?

Elle est une lé­gende de l’opé­ra, éga­le­ment ré­pu­tée pour ses prises de bec fa­ciles et ses exi­gences far­fe­lues. Elle dis­cute de ses ra­cines, des sté­réo­types ra­ciaux et ex­plique pour­quoi le terme de “di­va” est un com­pli­ment.

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

Les his­toires sur le com­por­te­ment de la pri­ma don­na, Jes­sye Nor­man, sont lé­gen­daires. La can­ta­trice amé­ri­caine, l’une des plus grandes du XXe siècle, est ré­pu­tée pour sa voix d’une ri­chesse et d’une di­ver­si­té ex­tra­or­di­naires, pour ses rôles d’hé­roïnes de Ri­chard Wa­gner, mais aus­si pour ses prises de bec avec les jour­na­listes et les mu­si­ciens. Elle a été dé­crite comme ma­jes­tueuse et condes­cen­dante, hau­taine et sans humour. Ses mé­moires, in­ti­tu­lés ‘Stand Up and Sing !’, pu­bliés l’an­née der­nière et qui l’amènent ici pour en par­ler au Fes­ti­val lit­té­raire d’Ox­ford, sont par­se­més de noms cé­lèbres et de rè­gle­ments de compte. A quelques mois de son 70e an­ni­ver­saire, elle a l’air d’avoir au mi­ni­mum 10 ans de moins : ses che­veux sont re­te­nus en ar­rière par un élé­gant ban­deau, elle porte un pan­ta­lon noir et un pull en laine noir avec des paillettes et, même si elle marche len­te­ment avec une canne —à cause de pro­blèmes de dos ré­cur­rents, di­ra-elle plus tard—, elle est im­po­sante. Jes­sye Nor­man, comme toute star d’opé­ra qui se res­pecte, est pré­cé­dée de ru­meurs sur ses exi­gences ex­tra­va­gantes. Dans un livre pu­blié cette an­née, la so­pra­no De­bo­rah Voigt af­firme qu’en dou­blant Jes­sye Nor­man, elle a dé­cou­vert qu’elle avait de­man­dé que l’air de­vant elle soit hu­mi­di­fié pour en­le­ver la pous­sière lors­qu’elle en­trait sur scène. Jes­sye Nor­man a dé­men­ti l’his­toire. ferme de ses grands-pa­rents à Wilkes Coun­ty. Cer­tains des pas­sages les plus at­ta­chants dans son livre dé­crivent les dé­jeu­ners du di­manche au­tour d’une table char­gée de jam­bon cuit et de lé­gumes du jar­din. “Je l’ai tou­jours vu comme notre pe­tit jar­din d’Eden, dit-elle, parce que pour un en­fant, il sem­blait énorme et, bien sûr, il y avait toutes ces choses qui pous­saient et que l’on pou­vait cueillir et man­ger. Mon grand-père et les gar­çons – ce­la ne m’a ja­mais vrai­ment in­té­res­sée – se le­vaient à 3h30 du ma­tin pour traire les vaches. Je me sou­viens que je de­man­dais, très in­no­cem­ment (elle rit), — j’étais très pe­tite — : «Ne pré­fè­re­raient-elles pas se faire traire plus tard dans la jour­née ?»” La fa­mille, pour­suit-elle, était l’une des prin­ci­pales rai­sons pour les­quelles elle a res­sen­ti le be­soin d’écrire son livre. “Je trouve qu’il n’y a pas as­sez d’his­toires sur les fa­milles noires amé­ri­caines du Sud sé­gré­ga­tion­niste où j’ai gran­di : fa­mille unie, com­mu­nau­té unie, être convain­cu de sa va­leur dans le monde” dit-elle. Fa­mille pra­ti­quante de la classe moyenne, les Nor­man sont éga­le­ment im­pli­qués dans la lutte pour les droits ci­viques des an­nées 1950 et 1960. Ils te­naient leurs cinq en­fants bien in­for­més, mais éloi­gnés des réa­li­tés de la sé­gré­ga­tion, et leur ont in­cul­qué une in­ébran­lable confiance en soi. “Je viens d’un noyau fa­mi­lial très fort dans le­quel on nous di­sait, pra­ti­que­ment tous les jours : «vous va­lez n’im­porte quelle autre des créa­tures de Dieu ; vous en­ten­drez dire autre chose hors de cette mai­son, mais sa­chez que la vé­ri­té est ici. Que vous au­rez à tra­vailler dur et de­vrez faire vos preuves – comme tout le monde doit faire ses preuves. Et vous de­vrez peut-être

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.