LESECRETDELAPERFORMANCE

Pour ceux qui veulent “quelque chose en plus” au tra­vail, des mé­di­ca­ments sont dis­po­nibles uni­que­ment sur or­don­nance mais qui com­portent cer­tains risques pour leur san­té.

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

John Smith a pris 22 ki­los. Il a alors in­gé­ré un mé­di­ca­ment, du Vy­vanse, comme cou­pe­faim. Il l’a fait sur le con­seil d’un étu­diant en mé­de­cine, un ami, qui avait per­du 20 livres de fa­çon “presque mi­ra­cu­leuse” sans chan­ger ses ha­bi­tudes. Le Vy­vanse a mar­ché : M. Smith a per­du ra­pi­de­ment son sur­poids. Il a re­mar­qué qu’en pre­nant du Vys­vanse, un mé­di­ca­ment sur or­don­nance contre les crises de bou­li­mie et les troubles de l’at­ten­tion (Adhd) chez les en­fants et les adultes, il pou­vait “se concen­trer à fond” sur son tra­vail. Main­te­nant, ce jeune homme de 30 ans qui pré­fère uti­li­ser un pseu­do­nyme “se fait une pe­tite dose” chaque fois qu’il a be­soin de pas­ser à la vi­tesse su­pé­rieure dans son tra­vail d’analyste pour un ca­bi­net d’in­ves­tis­se­ment aux Etats-Unis. Le Vy­vanse lui per­met de s’ex­traire du monde, de se concen­trer to­ta­le­ment et de se plon­ger dans les chiffres.“J’éprouve le dé­sir de dé­ni­cher les ré­ponses, ce­la crée un dé­sir ob­ses­sion­nel en moi de co­cher la case ‘fait’ dans mon tra­vail, et de le faire bien”. Il n’a pas d’or­don­nance pour ce mé­di­ca­ment ; il l’achète à la pi­lule au­près d’un ami qui, lui, en a une. M. Smith a éga­le­ment ven­du des pi­lules à des amis qui éprouvent le be­soin d’une aide pour se concen­trer ou tra­vailler de longues heures. Il ne le fait ja­mais pour en ti­rer un bé­né­fice, se hâte-t-il de pré­ci­ser, et paie de sa propre poche. “Je ne suis pas un dea­ler de drogue”, pro­teste-t-il. “J’aide sim­ple­ment des amis quand ils me le de­mandent.” Ces his­toires ne sur­prennent pas Mi­chael Sin­clair, un psy­cho­logue ins­tal­lé dans la Ci­ty de Londres. Il est ha­bi­tué à re­ce­voir un flot in­in­ter­rom­pu de clients jeunes qui lui disent consom­mer des mé­di­ca­ments comme Vy­vanse ou Ad­de­rall, ha­bi­tuel­le­ment pres­crits pour les troubles de l’at­ten­tion, ou Mo­da­fi­nil, uti­li­sé pour trai­ter les nar­co­lep­sies. Ils sont consom­més pour amé­lio­rer la concen­tra­tion ou tra­vailler plus long­temps. “Les gens se les achètent les uns aux autres et sur In­ter­net.” Pa­trick Cur­tis, an­cien analyste de banque et fon­da­teur de Wall Street Oa­sis, un ré­seau social pro­fes­sion­nel pour la fi­nance, a re­mar­qué une bas­cule de gé­né­ra­tion dans l’usage de drogues. L’al­cool et la co­caïne sont dé­lais­sées au pro­fit de ce que l’on ap­pelle ‘les drogues de la per­for­mance’ par­mi les jeunes à Wall Street. “Les exi­gences du tra­vail ont aug­men­té et la drogue fa­vo­rite a chan­gé en consé­quence”, confirme-t-il. Il pense que la pres­sion et la concur­rence sont plus dif­fi­ciles pour cette gé­né­ra­tion. “Les étu­diants, il y a 20 ans, sa­vaient à peine ce qu’était une banque d’in­ves­tis­se­ments dans leurs deux pre­mières an­nées d’uni­ver­si­té. Au­jourd’hui, ils savent com­ment conce­voir des ra­chats d’en­tre­prises par en­det­te­ment, cal­cu­ler une ac­tua­li­sa­tion des flux de re­cettes et ex­pli­quer des ins­tru­ments dé­ri­vés com­plexes.” Un em­ployé du sec­teur tech, qui pré­fère res­ter ano­nyme, a pris de l’Ad­de­ral pour l’ai­der à sur­mon­ter les exa­mens fi­naux au ly­cée. “Quand vous avez 36 heures d’exa­mens en l’es­pace de trois se­maines, il n’y a juste pas le temps de se pré­pa­rer à tout à l’avance. L’Ad­de­rall, que son ef­fet soit phy­sio­lo­gique ou psy­cho­lo­gique, vous aide à sur­mon­ter ça.” L’un des pro­blèmes est que ce mé­di­ca­ment l’obli­geait par­fois à se concen­trer sur le mau­vais su­jet : “Vous com­men­cez à lire quelque chose sur un cer­tain su­jet qui n’a rien à voir avec votre cours, et vous con­ti­nuez à lire et à cher­cher parce que vous êtes in­té­res­sé.” Le nombre de consom­ma­teurs de ces mé­di­ca­ments, qui les prennent pour aug­men­ter leur pro­duc­ti­vi­té et non pour rai­sons mé­di­cales, est dif­fi­cile à connaître. Un rap­port amé­ri­cain es­time que 34 % des étu­diants d’uni­ver­si­té ont consom­mé des mé­di­ca­ments contre les troubles de l’at­ten­tion, sur­tout en pé­riode de

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