ESPOIRS ET AN­GOISSES DE LA MÉ­DE­CINE DU FU­TUR

La sixième édi­tion du Fo­rum eu­ro­péen de bioé­thique, à la­quelle par­ti­ci­paient quelque 130 ex­perts de re­nom de tous ho­ri­zons, a ren­con­tré un in­con­tes­table suc­cès au­près d’un large pu­blic avide de mieux com­prendre les pro­messes et les dan­gers de la mé­de­cine

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES - Par Clau­dine GI­ROD

«La bioé­thique concerne tout le monde, mais on n’en parle pas as­sez» , ex­plique la di­rec­trice de la ma­ni­fes­ta­tion, Na­dia Au­bin, co­fon­da­trice du Fo­rum. Ha­bi­tuel­le­ment ré­ser­vée aux scien­ti­fiques et uni­ver­si­taires, la bioé­thique s’est en ef­fet in­vi­tée dans le dé­bat pu­blic au­près d’une po­pu­la­tion eu­ro­péenne tou­jours plus consciente des en­jeux qu’elle im­plique. Le bi­lan pro­vi­soire de la ma­ni­fes­ta­tion en té­moigne. «Nous avons dé­jà comp­té l’af­flux cette an­née de 20.000 per­sonnes en seule­ment trois jours alors que nous étions 6.500 lors de notre pre­mière édi­tion» , pré­cise cette an­cienne jour­na­liste, de­ve­nue dans le lan­der­neau Ma­dame «bioé­thique». «Ce mot, de prime abord bar­bare, dé­crit les avan­cées tech­niques et scien­ti­fiques qui touchent la san­té et la so­cié­té et qui sont sus­cep­tibles de mo­di­fier l’une et l’autre» , ré­sume Na­dia Au­bin. « Les Nbic (na­no­tech­no­lo­gies, bio­tech­no­lo­gies, in­for­ma­tique et sciences cog­ni­tives), la fin de vie, in­car­née par les mou­ve­ments trans­hu­ma­nistes, la gé­né­tique... Quel que soit l’âge des per­sonnes, notre pu­blic se pose énor­mé­ment de ques­tions sur ces thèmes» , ajoute-t-elle. D’au­tant que se dé­ve­loppe un «dis­cré­dit au­tour du dis­cours mé­di­cal» pro­vo­qué no­tam­ment par les scan­dales qui ont se­coué l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. Alors que se ré­pandent toutes sortes de fan­tasmes au­tour des nou­velles tech­no­lo­gies, cer­tains n’hé­si­tant pas à évo­quer «l’im­mor­ta­li­té à l’ho­ri­zon 2045» , «la plu­part des cher­cheurs pré­sents à notre fo­rum ex­pliquent que nous en sommes en­core loin », ra­conte Na­dia Au­bin. «De­puis 1953, avec la dé­cou­verte de l’ADN, nous sa­vons que nous sommes tous fon­da­men­ta­le­ment, ir­ré­duc­ti­ble­ment, dif­fé­rents les uns des autres. Le dé­ve­lop­pe­ment sans précédent de la bio­lo­gie comme science au­to­rise un contrôle tech­no­lo­gique de nos corps. On pour­rait donc mo­di­fier notre des­tin. Tout ce­la a com­men­cé dans les an­nées 60 avec le re­fus crois­sant du bio­lo­gique comme des­tin» , a de son cô­té rap­pe­lé, le Pro­fes­seur Israël Ni­sand, dans sa confé­rence in­tro­duc­tive. Ain­si, vieillir, ne se­rait donc plus une étape obli­gée dans le cycle d’une vie comme «l’en­vi­sage, dans son ma­ni­feste, en 2014, l’idéo­lo­gie du trans­hu­ma­nisme, pour qui la per­fec­ti­bi­li­té de l’homme est in­fi­nie» , af­firme l’an­cien mi­nistre fran­çais de la San­té, Jean-Fran­çois Mat­tei, pro­fes­seur de pé­dia­trie et de gé­né­tique mé­di­cale. «Tuer la mort est l’ob­jec­tif af­fi­ché de cer­taines so­cié­tés mon­diales comme Google qui a créé l’en­tre­prise Cal­li­co vouée à la re­cherche sur le vieillis­se­ment et les ma­la­dies as­so­ciées. La san­té, dans son en­semble, est de­ve­nue le fer de lance des géants de la Si­li­con Val­lée» , pré­cise-t-il. «Nous sommes au dé­but d’une ré­vo­lu­tion scien­ti­fique sans précédent. Elle a fait plus de pro­grès en 50 ans qu’en 50 siècles» , s’en­thou­siasme le scien­ti­fique de re­nom. «Les nou­velles tech­niques ont in­dé­nia­ble­ment un im­pact sur la so­cié­té, un bon comme un mau­vais. Ce ne sont pas elles qui sont dan­ge­reuses mais l’usage que l’on en fait. C’est

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