ment est sen­sible. Les oli­viers de Sfax sont su­jets à deux ma­la­dies connues des oléi­cul­teurs de tous les pays : le noir et le vert. Les na­tu­ra­listes ne sont pas d’ac­cord sur l’ori­gine du noir. On ne sait si le pa­ra­site qui le cause est ani­mal ou vé­gé­tal. Quand les arbres sont at­teints de cette ma­la­die, les feuilles, le tronc et quel­que­fois le bois même noir­cissent; les feuilles s’étiolent et les fruits n’ar­rivent pas à ma­tu­ri­té. Les prin­temps à pluies tar­dives en­gendrent le noir. Les brouillards hu­mides en fa­vo­risent éga­le­ment le dé­ve­lop­pe­ment. C’est pour­quoi il passe pour être ap­por­té par les vents ma­rins. Les oli­viers y sont cer­tai­ne­ment plus su­jets dans le voi­si­nage de la mer ; aus­si ont-ils moins de va­leur dans cette zone que dans le reste de la fo­rêt. Les arbres jeunes et vi­gou­reux sont gé­né­ra­le­ment exempts de cette ma­la­die. Le ver (da­cus oleoe) est la larve d’une mouche mi­cro­sco­pique qui dé­pose ses oeufs sur l’olive. Il s’in­tro­duit dans le fruit et le fait tom­ber avant ma­tu­ri­té. On n’a trou­vé nulle part de re­mède ef­fi­cace à ces deux ma­la­dies. Heu­reu­se­ment, si elles peuvent com­pro­mettre une récolte, elles n’at­taquent point la vi­ta­li­té de l’arbre même. Ce n’est que par ex­cep­tion du reste qu’elles causent des dom­mages no­tables à Sfax. La fo­rêt y a un as­pect de san­té qui frappe tous les vi­si­teurs. Le sirocco, si re­dou­table à la plu­part des cultures, passe pour as­sai­nir l’oli­vier. L’oli­vier fleu­rit en avril-mai. En juin les fruits sont for­més. Il est d’usage à Sfax que le dou­zième jour de la lune de juin on aille dans les oli­vettes pro­nos­ti­quer l’im­por­tance de la récolte qui s’an­nonce. C’est par cen­taines que les Sfaxiens vont voir leurs oli­viers ce jour-là. Les olives com­mencent à mû­rir sur les jeunes arbres en oc­tobre et plus tard sur les vieux. La cueillette dure quatre mois, jus­qu’à la fin de jan­vier. On se garde bien de gau­ler les arbres comme dans le nord de la Ré­gence, ce qui dé­truit une par­tie des bour­geons de la récolte sui­vante. On se gante les doigts de cornes de mou­ton; on monte sur des échelles doubles pour at­teindre les branches, et on en fait tom­ber les fruits en les pei­gnant de la main. Il ar­rive que des plants dans une oli­vette bien te­nue montrent quelques olives dès la troi­sième an­née. A six ou sept ans, tous com­mencent à en don­ner deux ou trois litres. Quand la récolte est bonne, ils en donnent, à dix ans, une tren­taine; à quinze ans, 60;

Cer­tains arbres pro­duisent jus­qu’à 200 litres. Ils sont rares. On n’en compte pas plus d’un à deux sur cent, dans les plus belles oli­vettes. Une oli­vette mal soi­gnée com­mence à pro­duire beau­coup plus tard.

à vingt ans, 90. Ils sont alors en plein rap­port. Cer­tains arbres pro­duisent jus­qu’à 200 litres. Ils sont rares. On n’en compte pas plus d’un à deux sur cent, dans les plus belles oli­vettes. Une oli­vette mal soi­gnée com­mence à pro­duire beau­coup plus tard. Quelques-unes ne donnent pas leurs pre­miers fruits avant douze ou quinze ans. C’est sur­tout pen­dant les pre­mières an­nées qu’il im­porte de ne point né­gli­ger l’oli­vier. La lé­gende veut que l’oli­vier soit un arbre éter­nel et qu’il pro­duise in­dé­fi­ni­ment. Es­telle exacte ? Les Sfaxiens manquent en­core d’une ex­pé­rience suf­fi­sante pour se pro­non­cer. Ils ont re­mar­qué que plus l’arbre est âgé, plus grande est la quan­ti­té d’huile que contiennent les olives pro­por­tion­nel­le­ment à leur poids. Ils croient avoir éga­le­ment re­mar­qué qu’après une cin­quan­taine d’an­nées de production sou­te­nue, la quan­ti­té d’olives que donne un arbre di­mi­nue, mais ils savent le ra­jeu­nir par une taille à fond, un dé­chaus­se­ment et une bonne fu­mure, et lui rendre sa vi­gueur pre­mière. L’oli­vier sai­sonne. Ja­mais deux ré­coltes pleines ne se suivent. On cal­cule qu’à Sfax une bonne an­née est sui­vie d’une mé­diocre, puis d’une mau­vaise. On compte, en ré­su­mé, que trois an­nées donnent en moyenne une bonne récolte et de­mie. Du reste, les arbres d’une oli­vette sai­son­nant de fa­çons dif­fé­rentes, il y en a tou­jours un cer­tain nombre en production chaque an­née. Les olives pro­ve­nant de tout jeunes arbres four­nissent au pres­soir 10% de leur poids en huile. A me­sure que les arbres gran­dissent, le ren­de­ment aug­mente. Il at­teint 48 et 20% dans les mou­lins arabes, 23 et jus­qu’à 30% dans les mou­lins eu­ro­péens. Ces pro­por­tions in­usi­tées in­diquent une qua­li­té d’olives tout à fait su­pé­rieure.

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