PRO­DUC­TI­VI­TÉ

Le taux de crois­sance éco­no­mique de la Tu­ni­sie ne peut s’amé­lio­rer sans une re­lance de la pro­duc­ti­vi­té.

La Presse Business (Tunisia) - - EVENEMENT - Par Omar KAMMOUN

La Tu­ni­sie doit agir vite et ef­fi­ca­ce­ment. La crise éco­no­mique, qui frappe le pays de­puis 2011, risque de per­du­rer si des ré­formes bien étu­diées ne se­raient en­ga­gées. «En éco­no­mie tout est lié. On ne peut par­ler de crois­sance sans par­ler d’em­ploi et on ne peut par­ler de pro­duc­ti­vi­té sans par­ler d’in­ves­tis­se­ment. On ne peut donc ré­soudre un pro­blème sans ré­soudre l’autre» , ex­plique Mo­ha­med Had­dar, pré­sident de l’As­so­cia­tion tunisienne des éco­no­mistes, lors du Fo­rum du fu­tur, te­nu à Tu­nis les 25 et 26 fé­vrier. Les ré­formes doivent donc être ho­mo­gènes et éma­ner d’une vi­sion claire de la nou­velle Tu­ni­sie. «Il n’y a pas de plus fa­cile que de prendre des me­su­rettes, mais cette ap­proche po­pu­liste a tou­jours eu des ef­fets contre­pro­duc­tifs. Pour bien pré­pa­rer le fu­tur, il faut sa­voir dé­cor­ti­quer la si­tua­tion pour pou­voir an­ti­ci­per et prendre les bonnes dé­ci­sions» , ajoute l’éco­no­miste. Or, le fu­tur de la Tu­ni­sie semble être dif­fi­cile si l’éco­no­mie na­tio­nale conti­nue à fonc­tion­ner avec la même lo­gique. «Dans les vingt pro­chaines an­nées, même si on re­trouve le rythme de pro­duc­ti­vi­té d’avant-2011, le taux de crois­sance éco­no­mique ne pour­rait dé­pas­ser les 3%. Et si on garde le rythme ac­tuel de pro­duc­ti­vi­té, la crois­sance ne dé­pas­se­rait pas les 2%» , pré­vient Mus­ta­pa­ha Ka­mel Na­bli, an­cien gou­ver­neur de la BCT (Banque cen­trale de Tu­ni­sie). Re­trou­ver sa moyenne de crois­sance de 5% d’avant le 14-Jan­vier ne se­rait, dans ce cas, pos­sible que s’il y au­rait une re­lance de l’in­ves­tis­se­ment, no­tam­ment pri­vé, avec une vi­tesse beau­coup plus im­por­tante qu’il y six ans. «Avec un taux de 20% du PIB, l’in­ves­tis­se­ment de­meure faible et in­suf­fi­sant. Le taux doit pas­ser à 35% et même plus pour pou­voir ré­pondre aux be­soins so­cioé­co­no­miques du pays, sur­tout l’em­ploi qui de­meure le prin­ci­pal dé­fis du pays» , in­siste Mus­ta­pha Ka­mel Na­bli.

DES TRANS­FOR­MA­TIONS À L’HO­RI­ZON

Or, le mar­ché de l’em­ploi va, lui aus­si, connaître des trans­for­ma­tions pro­fondes. D’après les pros­pec­tives de l’éco­no­miste tu­ni­sien, on pas­se­ra d’une pres­sion quan­ti­ta­tive sur le mar­ché à une pres­sion qua­li­ta­tive due, sur­tout, aux chan­ge­ments que doit connaître la courbe de la crois­sance dé­mo­gra­phique : dans vingt ans le taux pour­rait des­cendre à 0,3% contre plus de 1% ac­tuel­le­ment. Le pro­blème c’est que les nou­veaux ve­nus sur le mar­ché de l’em­ploi (en moyenne 30.000 par an) au­ront des be­soins dif­fé­rents aux de­man­deurs ac­tuels d’em­ploi. D’où, la né­ces­si­té d’an­ti­ci­per ces be­soins et d’adap­ter la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et uni­ver­si­taire aux nou­velles orien­ta­tions éco­no­miques du pays. « La ré­forme de l’en­sei­gne­ment doit être ba­sée sur une lec­ture pros­pec­tive des be­soins éco­no­miques du pays », sou­ligne Na­bli. Autre point fon­da­men­tal à prendre en consi­dé­ra­tion : il faut mettre de cô­té la fa­meuse règle di­sant qu’un point de crois­sance per­met de créer 16.000 em­plois. «Cette idée n’a ja­mais été vraie par le pas­sé et n’au­ra au­cun sens dans le fu­tur» . Tou­te­fois, cette ana­lyse si lo­gique et si per­ti­nente soit-elle, semble peu convain­cante pour cer­tains par­ti­ci­pants au fo­rum. Par exemple, d’après Afif Chal­bi, an­cien mi­nistre de l’In­dus­trie, la Tu­ni­sie peut fa­ci­le­ment re­nouer avec un taux de crois­sance de 5%, si les pro­blèmes conjonc­tu­rels sont ré­so­lus et que l’en­tre­prise pri­vée re­trouve ses re­pères.

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