SEUIL D’ALERTE

Le rap­port sur «l’In­dice de per­cep­tion de la cor­rup­tion 2015 dans le monde» édi­té par l’ONG Trans­pa­ren­cy in­ter­na­tio­nal vient de pa­raître. Avec un score de 38/100, la Tu­ni­sie a per­du deux points par rap­port à 2014 (40/100), sur une échelle al­lant de 0 (per

La Presse Business (Tunisia) - - GOUVERNANCE - Par Balkis K.

Em­pres­sons-nous de si­gna­ler que la re­cru­des­cence de la cor­rup­tion en Tu­ni­sie est cor­ro­bo­rée par plu­sieurs rap­ports pu­bliés par des ins­tances lo­cales et in­ter­na­tio­nales. Par­mi celles-ci fi­gure l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale «World jus­tice pro­ject» qui pu­blie un rap­port sur l’in­dice de l’Etat de droit. L’or­ga­ni­sa­tion a clas­sé la Tu­ni­sie, en 2015, à la 43e sur 102 pays lis­tés. L’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale «World jus­tice pro­ject». L’ob­jec­tif, se­lon l’ONG, est de me­su­rer la pri­mau­té du droit telle qu’elle est vé­cue au quo­ti­dien par des per­sonnes or­di­naires vi­vant dans les 102 pays in­clus dans cette étude.

RE­CRU­DES­CENCE DE LA COR­RUP­TION APRÈS LE 14 JAN­VIER 2011

L’Ins­ti­tut na­tio­nal des sta­tis­tiques (INS) a pu­blié à son tour les ré­sul­tats d’une en­quête sur la per­cep­tion du ci­toyen de la sé­cu­ri­té, des li­ber­tés et de la gou­ver­nance lo­cale en Tu­ni­sie. Cette en­quête a mis en exergue la pro­pa­ga­tion de la cor­rup­tion au ni­veau lo­cal dans tous les sec­teurs, dont en pre­mier lieu la sé­cu­ri­té et la san­té. Réa­li­sée entre sep­tembre et oc­tobre 2014, l’en­quête ré­vèle qu’ «un ci­toyen sur deux af­firme la pré­sence de cor­rup­tion dans la plu­part des en­tre­prises pu­bliques et que la sé­cu­ri­té oc­cupe la pre­mière place en termes de cor­rup­tion avec un taux de 68%, sui­vi de la san­té (67%). La jus­tice vient en troi­sième po­si­tion (64%), en­suite les agents ju­di­ciaires (62%), ta­lon­nés par l’édu­ca­tion et l’en­sei­gne­ment (59%). Ce taux est de 58%chez les cadres et agents du sec­teur pri­vé et de 57% pour la fis­ca­li­té ». L’As­so­cia­tion tunisienne des contrô­leurs pu­blics a ef­fec­tué, pour sa part, une étude sur la pe­tite cor­rup­tion ou l’art de sou­doyer un agent pu­blic (mars 2015). Cette étude a mon­tré que la pe­tite cor­rup­tion est un réel fléau qui ronge l’ad­mi­nis­tra­tion tunisienne et un phé­no­mène qui, se­lon près de 77% des Tu­ni­siens, n’a ces­sé d’aug­men­ter du­rant ces der­nières an­nées. Consé­quence : la pe­tite cor­rup­tion qui im­plique par dé­fi­ni­tion un agent pu­blic ayant une re­la­tion di­recte avec le ci­toyen et qui en­gage de pe­tites sommes d’ar­gent et fa­veurs, est mal­heu­reu­se­ment dif­fuse dans notre pays, puisque 27% des son­dés ont confir­mé avoir payé des pots-de-vin une an­née au­pa­ra­vant. Ce fléau a réus­si du­rant la der­nière an­née à di­la­pi­der la somme de 450 mil­lions de di­nars tu­ni­siens, soit l’équi­valent du coût d’une cin­quan­taine de ki­lo­mètres d’au­to­route pour ne ci­ter que cet exemple. Le Fo­rum des sciences so­ciales ap­pli­quées (Fssa) a me­né, de son cô­té, une étude sur la cor­rup­tion aux yeux des Tu­ni­siens (10 au 17 mai 2014), avec le concours du Pro­gramme des Na­tions unies pour le dé­ve­lop­pe­ment (Pnud). Il en res­sort que, se­lon la per­cep­tion des Tu­ni­siens, la grande cor­rup­tion a re­cu­lé en Tu­ni­sie, no­tam­ment en ce qui concerne les mar­chés pu­blics, contre une pro­li­fé­ra­tion de la pe­tite cor­rup­tion ou la cor­rup­tion dite «or­di­naire». L’étude a mon­tré que la pe­tite cor­rup­tion se ma­ni­feste à tra­vers le né­po­tisme (55%), la mal­ver­sa­tion (39%), la sé­duc­tion et l’al­lé­geance par­ti­sane, ré­gio­nale ou syn­di­cale. L’étude re­lève que la cor­rup­tion est plus res­sen­tie dans le sec­teur pu­blic avec 79% contre 21 % dans le pri­vé. Au ni­veau des branches d’ac­ti­vi­té, le sec­teur de l’em­ploi oc­cupe la pre­mière place avec 49%. Viennent en­suite les douanes (40,10%), puis le sec­teur fis­cal (37%) et en­fin la po­lice (31,20%). Par de­là les ré­vé­la­tions de l’en­semble de ces études, il n’y a pas de doute : la cor­rup­tion com­mence à bien s’an­crer dans le quo­ti­dien du Tu­ni­sien. Qu’en pensent les ex­perts ?

LA COR­RUP­TION RISQUE D’ÊTRE STRUC­TU­RELLE

Pour Ka­mel Aya­di, qui est en même temps ex­pert an­ti­cor­rup­tion et pré­sident du dé­par­te­ment Me­na au Centre in­ter­na­tio­nal de lutte contre la cor­rup­tion, la Tu­ni­sie fait certes tou­jours mieux que tous les pays magh­ré­bins et de­meure même le pays le plus clean dans sa zone géo­gra­phique, mais avec «la dé­mo­cra­ti­sa­tion de la cor­rup­tion» après le 14 jan­vier 2011 et son co­rol­laire, ces re­culs suc­ces­sifs dans le clas­se­ment de Trans­pa­ren­cy in­ter­na­tio­nal, la Tu­ni­sie a at­teint un seuil d’alerte. Elle ne peut plus avan­cer sur cette voie. Elle a at­teint une li­mite alar­mante. Il es­time que «si des mé­ca­nismes de pré­ven­tion et de lutte ef­fi­cace contre ce fléau ne sont pas mis en place, la cor­rup­tion risque de de­ve­nir struc­tu­relle (à l’ins­tar de la ma­fia en Ita­lie, au Sal­va­dor…), et d’être par consé­quent dif­fi­cile à éra­di­quer, le prin­cipe étant : la cor­rup­tion se pro­page très vite et prend beau­coup de temps pour être ré­duite» . Il consi­dère que « la cor­rup­tion était com­pré­hen­sible en 2011 en ce sens où les pays en ré­vo­lu­tion connaissent un ac­crois­se­ment au­to­ma­tique de la cor­rup­tion pen­dant la pé­riode de tran­si­tion

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.