CRÉA­TI­VI­TÉ

Ce qui fausse la donne au­jourd’hui, c’est qu’on as­siste à deux pos­tures conco­mi­tantes, un ta­ris­se­ment de la pen­sée éco­no­mique no­va­trice et adaptée aux réa­li­tés tu­ni­siennes et une uni­for­mi­sa­tion sai­sis­sante qui conti­nue à se cram­pon­ner au dogme que l’Etat

La Presse Business (Tunisia) - - CLIN D’OEIL - Par Rid­ha BEN SLA­MA

Com­bien de fois faut-il ré­ité­rer que le sec­teur pu­blic en Tu­ni­sie est un ac­teur qui, par son com­por­te­ment, in­fluence lar­ge­ment la vie éco­no­mique et so­ciale. Sur­tout que le pays passe par une étape de ré­amé­na­ge­ment fon­da­men­tal et mul­ti­di­men­sion­nel. L’éco­no­mie dé­pend des choix po­li­tiques fixés par l’Etat. Pour ga­ran­tir la mise en oeuvre de ces choix et l’abou­tis­se­ment de leurs ob­jec­tifs, il faut faire en sorte qu’ils soient in­no­vants et en confor­mi­té avec les réa­li­tés du pays. Faire preuve de créa­ti­vi­té, voi­là le fil conduc­teur. Mais ce qui fausse la donne au­jourd’hui, c’est qu’on as­siste à deux pos­tures conco­mi­tantes, un ta­ris­se­ment de la pen­sée éco­no­mique no­va­trice et adaptée aux réa­li­tés tu­ni­siennes et une uni­for­mi­sa­tion sai­sis­sante qui conti­nue à se cram­pon­ner au dogme que l’Etat ne doit pas in­ter­ve­nir dans les af­faires éco­no­miques confor­mé­ment à la cé­lèbre formule du «lais­ser- faire, lais­ser-pas­ser» de Gour­nay, ou en adop­tant la vieille doc­trine du li­bé­ra­lisme éco­no­mique du XIXe siècle et ses suc­cé­da­nés contem­po­rains, en es­ti­mant que les lois du mar­ché sont plus aptes à ré­gler le fonc­tion­ne­ment de l’éco­no­mie que toutes les formes d’in­ter­ven­tion pu­blique (Adam Smith, Da­vid Ri­car­do, Jean Bap­tiste Say, etc.). Même l’éco­no­miste an­glais John May­nard Keynes a rom­pu avec la pen­sée éco­no­mique du XIXe siècle. Sous les ef­fets de la crise de 1929, il a ad­mis la né­ces­si­té de don­ner un coup de main à un sys­tème en dif­fi­cul­té, mar­qué par l’am­pleur du chô­mage en prô­nant l’in­ter­ven­tion dé­ter­mi­nante de l’Etat. As­su­rer le bien-être social et mo­ral d’un pays re­lève de la po­li­tique so­ciale, de la po­li­tique de l’en­sei­gne­ment et de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, de la po­li­tique cultu­relle, etc. C’est donc à l’Etat qu’in­combe la tâche d’ima­gi­ner la po­li­tique de l’em­ploi, d’at­té­nuer les in­éga­li­tés, voire les in­jus­tices so­ciales dans notre sys­tème éco­no­mique. Dans notre so­cié­té, ca­rac­té­ri­sée par un chô­mage per­sis­tant, par des in­éga­li­tés de re­ve­nu et de for­tune, par un ap­pau­vris­se­ment ef­frayant de la classe moyenne, la so­li­da­ri­té entre les gé­né­ra­tions ain­si qu’entre les dif­fé­rentes couches so­ciales est plus que vi­tale. La pau­vre­té et le chô­mage de la jeu­nesse sont des dé­fis ma­jeurs. Car le chô­mage ne pose pas seule­ment des ques­tions éco­no­miques et so­ciales. Il consti­tue éga­le­ment un pro­blème po­li­tique dans la me­sure où le nombre crois­sant de de­mandes

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