UN PARC À RE­PEN­SER

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

C’est un se­cret de po­li­chi­nelle : le parc de l’Etat est li­vré au bon vou­loir des mi­nis­tères et des en­tre­prises. Se­lon une étude de l’As­so­cia­tion tunisienne de lutte contre la cor­rup­tion, ce parc a aug­men­té de 11.000 uni­tés, pas­sant ain­si de 73.000 vé­hi­cules en 2012 à plus de 84.000 dont 48.000 voi­tures de ser­vice et de fonc­tion, en 2015. L’étude qui pointe du doigt la ges­tion du parc de l’État, ré­vèle des chiffres qui en disent long sur le mau­vais em­ploi des de­niers pu­blics. Ain­si, le parc de l’État, hors voi­tures de po­lice et de la Dé­fense na­tio­nale, coû­te­rait 760 MD par an (un chiffre qui ne prend pas en compte l’achat des vé­hi­cules). Et, pour cor­ser da­van­tage l’at­mo­sphère de ce film d’épou­vante, l’étude ré­vèle que l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en car­bu­rant des vé­hi­cules ad­mi­nis­tra­tifs est de 540 MD par an. Soit 64% de la com­pen­sa­tion du car­bu­rant qui sert à faire le plein des vé­hi­cules ad­mi­nis­tra­tifs ! Mais notre pro­pos n’est pas là. En ef­fet, c’est plu­tôt l’ad­mi­nis­tra­tion de ce parc, qui est cen­sée re­flé­ter l’exem­pla­ri­té de l’Etat en termes de bonne ges­tion des de­niers pu­blics, qui nous laisse pan­tois. D’abord, parce que le parc est mal connu, faute de mise à jour ri­gou­reuse du nombre des vé­hi­cules et leur état (cli­vage des chiffres entre l’Attt et ceux des mi­nis­tères du do­maine de l’Etat). En­suite, les coûts as­so­ciés sont aus­si mal ap­pré­hen­dés, qu’il s’agisse des dé­penses de per­son­nel, d’en­tre­tien, de car­bu­rant ou d’as­su­rance. Mais c’est aus­si un parc mal consti­tué en termes de marques, de types et de puis­sance. Cette com­po­si­tion dis­pa­rate et non adaptée aux be­soins réels des en­tre­prises, en­traîne, éga­le­ment, d’im­por­tants sur­coûts. De ce fait, l’État est in­ca­pable de dé­fi­nir de ma­nière fiable le prix de re­vient ki­lo­mé­trique de son parc. Mais là où le bât blesse, c’est qu’il s’agit aus­si d’un parc sur­di­men­sion­né puis­qu’on dé­nombre une moyenne d’un vé­hi­cule ad­mi­nis­tra­tif pour huit fonc­tion­naires. Une moyenne qui re­pré­sente le double de la norme in­ter­na­tio­nale! Par ailleurs, l’ab­sence d’une fac­tu­ra­tion in­terne des ser­vices four­nis ne per­met pas l’éta­blis­se­ment d’une comp­ta­bi­li­té ana­ly­tique à même de jus­ti­fier les in­ves­tis­se­ments opé­rés en ma­té­riel rou­lant, pièces de re­change, en­tre­tien, etc. Cette si­tua­tion kaf­kaïenne sur la­quelle se greffe d’autres abus, en par­ti­cu­lier l’uti­li­sa­tion des voi­tures ad­mi­nis­tra­tives à des fins per­son­nelles, com­mande des me­sures d’ajus­te­ment pour une meilleure op­ti­mi­sa­tion du rendement du parc rou­lant ad­mi­nis­tra­tif, tels que la mise en pool des dif­fé­rents mi­nis­tères et en­tre­prises pu­bliques, le dé­ve­lop­pe­ment de for­mules de trans­port al­ter­na­tives et plus souples, tel le re­cours à la lo­ca­tion de courte du­rée. Il est temps que l’État re­pense son parc rou­lant en vue d’en mo­der­ni­ser la ges­tion et d’en op­ti­mi­ser

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