DE LA CULTURE DE L’OLI­VIER DANS LE CENTRE DE LA TU­NI­SIE

Nous conti­nuons de pu­blier la syn­thèse d’un rap­port ré­di­gé par Paul Bourde, di­rec­teur de l’Agriculture du temps du Pro­tec­to­rat fran­çais, et qui a fo­ca­li­sé ses tra­vaux sur l’ave­nir de la culture de l’oli­vier dans le centre de la Tu­ni­sie

La Presse Business (Tunisia) - - HISTOIRE -

BÉ­NÉ­FICES QUE PEUT DON­NER LA PLAN­TA­TION D’UNE OLIVETTE

Il est pos­sible que les co­lons concourent à re­cons­ti­tuer l’an­cienne fo­rêt du centre de la Tu­ni­sie. Mais l’en­tre­prise offre-t-elle des chances de gain suf­fi­santes pour les en­ga­ger à ris­quer leurs ca­pi­taux dans cette culture? Le compte des dé­penses et des re­cettes d’une plan­ta­tion d’oli­viers ré­pon­dra à cette ques­tion. Les cultures in­ter­ca­laires consti­tuent une opé­ra­tion dis­tincte et pas­sa­gère; on peut les né­gli­ger. Je prends pour type la plan­ta­tion de 10 hec­tares, à la­quelle suf­fit un cha­meau. J’ad­mets que, sui­vant le cas le plus fré­quent, l’as­so­cia­tion entre le pro­prié­taire et le m’rhar­ça est dis­soute la hui­tième an­née. Voi­ci, d’après les ren­sei­gne­ments re­cueillis à Sfax, la mise de fonds qu’en­gage un pro­prié­taire qui avance toutes les sommes dont le m’rhar­ca a be­soin. C’est le cas le moins fa­vo­rable. Dix hec­tares plan­tés en car­ré d’oli­viers es­pa­cés de vingt-quatre mètres les uns des autres portent 174 oli­viers. A la suite du par­tage, le pro­prié­taire et le m’rhar­ça se trouvent ain­si cha­cun en pos­ses­sion d’une olivette de 87 oli­viers. Le pied d’oli­vier re­vient par consé­quent net au pro­prié­taire à un peu plus de 3 francs. Dé­sor­mais, ces oli­viers donnent un pro­duit suf­fi­sant pour cou­vrir les frais de leur en­tre­tien annuel. Ces frais sont na­tu­rel­le­ment moins éle­vés quand les arbres sont jeunes, parce que les frais de cueillette, de trans­port et de pres­sage sont pro­por­tion­nels à l’im­por­tance de la ré­colte. A cette somme s’ajoute, à par­tir de la quin­zième an­née, le paye­ment de l’im­pôt ka­noun, qui est de 45 cen­times par pied. Les dé­penses an­nuelles d’un pied d’oli­vier sont dès lors por­tées à 2 fr. 75 et res­tent par la suite in­dé­fi­ni­ment les mêmes. Tous les chiffres ci-des­sus sont don­nés pour une ex­ploi­ta­tion où, faute d’être fa­mi­lier avec les moeurs lo­cales, on de­vrait por­ter les dé­penses au maxi­mum. Il est de no­to­rié­té pu­blique à Sfax que la plu­part des plan­teurs par­viennent à ré­duire les frais à un chiffre sen­si­ble­ment in­fé­rieur. J’ai rap­por­té plus haut que la pro­duc­tion nor­male de l’oli­vier à Sfax est, par suite du sai­son­ne­ment, d’une bonne ré­colte et de­mie par pé­riode de trois an­nées, soit une de­mi-ré­colte en moyenne par an­née. Un oli­vier donne donc par an, en moyenne: à dix ans, 15 litres d’olives ; à quinze ans, 30 litres, et à vingt ans 45. A dix ans, le re­ve­nu net est en­core in­si­gni­fiant. A quinze ans, 30 litres d’olives donnent 6 litres 90 d’huile re­pré­sen­tant, à 65 cen­times le litre, un re­ve­nu brut, en chiffre rond, de 4 fr. 45, et un re­ve­nu net de 4 fr. 45 moins 2 fr. 30 de frais d’en­tre­tien, soit 2 fr. 15. A vingt ans, 45 litres d’olives donnent 40 litres 35 d’huile re­pré­sen­tant un re­ve­nu brut, en chiffre rond, de 6 fr.75, et un re­ve­nu net de 6 fr. 75 moins 2 fr. 30 de frais d’en­tre­tien et fr. 45 d’im­pôt ka­noun, soit 4 fr. Le prix cou­rant d’un oli­vier est à dix ans de 15 à 18 francs, à quinze ans de 35 à 40 fr., à vingt ans de 45 à 50 fr. Il conserve in­dé­fi­ni­ment cette der­nière va­leur. Un Sfaxien qui pos­sède 1.000 pieds d’oli­viers est consi­dé­ré comme riche. On se de­man­de­ra quel de­gré d’ap­proxi­ma­tion re­pré­sentent ces moyennes. Ce sont des moyennes ; mais elles serrent la réa­li­té de très près, de beau­coup plus près que les moyennes or­di­naires dans les cal­culs agri­coles. Un fait frap­pant dans la fo­rêt de Sfax, c’est en ef­fet com­bien la ve­nue des arbres y est égale ; on n’y voit au­cun su­jet ché­tif. Un autre fait qui res­sort des pre­mières sta­tis­tiques que l’Ad­mi­nis­tra­tion du Pro­tec­to­rat a pu dres­ser, en même temps que des ob­ser­va­tions des Sfaxiens, c’est qu’à la consi­dé­rer par pé­riodes de trois an­nées, la pro­duc­tion des olives est as­sez ré­gu­lière. Si l’on ap­plique ces moyennes à des su­per­fi­cies, on constate que pour conser­ver un hec­tare conte­nant 17 oli­viers, il faut en plan­ter deux en as­so­cia­tion avec un m’rhar­ça. Ce re­ve­nu et cette va­leur se­ront ma­jo­rés sans qu’il y ait ac­crois­se­ment de dé­penses si,

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