EN­CORE DU TRA­VAIL À FAIRE

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO -

Cinq an­nées après la Ré­vo­lu­tion, le mot «tra­vail» écorche en­core les bouches en Tu­ni­sie. Cinq ans de «chô­mage» gou­ver­ne­men­tal ponc­tué d’échecs cui­sants à ce re­gistre. Pour­tant, la no­tion du tra­vail est de­ve­nue un élé­ment de notre iden­ti­té. C’est sur elle que la so­cié­té tunisienne fonde tous les at­tri­buts de la di­gni­té et de la réus­site de ses fils et de ses filles. Sans bou­lot, on ne peut abor­der la vie avec op­ti­misme. C’est pour­quoi on trouve le chô­mage au car­re­four de tous les maux : cri­mi­na­li­té, ter­ro­risme, van­da­lisme, etc. Il n’em­pêche, il au­ra donc fal­lu une se­cousse po­pu­laire avec des ré­pliques dans toutes les ré­gions dé­fa­vo­ri­sées et des dé­gâts par­ti­cu­liè­re­ment vi­sibles pour que élus et membres du gou­ver­ne­ment lui ac­cordent une at­ten­tion dis­traite et un dé­bat sté­rile. Les ébauches de so­lu­tions dont a ac­cou­ché le gou­ver­ne­ment ne servent, en ap­pa­rence, qu’à plâ­trer tem­po­rai­re­ment les plaies et à calmer les ar­deurs des ma­ni­fes­tants. C’est qu’on a pas­sé plus de temps à glo­ri­fier la ges­tion pa­ci­fique des ma­ni­fes­ta­tions par les forces de sé­cu­ri­té que pour tra­cer les contours de so­lu­tions pour faire bais­ser le taux de chô­mage. En ef­fet, on a l’im­pres­sion de conti­nuer à faire exac­te­ment la même po­li­tique éco­no­mique de Ben Ali sans Ben Ali, sur le même mo­dèle, avec les mêmes ou­tils. Un mo­dèle qui a dé­jà prou­vé son échec, car il nous a don­né 650.000 chô­meurs dont 250.000 di­plô­més qui ne valent rien. Pour in­ver­ser la va­peur, il fal­lait adres­ser des mes­sages forts. D’abord, il fal­lait du cou­rage pour sou­li­gner que le seuil à par­tir du­quel la crois­sance peut faire bais­ser le chô­mage dé­pend de la pro­duc­ti­vi­té de l’éco­no­mie. Plus les sa­la­riés sont ef­fi­caces, plus la crois­sance peut être forte pour créer des em­plois ; et que, plus la ma­chine éco­no­mique se grippe, plus on pro­duit de chô­meurs. C’est donc la va­leur du tra­vail qui est le mo­teur de la re­prise et de la crois­sance. De plus, chaque an­née, par la faute de la com­plexi­té des pro­cé­dures, on perd l’équi­valent d’un point de crois­sance. En ef­fet, pour pas­ser un ap­pel d’offres de 10 mil­lions de di­nars, il faut deux ans. Entre-temps, tous les prix sont de­ve­nus ca­ducs, ce­la ex­plique pour­quoi les en­tre­prises de tra­vaux pu­blics, par exemple, se re­trouvent en dif­fi­cul­té. Il faut donc une re­struc­tu­ra­tion py­ra­mi­dale de la pas­sa­tion des mar­chés: zone, sec­teur et mon­tant. De même, il faut dé­lé­guer cer­tains pou­voirs aux au­to­ri­tés lo­cales pour réus­sir l’ad­ju­di­ca­tion. A-ton pen­sé à sus­pendre la com­mis­sion su­pé­rieure des mar­chés pour ne pas lais­ser le pays en panne? Non. Par ailleurs, le pays a be­soin de pro­jets à forts taux d’em­ploya­bi­li­té. Ils ont dé­jà été iden­ti­fiés et pour­raient four­nir plus de 100.000 em­plois di­rects : deux à trois cen­trales élec­triques, une raf­fi­ne­rie à la Skhi­ra (celle de Bi­zerte est vé­tuste), trois ou quatre ci­men­te­ries aux fron­tières et d’ou­vrir les conces­sions BOT avec les droits d’ex­ploi­ta­tion. Bien qu’elle sus­cite une grande polémique, l’ex­ploi­ta­tion du gaz du schiste est un autre filon pour four­nir de l’em­ploi. Certes, nous sommes ac­quis à la vi­sion des Fran­çais qui veulent pro­mou­voir chez nous l’éner­gie nucléaire, mais re­gar­dez du cô­té des USA où on a fo­ré plus de 37.000 puits de gaz de shiste. Les Amé­ri­cains sont pour­tant plus re­gar­dants que nous en ma­tière d’en­vi­ron­ne­ment et de san­té. En Tu­ni­sie, outre le fait qu’il peut gé­né­rer de l’em­ploi pour cent mille per­sonnes, il peut nous pro­cu­rer 4 mil­liards de dol­lars par an! Un tel mon­tant de­vrait suf­fire pour don­ner une bouf­fée d’oxy­gène aux caisses so­ciales et al­lé­ger l’ad­mi­nis­tra­tion tunisienne de mil­liers de per­son­nels plé­tho­riques, qui lais­se­raient évi­de­ment leur place à des chô­meurs di­plô­més après une autre for­ma­tion spé­ci­fique. Au­tant de pistes de ré­flexion qui au­raient pu ba­li­ser la voie à des so­lu­tions plus struc­tu­relles pour ré­sor­ber les de­mandes ad­di­tion­nelles d’em­plois et ré­con­ci­lier le peuple avec l’es­prit d’ini­tia­tive qui s’at­tache au tra­vail, à sa ré­com­pense, à son res­pect mais qui exige aus­si du cou­rage, de l’in­no­va­tion et sur­tout une grande ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion et de so­li­da­ri­té. Car le tra­vail est un monde fas­ci­nant où il faut être pas­sion­né et la­bo­rieux.

Cho­kri BEN NESSIR

Ré­dac­teur en chef

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.