EN­TRE­PRENDRE, TOUTE UNE CULTURE

Le su­jet qui a dé­frayé la chro­nique, ces der­niers temps, est ce­lui de la dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment Es­sid de fa­ci­li­ter l’ac­cès au cré­dit des por­teurs de pro­jets de pe­tites et mi­croen­tre­prises en les dis­pen­sant de leur ap­port per­son­nel au ca­pi­tal de l’en­trep

La Presse Business (Tunisia) - - BUSINESS -

Le gou­ver­ne­ment se dé­cide en­fin à en­cou­ra­ger les jeunes à créer leurs propres en­tre­prises en le­vant un obs­tacle de taille à la réa­li­sa­tion de leurs pro­jets, ce­lui de l’ap­port per­son­nel au ca­pi­tal. Com­ment juges-tu ce e me­sure ?

Je pense que cette dis­po­si­tion de­vrait consti­tuer la der­nière étape de tout un pro­ces­sus en amont de cette me­sure et qui peut dé­ter­mi­ner le suc­cès ou l’échec de cette dé­marche. Tout d’abord, il faut bien être conscient que la pe­tite et sur­tout la mi­cro-en­tre­prise ne peut pas fleu­rir dans le dé­sert. Car c’est là où le tis­su in­dus­triel et éco­no­mique d’une ma­nière plus gé­né­rale est le plus dense qu’il y a un ter­rain plus fa­vo­rable au dé­ve­lop­pe­ment des idées de pro­jets ; c’est là que les ré­seaux de con­tact né­ces­saires aux échanges à tous les ni­veaux sont dis­po­nibles. Alors, ap­pa­rem­ment, là où il n’y a pas d’in­fra­struc­tures pré­exis­tantes on ne peut rien faire … Ce n’est pas vrai, car on peut re­lier le dé­ve­lop­pe­ment de zones dé­fa­vo­ri­sées à des élé­ments ca­ta­ly­seurs qui peuvent as­su­rer l’émer­gence et, sur­tout, la bonne te­nue de mi­cro-en­tre­prises. Pour ce­la, il faut mettre en oeuvre le concept des tri­gers (« dé­clen­cheurs). Si nous avons une uni­té in­dus­trielle de grande en­ver­gure dé­jà im­plan­tée quelque part ou qui est pro­gram­mée pour cette ré­gion, ce­la peut per­mettre de mettre en place des plans pour créer des mo­dules et contrats de sous-trai­tance qui sont de na­ture à in­ci­ter des pro­mo­teurs lo­caux à créer leurs pe­tites en­tre­prises pour un pe­tit mar­ché qui est as­su­ré par l’uni­té prin­ci­pale. Dans le cadre de mes ac­ti­vi­tés ban­caires à l’in­ter­na­tio­nal, j’ai me­né des ex­pé­riences très positives dans ce sens en Côte d’Ivoire, par exemple. Nous y avons créé un club des grandes en­tre­prises qui s’est en­ga­gé à don­ner un mar­ché aux mi­cro-en­tre­prises sur 5 ans si elles se conforment aux termes du contrat. Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que le pa­tri­moine cultu­rel pour­rait aus­si être un par­fait tri­ger.

Donc, créer un ré­seau de pe­tites et mi­cro-en­tre­prises à par­tir des pôles éco­no­miques ré­gio­naux dé­jà exis­tants ?

Il ne faut pas croire que c’est au­to­ma­ti­que­ment as­su­ré du suc­cès. Je rap­pelle tou­jours l’exemple du pôle c réé par le pé­tro­lier ita­lien ENI en Si­cile du sud et qui était le troi­sième pé­tro­chi­mique en Eu­rope. Nous nous at­ten­dions que ce­la crée­rait im­mé­dia­te­ment un im­por­tant tis­su de pe­tites en­tre­prises. Dans l’es­prit de la po­pu­la­tion ci­blée cette idée n’a pas ger­mé. Pour elle, c’était soit l’in­té­gra­tion à l’uni­té in­dus­trielle avec ga­ran­tie de sa­laires et di­verses pres­ta­tions soit rien. Ce­la est al­lé jus­qu’à pro­vo­quer une frac­ture au sein de la com­mu­nau­té entre ceux qui avaient réus­si à in­té­grer le pôle et ceux qui n’y étaient pas par­ve­nus. Le concept de tri­gers ne fonc­tionne pas au­to­ma­ti­que­ment. On doit le pré­pa­rer cor­rec­te­ment et sa­voir bien le gé­rer.

Et là où il n’y a pas un tis­su social et éco­no­mique fort, que faire ?

La pre­mière chose à dire est que, mal­gré la pré­sence d’in­ter­net, du web et d’autres moyens de com­mu­ni­ca­tion, je n’ai pas l’im­pres­sion que les jeunes tu­ni­siens ont sai­si toutes les op­por­tu­ni­tés que les TIC peuvent leur of­frir pour lan­cer des pro­jets viables. En tant que consul­tant ap­pe­lé à éva­luer des dos­siers de pro­jets dé­po­sés dans cer­taines ré­gions, j’ai consta­té une cer­taine mo­no­to­nie, les mêmes types de pro­jets. Je n’ai pas re­le­vé beau­coup de créa­ti­vi­té. En fait, dans la phase de lan­ce­ment des pro­jets, on a be­soin d’as­sis­tance, une as­sis­tance constante au cours des pre­mières an­nées d’ac­ti­vi­té. La ques­tion est : qui four­nit cette as­sis­tance en Tu­ni­sie ? Il est vrai que, dans cer­taines ré­gions, on a mis des bu­si­ness cen­ters cen­sés consti­tuer le pre­mier con­tact avec le jeune en­tre­pre­neur. En­core faut-il que ce bu­si­ness cen­ter soit struc­tu­ré de ma­nière à dis­pen­ser avis et pro­po­si­tions per­ti­nentes et opé­ra­tion­nelles. Et, pour ce­la, il faut que ces ins­ti­tu­tions soient ani­mées par des per­son­nels qui ont pra­ti­qué le bu­si­ness. Il ne sau­rait s’agir de simples fonc­tion­naires qui n’ont pas une ex­pé­rience di­recte de la ma­nière de créer une en­tre­prise. Le choix du per­son­nel de ces ins­ti­tu­tions d’ap­pui doit s’opé­rer de ma­nière in­tel­li­gente. A ce pro­pos, il re­le­ver que le bu­si­ness cen­ter de Sfax est un re­mar­quable cas de réus­site. Il est ani­mé par des per­sonnes com­pé­tentes qui font un tra­vail très in­té­res­sant. Ce

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.