L’HÔ­TEL­LE­RIE TUNISIENNE, MA­LADE

La si­tua­tion de l’hô­tel­le­rie tunisienne est pré­oc­cu­pante. L’état des lieux ac­tuel l’a este par­fai­te­ment, puisque sur les 573 hô­tels clas­sés, en­vi­ron 200 sont au­jourd’hui à l’ar­rêt to­tal; soit 40% du parc.

La Presse Business (Tunisia) - - TOURISME - Par Mo­ha­med BEN BE­CHIR

Si la crise qui frappe le sec­teur a oc­ca­sion­né nombre de dom­mages col­la­té­raux, no­tam­ment du cô­té du trans­port aé­rien, de l’ar­ti­sa­nat et de l’agriculture, elle a été par­ti­cu­liè­re­ment sé­vère pour les uni­tés hô­te­lières dont les fer­me­tures en cas­cade ont en­gen­dré une grave crise so­ciale du fait de pertes consi­dé­rables de postes d’em­ploi, di­rects en grande par­tie. Au­tant dire que toutes les pré­oc­cu­pa­tions sont lé­gi­times, d’au­tant plus que ces uni­tés sont cen­sées être une source de ri­chesses et un mo­teur de crois­sance pour le sec­teur. Des pré­oc­cu­pa­tions mais aus­si des in­ter­ro­ga­tions sur le dan­ger qu’il y au­rait pour ces uni­tés à af­fron­ter plus long­temps la si­tua­tion ac­tuelle.

Mais au-de­là des im­pacts d’une conjonc­ture dé­fa­vo­rable l’hô­tel­le­rie traîne de­puis bien des an­nées des maux en­dé­miques. En plus du lourd far­deau de l’en­det­te­ment dont la so­lu­tion tarde en­core, les hô­tels ne cessent de perdre de leur com­pé­ti­ti­vi­té, elle-même à l’ori­gine d’une baisse conti­nue de leur contri­bu­tion à la crois­sance du sec­teur. Le cercle in­fer­nal dans le­quel ils ont été pré­ci­pi­tés au cours des der­nières an­nées est ce­lui du bra­dage des prix qui s’est ac­com­pa­gné au fil des ans par une aug­men­ta­tion des coûts d’ex­ploi­ta­tion, des sa­laires et aus­si de l’in­ves­tis­se­ment. En plus, la confi­gu­ra­tion ac­tuelle du sec­teur est en grande par­tie consti­tuée d’hô­tels in­dé­pen­dants et, de ce fait, in­ca­pables de gé­né­rer les éco­no­mies d’échelle que peut of­frir un grou­pe­ment d’uni­tés. Cette même confi­gu­ra­tion conti­nue à cau­ser du tort aux hô­te­liers en butte à l’hé­gé­mo­nisme et aux dic­tats, sur­tout d’ordre ta­ri­faire, des tour opé­ra­teurs . C’est pré­ci­sé­ment cette fai­blesse dans les rap­ports de force qui est à l’ori­gine d’une vé­ri­table des­cente aux en­fers : peu com­pé­ti­tive et in­ca­pable de gé­né­rer des bé­né­fices, l’en­tre­prise hô­te­lière s’ins­crit de plus en plus dans la spi­rale de la non-qua­li­té. In­ca­pable d’ho­no­rer ses dettes vis-à-vis des ses mul­tiples créanciers, dont no­tam­ment les ins­ti­tu­tions ban­caires, l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale, les caisses so­ciales, et pire en­core, la Steg et la Sonede, il est évident que la dé­té­rio­ra­tion de la qua­li­té des pres­ta­tions a des consé­quences dé­sas­treuses sur l’en­tre­prise et sur l’en­semble de la des­ti­na­tion.

Les fé­dé­ra­tions pro­fes­sion­nelles ont ha­bi­tuel­le­ment des mis­sions stra­té­giques en pé­riode de sta­bi­li­té mais da­van­tage en­core en temps de crise. Celle d’unir les rangs et de conso­li­der le pou­voir de né­go­cia­tion avec les par­te­naires étran­gers en est une. Or, force est de consta­ter que les rangs de­meurent épar­pillés face aux re­grou­pe­ments et au gi­gan­tisme des tour opé­ra­teurs. Ceux-ci conti­nuent à im­po­ser des dic­tats ou en­core des condi­tions ta­ri­faires qui érodent conti­nuel­le­ment la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises hô­te­lières tu­ni­siennes et leur ca­pa­ci­té à ré­no­ver et à se mo­der­ni­ser. Le ré­sul­tat lo­gique d’une telle si­tua­tion est la dé­té­rio­ra­tion de la qua­li­té des pres­ta­tions

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