LA VOIE CO­OPÉ­RA­TIVE DANS L’ES­PRIT DE BOUR­GUI­BA

Nous re­pro­dui­sons ci-après la deuxième par­tie du texte du dis­cours pro­non­cé par le pre­mier pré­sident de la Ré­pu­blique tunisienne à la Bourse du Tra­vail de Tu­nis, à l’ou­ver­ture du Con­grès na­tio­nal de la co­opé­ra­tion tunisienne, le 25 mai 1962.

La Presse Business (Tunisia) - - DOCUMENT -

Ala suite de la pé­nu­rie de den­rées ali­men­taires telles que celle de l’huile d’olive ar­ti­fi­ciel­le­ment en­tre­te­nue au Kef, j’avais sug­gé­ré la créa­tion d’une co­opé­ra­tive de dé­taillants qui trai­te­rait di­rec­te­ment avec les pro­duc­teurs. On se la­mente sur le sort des in­ter­mé­diaires et on avance qu’ils se­raient condam­nés au chô­mage. S’ils ne peuvent se conten­ter de gains rai­son­nables, sup­por­tés sans trop de peine par les pro­duc­teurs et les consom­ma­teurs, la re­con­ver­sion de leurs ac­ti­vi­tés ne sau­rait être évi­tée et ils de­vront s’in­té­grer dans les sec­teurs de pro­duc­tion. Tels sont les im­pé­ra­tifs d’une so­cié­té équi­li­brée, dé­ba­ras­sée des in­jus­tices, à l’abri de la mi­sère et de la faim. Il faut que chaque ci­toyen soit un facteur de pro­duc­tion, qu’il gagne sa vie à la sueur de son front, en contre­par­tie de sa pro­duc­tion ou de la plus-va­lue que par son ef­fort et son in­tel­li­gence il as­sure à la pro­duc­tion des autres. Il faut éga­le­ment mettre fin au spec­tacle de ces mil­liers de mi­sé­reux, vi­vant dans une oi­si­ve­té per­ni­cieuse, lorsque dans le pays des mil­liers d’hec­tares de terres sont en friches. La pa­resse est une ca­la­mi­té que nous de­vons com­battre. Il suf­fit d’une tour­née dans la pé­ri­phé­rie de la ca­pi­tale pour ob­ser­ver des groupes d’hommes ac­crou­pis de­vant leurs gour­bis, jouant aux cartes et consom­mant du thé. Ce sont des chô­meurs pro­fes­sion­nels ti­rant leurs res­sources du tra­vail de leurs femmes em­ployées dans les mé­nages. Celles-ci en­tre­tiennent des fa­milles en­tières alors que leurs ma­ris se croisent les bras. Ne se­rait-il pas juste de se sai­sir de ces hommes va­lides et im­pro­duc­tifs et de les ex­pé­dier à M. Amor Ché­chia, Gou­ver­neur de Kai­rouan, qui ré­clame de la main-d’oeuvre et qui les em­ploie­rait à dé­fri­cher le sol? Si ces hommes ont pris goût à l’oi­si­ve­té, il faut aus­si li­mi­ter leur li­ber­té mal em­ployée. Je n’ai pas un pen­chant par­ti­cu­lier à li­mi­ter la li­ber­té in­di­vi­duelle des gens, mais je pense qu’il est de l’in­té­rêt de ces hommes que la Garde na­tio­nale s’em­ploie à les éva­cuer sur des ré­gions où il y a du tra­vail à ac­com­plir. Ain­si ils pour­ront ga­gner des sa­laires en nu­mé­raires et en na­ture qui leur per­met­tront de vivre et d’avoir un lo­ge­ment dé­cent. Contre leur gré, si né­ces­saire, il faut re­le­ver leur ni­veau. S’ils res­tent im­per­méables, leurs en­fants ne le se­ront pas.

PRO­BI­TÉ, LOYAU­TÉ, ES­PRIT DE SA­CRI­FICE

Ce sont donc les hommes qu’il faut chan­ger en mo­di­fiant leurs at­ti­tudes men­tales et leur vi­sion des choses. Si les co­opé­ra­tives chez nous ont connu les dif­fi­cul­tés aux­quelles j’ai tout à l’heure fait al­lu­sion, c’est parce qu’elles se sont heur­tées à l’égoïsme de cer­tains co­opé­ra­teurs et à la men­ta­li­té in­di­vi­dua­liste. Quand on consti­tue une so­cié­té, ses membres doivent ac­cep­ter une li­mi­ta­tion vo­lon­taire de leur li­ber­té contre des moyens d’ac­tion ac­crus. Tou­te­fois, le suc­cès reste fonc­tion de la pro­bi­té, de la loyau­té et de l’es­prit de sa­cri­fice des co­opé­ra­teurs. Cer­tains de ceux-ci ne se pré­oc­cupent que d’ex­ploi­ter à leur pro­fit l’ef­fort de leurs co­as­so­ciés. Chaque ini­tia­tive

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