PLA­CER LES RÉ­GIONS AU COEUR DE L’AC­TION

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

Les temps sont dé­jà durs, au­tant pour les sa­la­riés que pour les em­ployeurs et les in­ves­tis­seurs. Que dire alors des chô­meurs? De­puis cinq ans, chaque jour qui passe em­porte dans son sillage les rêves de mil­liers de jeunes. Des espoirs qui volent en éclats, lais­sant place à un déses­poir qui creuse da­van­tage le lit de l’ex­tré­misme, du ban­di­tisme et de la cri­mi­na­li­té. En met­tant en avant la tran­si­tion dé­mo­cra­tique au dé­tri­ment de la tran­si­tion éco­no­mique, nos po­li­tiques et hé­rauts des va­leurs ci­toyennes ont fait une mau­vaise lec­ture de l’âme du pays. C’est pour ce­la que la ré­gion de Kas­se­rine s’est mise en mou­ve­ment, et nul ne sait com­bien de temps va du­rer cette phase. Il n’em­pêche, par ef­fet d’en­traî­ne­ment, la co­lère a dé­jà ga­gné d’autres ré­gions. Coif­fé au po­teau par la vi­tesse de pro­pa­ga­tion des mo­bi­li­sa­tions dans cette lo­ca­li­té, le gou­ver­ne­ment a pris des me­sures pour calmer les ar­deurs: re­cru­te­ment de chô­meurs dans le cadre des divers pro­grammes de l’em­ploi, ré­gu­la­ri­sa­tion de la si­tua­tion des per­sonnes concer­nées par le mé­ca­nisme 16, fi­nan­ce­ment de pro­jets par la Banque tunisienne de so­li­da­ri­té, etc. En ef­fet, cette an­nonce s’est avé­rée une pro­messe hâ­tive qui est ra­pi­de­ment de­ve­nue ob­jet d’in­ter­pré­ta­tions et de po­lé­miques. Quoi qu’il en soit, ce geste gou­ver­ne­men­tal ne semble pas être orien­té vers un des­tin plus or­don­né. Il ne s’agit, au fait, que d’une trêve ou d’un ar­mis­tice de quelques se­maines: on calme le jeu; on ob­serve et, le feu ayant ces­sé, on né­go­cie le pas­sage d’une si­tua­tion à son contraire sans pour au­tant ex­tir­per le mal qui ronge les ré­gions d’une fa­çon beau­coup plus pro­fonde. Voi­là ce qui, en vé­ri­té, sur­prend les ob­ser­va­teurs et in­quiète les bailleurs de fonds. En ef­fet, un rap­port sur «l’In­dice d’at­trac­ti­vi­té ré­gio­nal, clas­se­ment des gou­ver­no­rats et bonnes pra­tiques de gou­ver­nance lo­cale» vient à point nom­mé poin­ter du doigt la dure réa­li­té des ré­gions lais­sées à l’aban­don. Il res­sort de ce rap­port qu’à part Tu­nis, le cli­mat n’est pas pro­pice aux af­faires dans les 23 autres gou­ver­no­rats. Pis en­core, l’in­dice gé­né­ral lo­cal du cli­mat d’af­faire cal­cu­lé est ju­gé «peu sa­tis­fai­sant». Il n’at­teint même pas la moyenne dans la ma­jo­ri­té des gou­ver­no­rats de l’in­té­rieur. Et pour cause, les ver­rous qui en­travent le dé­col­lage des ré­gions sont tou­jours en place. En ef­fet, ré­ha­bi­li­ta­tion des quar­tiers, lo­ge­ments so­ciaux, creu­se­ment de puits et autres équi­pe­ments de san­té ne chan­ge­ront en rien le quo­ti­dien des ci­toyens et ne ba­li­se­ront guère la voie à cette ver­tueuse dy­na­mique qu’on sou­haite mettre en place pour en­trou­vrir toutes les pas­se­relles es­sen­tielles à la re­lance de l’éco­no­mie ré­gio­nale et pour re­tom­ber le torse des ré­gions. Car ce n’est que quand la re­prise éco­no­mique se ren­for­ce­ra et se dif­fu­se­ra pour re­jaillir po­si­ti­ve­ment sur une ré­gion qu’elle re­com­men­ce­ra à créer des em­plois et à re­dé­mar­rer les in­ves­tis­se­ments. Tant que les ré­gions souffrent, la Tu­ni­sie ne se­ra pas à l’abri des troubles et des sou­bre­sauts. Il s’agit donc, de don­ner un coup de pied dans la four­mi­lière ad­mi­nis­tra­tive pour mettre tous les ac­teurs en mou­ve­ment et trou­ver un nou­vel équi­libre, et vite. Il doit être proac­tif, in­ven­tif et ca­pable de faire avan­cer les ré­gions. Et l’illu­sion d’un som­met, aus­si fré­quen­té soit-il que ce­lui de Da­vos, où le re­cours à un en­det­te­ment ex­té­rieur in­con­si­dé­ré et ex­ces­sif se­rait mal­heu­reu­se­ment sy­no­nyme d’un ex­ploit fi­nan­cier à même de «lu­bri­fier» la ma­chine de l’État, ne doit pas nous faire ou­blier cette dou­lou­reuse réa­li­té.

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