CES BIENS FRAP­PÉS D’OB­SO­LES­CENCE

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Ré­dac­teur en chef Cho­kri BEN NESSIR

Aen­tendre les cri­tiques au scal­pel de la ges­tion par le mi­nistre des Fi­nances des biens confis­qués, on com­prend im­mé­dia­te­ment que Slim Cha­ker n’était pas un des ac­teurs ef­fec­tifs dans la stra­té­gie et la po­li­tique du gou­ver­ne­ment en ce qui concerne la ges­tion de ces biens. C’est peut-être le cas. Mais il se trouve qu’il oc­cupe le poste de mi­nistre des Fi­nances de­puis plus d’une an­née dé­jà. Fal­lait-il at­tendre que l’on fi­nisse de ra­cler les fonds de caisses pour lan­cer un cri de dé­tresse? C’est que, de­puis qu’ils sont tom­bés dans l’es­car­celle de l’Etat, ces biens ont em­prun­té un che­min si­nueux et se­mé de trappes. Car, quand on pointe du doigt le mal, il faut l’af­fron­ter de face et dire sans dé­tours les rai­sons qui ont conduit à cette si­tua­tion per­verse. Et c’est là où le bât blesse. Car, après la fuite de leurs pa­trons et la nomination de plu­sieurs ad­mi­nis­tra­teurs ju­di­ciaires, ces so­cié­tés se sont re­trou­vées dans les ronces in­ex­tri­cables d’une si­tua­tion in­édite qui a por­té préjudice à leur via­bi­li­té fi­nan­cière et, en consé­quence, à la pé­ren­ni­té des em­plois en leur sein. Sur un autre plan, la tré­so­re­rie fra­gile de ces so­cié­tés, après leur dia­bo­li­sa­tion par des for­mules as­sas­sines, a dé­tour­né clients, four­nis­seurs et ban­quiers. En ef­fet, les banques, qui ac­cor­daient au­pa­ra­vant une cer­taine sou­plesse au ni­veau du dé­cou­vert grâce à l’es­prit de la conso­li­da­tion ban­caire, ont re­fu­sé de pour­suivre dans la même op­tique de­puis l’avè­ne­ment de la ré­vo­lu­tion, ce qui a plom­bé l’ac­ti­vi­té de ces so­cié­tés. An­non­cer que la somme res­tante des re­cettes de ces­sion des avoirs et biens confis­qués au cours des 5 der­nières an­nées n’est que de 11 MD sur un to­tal de 978 MD, c’est donc avouer les tra­vers d’une po­li­tique fi­nan­cière à la li­mite de la mau­vaise ges­tion. Où donc sont pas­sés les 967 MD? Ils ont été dé­pen­sés, sou­ligne le mi­nistre. Mais à quel ef­fet? Mo­tus et bouche cou­sue! Que les Tu­ni­siens qui dé­priment sans bron­cher face à la même ca­co­pho­nie des chiffres et des dé­cla­ra­tions usantes, frus­trantes et ra­geantes, connaissent la vé­ri­té sur les biens mal ac­quis et sur la fa­çon dont l’État a gé­ré ses fonds du­rant cinq an­nées. Com­ment ex­pli­quer que des so­cié­tés pros­pères, avec un chiffre d’af­faires frô­lant par­fois de cen­taines de mil­liards tirent au­jourd’hui le diable par la queue pour payer le sa­laire de leurs em­ployés? Com­ment jus­ti­fier que les ac­tions confis­quées par l’Etat dans le ca­pi­tal d’Oo­re­doo et de la Banque de Tu­ni­sie (BT) ont été ra­pi­de­ment ven­dus alors que d’autres ont vu leur va­leur chu­ter à des ni­veaux si bas que per­sonne n’en veut. Certes, l’État n’a pas l’au­to­ri­té de dé­ci­sion dans 203 so­cié­tés confis­quées sur un to­tal de 544, du fait que ses parts y sont in­fé­rieures à 50% mais qu’a-t-il fait pour re­don­ner de la va­leur à des ac­tions dont l’ori­gine est dou­teuse et dont les di­ri­geants sont en cours de com­pa­ru­tion de­vant les tri­bu­naux? Per­sonne ne connaît l’is­sue de ces pro­cès et donc per­sonne n’est prêt à prendre le risque d’ac­qui­si­tion. Et les biens im­mo­bi­liers, ces bâ­ti­ments qui portent une his­toire dou­lou­reuse, sont sur­es­ti­més par la so­cié­té im­mo­bi­lière «Gam­marth». Qui veut ha­bi­ter des vil­las au pas­sé dra­ma­tique? Quant aux voi­tures, elles sont à l’ar­rêt de­puis 5 ans. Le sché­ma d’amor­tis­se­ment des vé­hi­cules est de 20% l’an. Leur va­leur fi­nan­cière n’est plus celle de 2011. Les mo­dèles ont évo­lué et les coûts ont bais­sé. Elles sont, elles aus­si, frap­pées d’ob­so­les­cence.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.