AUX OU­BLIETTES ?

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Quelles sont les for­ma­tions les plus por­teuses en termes d’em­ploi ? C’est la ques­tion que se posent tous les jeunes avant d’en­ta­mer le cal­vaire des exa­mens. C’est éga­le­ment celle qui vient à l’es­prit des fa­milles les plus ai­sées mais aus­si les mieux in­for­mées, et qui sont prêtes à in­ves­tir for­te­ment dans l’ave­nir de leur pro­gé­ni­ture. En Tu­ni­sie, et de­puis un cer­tain nombre d’an­nées, on range na­tu­rel­le­ment dans cette ca­té­go­rie de cré­neaux les bu­si­ness schools, les for­ma­tions d’in­gé­nieurs, de droit et, de­puis quelques an­nées, celles du de­si­gn et de la créa­tion. Mais, à celles-ci, il faut sans doute ajou­ter un type de for­ma­tions aux­quelles on ne pense pas for­cé­ment : celles qui pré­parent aux métiers de l’hô­tel­le­rie-res­tau­ra­tion. Des for­ma­tions très axées sur la pra­tique, très opé­ra­tion­nelles, très in­ter­na­tio­nales, et qui, après un cur­sus de 3 ou 4 ans après le Bac, per­mettent d’ac­cé­der très vite à d’im­por­tantes res­pon­sa­bi­li­tés. Le tout dans un sec­teur, l’hô­tel­le­rie de luxe, qui connaît une forte crois­sance à l’échelle mon­diale. De quoi, on l’ima­gine, sus­ci­ter l’in­té­rêt de nom­breux jeunes. Mais après la crise du tou­risme en Tu­ni­sie, la donne a chan­gé. Avec un nombre crois­sant d’éta­blis­se­ments hô­te­liers fer­més, de centres de loi­sirs et d’ani­ma­tion qui dis­pa­raissent les uns après les autres, des chaînes de res­tau­ra­tion qui se ré­tré­cissent comme peau de cha­grin et dont les ser­vices s’érodent en per­ma­nence, ces sec­teurs com­mencent à dés­in­té­res­ser les ba­che­liers et même les dé­ten­teurs de di­plômes des écoles hô­te­lières. A leurs yeux, ces car­rières ne pré­sentent plus d’at­trait. Car, même s’ils y ac­quièrent le sou­ci du client, le sens du ser­vice et du tra­vail bien fait, ils n’y dis­posent plus vrai­ment d’une so­lide ga­ran­tie sur le mar­ché de l’em­ploi ni, par la suite, de pers­pec­tives de pro­mo­tion. Or, en ma­tière de for­ma­tion à l’hô­tel­le­rie, la Tu­ni­sie ap­pa­rais­sait dé­jà, ces der­nières an­nées, très en re­trait. Dans ce do­maine en forte ex­pan­sion et de plus en plus concur­ren­tiel, les écoles spé­cia­li­sées dans la for­ma­tion dans ce do­maine ont per­du la ré­pu­ta­tion de mettre sur le mar­ché une main- d’oeuvre of­frant un ser­vice de grande qua­li­té. Un manque d’in­té­rêt pour la for­ma­tion dans le do­maine de l’hô­tel­le­rie et de la res­tau­ra­tion ne fe­ra qu’em­pi­rer la si­tua­tion. D’abord, parce que les étu­diants fré­quen­tant ces écoles ont be­soin de pra­tique sur le ter­rain et qu’en ce mo­ment, il est très dif­fi­cile de le faire ; en­suite parce que, for­cé­ment, ils au­ront été, en amont, dé­cou­ra­gés par leurs fa­milles qui au­ront ju­gé cette for­ma­tion in­utile dans un pays qui a per­du l’un des sec­teurs-clés de son éco­no­mie. Ain­si, les écoles ne drainent plus au­tant de can­di­dats et en­core moins en pro­ve­nance de l’étran­ger comme au­pa­ra­vant. Et c’est bien dom­mage, car que fe­ra l’Etat de son parc hô­te­lier ? Quelle se­ra l’at­ti­tude des pro­fes­sion­nels et des pro­prié­taires des éta­blis­se­ments hô­te­liers face à cette pé­nu­rie de main-d’oeuvre spé­cia­li­sée ? Qui, de leurs hé­ri­tiers, au­ra do­ré­na­vant en­vie de conti­nuer l’oeuvre de ses pa­rents. Il est dif­fi­cile de croire que notre si belle Tu­ni­sie se­ra un jour dans l’obli­ga­tion de pla­cer tout un sec­teur aux ou­bliettes.

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