DE LA CULTURE DE L’OLI­VIER DANS LE CENTRE DE LA TU­NI­SIE

Nous conti­nuons de pu­blier la syn­thèse d’un rap­port ré­di­gé par Paul Bourde, di­rec­teur de l’Agriculture du temps du Pro­tec­to­rat fran­çais, et qui a fo­ca­li­sé ses tra­vaux sur l’ave­nir de la culture de l’oli­vier dans le centre de la Tu­ni­sie

La Presse Business (Tunisia) - - HISTOIRE -

Ce qui a été com­men­cé à Sfax avec tant de bon­heur peut être éten­du à tout le centre de la Tu­ni­sie. Mais com­ment ac­cé­lé­rer le mou­ve­ment de re­plan­ta­tion? Le moyen qui se pré­sente na­tu­rel­le­ment à l’es­prit est d’ap­pe­ler les co­lons à y concou­rir. Mais le peuvent-ils? Et dans quelles condi­tions? La plu­part des oli­vettes de Sfax ont été plan­tées à moi­tié par un pro­prié­taire et un ou­vrier liés entre eux par un contrat de m’rhar­ça. En ver­tu de ce contrat, le pro­prié­taire achète la terre et la livre à l’ou­vrier, qui de­vient son m’rhar­ci. Ja­dis, la prise de pos­ses­sion d’un ter­rain se mar­quait par la construc­tion d’une ta­bia, le­vée de terre sur la­quelle on plan­tait une haie de cac­tus, la construc­tion de la ta­bia était à la charge du pro­prié­taire ; le mètre cou­rant en re­vient à 30 ou 40 cen­times. Au­jourd’hui que la loi a mo­di­fié les condi­tions d’ac­qui­si­tion des terres sia­lines, la construc­tion d’une ta­bia n’est plus obli­ga­toire. Ce­pen­dant, c’est une bonne clô­ture contre l’in­va­sion des ani­maux, et quelques pro­prié­taires conti­nuent à en construire.

POS­SI­BI­LI­TÉ POUR LES CO­LONS DE PAR­TI­CI­PER À L’OLÉI­CUL­TURE

Le m’rhar­ci dé­friche s’il y a lieu, dans la ré­gion de Sfax, comme du reste presque par­tout dans le centre de la Tu­ni­sie, les ché­tives plantes à de­mi li­gneuses qui oc­cupent le sol ne ré­sistent pas à un la­bour un peu pro­fond. Ce­pen­dant, si le dé­fri­che­ment pré­sen­tait des dif­fi­cul­tés par­ti­cu­lières, le m’rhar­ci pour­rait re­fu­ser de s’en char­ger; il in­com­be­rait alors au ca­pi­ta­liste, mais ce­la n’ar­rive pour ain­si dire ja­mais. Le m’rhar­ci four­nit les éclats à plan­ter, les ani­maux et les ins­tru­ments, et il se charge de tout le tra­vail qu’exige la plan­ta­tion et son en­tre­tien. Un m’rhar­ci seul peut culti­ver 200 oli­viers, soit une dou­zaine d’hec­tares; s’il a une fa­mille pour l’ai­der, il peut al­ler jus­qu’à 500, soit en­vi­ron 31 hec­tares. On cal­cule qu’il faut un cha­meau par 10 hec­tares pour as­su­rer les la­bours. Quand la terre est bien pré­pa­rée, le la­bour d’un hec­tare à la char­rue de­mande deux jours et à la maâ­cha un jour. Les deux la­bours à la char­rue et les trois fa­çons à la maâ­cha qu’il est d’usage de don­ner à la terre, d’oc­tobre à mai, re­pré­sentent donc soixante-dix journées de tra­vail pour le cha­meau em­ployé à l’en­tre­tien de 10 hec­tares.

LE CONTRAT DE M’RHAR­ÇA

Un m’rhar­ci qui cultive 31 hec­tares a be­soin de quatre char­rues, dont une de ré­serve; de quatre maâ­chas, dont une de ré­serve ; de râ­teaux ou de herses pour ra­mas­ser les herbes, d’échelles, de sapes, de pelles, de haches et, s’il sait tailler, de serpes et de scies. Le prix d’un cha­meau est très va­riable. Il tombe très bas dans les an­nées sèches et peut s’éle­ver très haut dans les bonnes an­nées. Les écarts ex­trêmes sont de 120 à 300 francs, quel­que­fois, mais tout à fait par ex­cep­tion, 400 francs. Une char­rue coûte 5 francs, une maâ­cha 10, les autres ins­tru­ments de 1 à 2 fr. 50. En somme, en an­née moyenne, les ani­maux et les ins­tru­ments né­ces­saires à un m’rhar­ci qui prend la charge d’une plan­ta­tion de 31 hec­tares exigent une dé­pense de 650 à 750 francs. Le m’rhar­ci étant un ou­vrier agri­cole, il est rare qu’il dis­pose per­son­nel­le­ment d’une pa­reille somme. Il est d’usage que le pro­prié­taire, son as­so­cié, lui fasse quelques avances. Ces avances ne portent point d’in­té­rêt, et c’est là

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