LE MI­LIEU

La Presse Business (Tunisia) - - OUT OF BUSINESS - Par Ha­bib BOUHAWEL

De l’in­fluence de l’en­vi­ron­ne­ment sur la réus­site de l’ar­tiste et de sa no­to­rié­té, on ne dis­cute pas. Ni Pi­cas­so ni Da­li n’au­raient connu la cé­lé­bri­té que l’on sait s’ils étaient nés chez nous et y se­raient res­tés. De même, l’en­vi­ron­ne­ment in­flue sur le rendement du créa­teur et condi­tionne son évo­lu­tion. Il est peu pro­bable, si­non in­con­ce­vable, que si par une quel­conque dé­con­ve­nue du des­tin, Bee­tho­ven ou Mo­zart avaient vu le jour à Gbel­li ou Haf­fouz, ils au­raient pu ré­ga­ler l’hu­ma­ni­té de la «Cin­quième sym­pho­nie» ou de «la Qua­ran­tième». La roue de la for­tune choi­sit tout d’abord le lieu, avant de dé­si­gner l’heu­reux élu. Il en va ain­si de toutes les branches de l’art et du sa­voir. Les cultures qui ont eu l’in­tel­li­gence d’amé­na­ger tout au long de siècles de pa­tience le mi­lieu adé­quat, pro­fitent plus tard des re­tom­bées heu­reuses de ce pro­ces­sus de ci­vi­li­sa­tion qui ré­vèle cette per­cep­tion qu’ont cer­tains groupes hu­mains de la né­ces­saire évo­lu­tion. La ci­vi­li­sa­tion arabe, entre autres ci­vi­li­sa­tions, n’a pu se réa­li­ser qu’en ce mi­lieu pro­pice qu’était le pa­lais du ca­life ou de l’émir éclai­ré, fa­vo­ri­sant la connais­sance et pour en faire un signe de puis­sance et de pres­tige per­son­nel. Tels étaient Haroun Ar­ra­chid et plus tard son fils Al Ma’moûn dont le nom est lié à la fa­meuse «Dar Al Hik­ma», sanc­tuaire des plus grands sa­vants de l’époque. Une époque qui consti­tua l’apo­gée d’une ci­vi­li­sa­tion qui n’a pas su per­pé­tuer la tra­di­tion de mé­cé­nat cultu­rel et scien­ti­fique qui a pour­tant fait sa gran­deur, mais qui a eu plus tard le mé­rite d’inspirer la Re­nais­sance ita­lienne, point d’an­crage dé­ci­sif de la ci­vi­li­sa­tion occidentale. De l’en­vi­ron­ne­ment ab­bas­side dont l’époque faste ins­pi­ra les au­teurs des Mille et une Nuits, il ne nous reste que les fan­tasmes et le res­sas­se­ment amer. S’il est vrai que notre pays, sem­blable à beau­coup d’autres, pos­sède ses graines de gé­nie, il est aus­si vrai que le ter­rain est loin d’être meuble, et donc peu pro­pice à la se­mence. L’his­toire, gé­né­reuse par mo­ments, a pour­tant don­né sa chance à notre monde ap­pe­lé abu­si­ve­ment arabe. Aux uns, elle a of­fert l’in­dé­pen­dance tant rê­vée ; aux autres, elle fait don d’une ri­chesse mi­ra­cu­leuse, la manne pé­tro­lière. Au­tant dire qu’il y a eu pro­messe d’en­vi­ron­ne­ments mi­ri­fiques pour des gé­né­ra­tions de créa­teurs et de fai­seurs d’une nou­velle ci­vi­li­sa­tion. Mais le phé­nix tar­da à re­naître de ses cendres. Faut-il croire à la

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