TROP PRÈS DU NERF

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCIAL TIMES -

Le plus sur­pre­nant, c’est que ces réunions virtuelles conti­nuent. Je fais ra­re­ment une in­ter­ven­tion sans avoir à su­bir une réunion pré­pa­ra­toire par té­lé­phone. Une amie qui tra­vaille dans une grande mul­ti­na­tio­nale m’a ra­con­té que chaque jour, deux à trois heures sont sa­cri­fiées en réunions par té­lé­phone mais qu’en dix ans, elle ne se sou­vient pas d’une seule qui ait été utile. On pré­tend que les cour­riels sont la grande plaie de la vie de bu­reau contem­po­raine. Les confe­rences call sont in­dé­nia­ble­ment pires. Les mails peuvent être sup­pri­més, igno­rés. Tan­dis qu’une réunion par té­lé­phone vous met à la mer­ci de gens qui bla­blatent in­ter­mi­na­ble­ment à une heure fré­quem­ment im­pos­sible. Des so­cié­tés ont ten­té d’amé­lio­rer les choses en y in­jec­tant de la tech­no­lo­gie. Cer­taines pro­posent des réunions en vi­déo en lieu et place, pour que jus­qu’à 100 in­di­vi­dus épar­pillés dans de loin­taines contrées puissent se re­gar­der en train de pon­ti­fier à tour de rôle. Dans un sens, c’est une amé­lio­ra­tion. Au moins, vous sa­vez qui est en train de par­ler. Mais le pro­blème est que vous ne pou­vez plus par­ti­ci­per de­puis la salle de sport ou nue dans votre lit. Pire : vous ne pou­vez plus faire la seule chose utile pen­dant une de ces confé­rences : conti­nuer à ré­pondre à vos mails ou vi­der le lave-vais­selle. La prin­ci­pale rai­son pour la­quelle elles pros­pèrent en­core est po­li­tique. Les ma­na­gers peuvent ou­vrir le pa­ra­pluie en di­sant qu’ils ont or­ga­ni­sé une réunion sur un su­jet tout en ayant plei­ne­ment conscience qu’il est im­pos­sible d’ar­ri­ver à un ac­cord avec ce for­mat de réunion. Ce qui les laisse libres d’im­po­ser n’im­porte quelle dé­ci­sion im­po­pu­laire qu’ils avaient en tête de­puis long­temps. Un seul type de réunion par té­lé­phone de­vrait être au­to­ri­sé. Celle qui né­ces­site la pré­sence de trois ou, au maxi­mum, quatre per­sonnes qui se connaissent dé­jà et qui ont be­soin de se mettre d’ac­cord sur un point pré­cis. Il est tout in­di­qué par exemple dans le cas d’un édi­teur, d’un au­teur et d’un avo­cat spé­cia­li­sé en dif­fa­ma­tion dé­si­rant te­nir une réunion par té­lé­phone pour dis­cu­ter du meilleur moyen d’évi­ter d’al­ler en pri­son. Si­non, il de­vrait y avoir une règle. Si quelque chose est im­por­tant au point d’être mâ­chon­né sans fin par plus de quatre per­sonnes, alors, il faut trou­ver une table, et ces per­sonnes doivent se dé­pla­cer pour s’as­seoir au­tour. Si ce n’est pas im­por­tant à ce point, alors, la réunion ne de­vrait même pas avoir lieu.

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