SAN­TÉ : UN SEC­TEUR CONTA­MI­NÉ

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

Ten­ta­tive de viol, non-as­sis­tance à des per­sonnes en dan­ger, dé­cès en sé­rie dans les blocs opé­ra­toires... Qui de nous n’a eu maille à par­tir avec les blouses blanches ? Mé­de­cins, per­son­nel pa­ra­mé­di­cal, auxil­laires de san­té, ad­mi­nis­tra­teurs, ai­des­soi­gnants, am­bu­lan­ciers, la liste est longue. A chaque fois, c’est la faute du pa­tient, du pa­rent, du vi­si­teur ou de l’ac­com­pa­gna­teur. Ja­mais, les mé­de­cins pra­ti­ciens ou leurs col­lègues n’ont été pla­cés sur le banc des ac­cu­sés. Et pour cause, une grande com­pli­ci­té règne entre les divers in­ter­ve­nants de ce corps de mé­tier. Pis en­core, l’er­reur mé­di­cale n’est ja­mais si­gna­lée. Par so­li­da­ri­té, tous ceux qui sont au cou­rant d’une er­reur, une ba­vure ou une faute pro­fes­sion­nelle res­tent bouches cou­sues. Les man­que­ments sont sine-die ren­voyés à charge des «vic­times». Là, on joue sur la fa­ta­li­té di­vine pour jus­ti­fier ce qui s’est mal pas­sé au bloc opé­ra­toire. Pré­tendre le contraire c’est heur­ter le croyant de front. Pour qui, seul Dieu peut dis­po­ser de notre vie, et il est de notre de­voir de nous sou­mettre à Sa vo­lon­té. Ce même croyant au­ra bra­vé la vo­lon­té de son créa­teur lors­qu’il re­met en cause un mau­vais pro­to­cole qu’un mé­de­cin au­ra pres­crit à un pa­tient. Et dire qu’ils ont prê­té ser­ment ! Le fa­meux ser­ment d’Hip­po­crate, qu’on pour­rait ap­pe­ler le ser­ment d’hy­po­crites qui s’ap­pli­que­rait au man­que­ment à l’éthique mé­di­cale. C’est que les rai­sons d’un tel syl­lo­gisme ré­duc­teur ne manquent pas. En ef­fet, peut-on ou­blier que ce sont des mé­de­cins qui ont at­tes­té de l’in­ca­pa­ci­té de Bour­gui­ba de conti­nuer à gé­rer les af­faires de l’Etat ? Peut-on ou­blier tous les rap­ports d’au­top­sie fal­la­cieux éta­blis pour ac­quit­ter les tor­tion­naires, dé­cul­pa­bi­li­ser les res­pon­sables des crimes les plus odieux ? Loin de nous l’idée de souiller l’image de tout un corps de mé­tier. L’image de marque des mé­de­cins tu­ni­siens est, certes, au-des­sus de tout soup­çons, ce­pen­dant le sec­teur mé­di­cal est de­ve­nu de­puis quelques an­nées, une poule aux oeufs d’or pour con­tre­ban­diers et autres spé­cu­la­teurs fi­nan­ciers. N’a-t-on pas ap­pré­hen­dé des phar­ma­ciens im­pli­qués dans un tra­fic de mé­di­ca­ments ache­mi­nés vers la Li­bye? N’a-t-on pas ar­rê­té des mé­de­cins com­plices de ter­ro­ristes? Mais, fait nou­veau, c’est sur la spé­cu­la­tion fi­nan­cière de quelques so­cié­tés mé­di­cales que se fo­ca­lisent dé­sor­mais les re­gards. Lot­fi Mraï­hi, pré­sident de l’Union ré­pu­bli­caine po­pu­laire, af­firme à ce pro­pos que «la qua­si ma­jo­ri­té des mé­di­ca­ments gé­né­riques com­mer­cia­li­sés dans le pays n’ont ja­mais fait la preuve de leur bioé­qui­va­lence, c’est-à-dire de leur ef­fi­ca­ci­té cli­nique, comme l’exigent toutes les re­com­man­da­tions nationales et in­ter­na­tio­nales. Il n’em­pêche, quand une au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché est ac­cor­dée pour un pro­duit sans les es­sais cli­niques in­dis­pen­sables pour prou­ver son ef­fi­ca­ci­té et que cette dé­ro­ga­tion per­met à la so­cié­té en ques­tion de pos­tu­ler à un ap­pel d’offres de la Phar­ma­cie cen­trale de fa­çon conco­mi­tante à l’in­tro­duc­tion en Bourse de la­dite so­cié­té, l’on ne peut que crier au loup! Car, le vi­rus quitte le la­bo­ra­toire et risque de se pro­pa­ger dans la ber­ge­rie.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.