ANAR­CHIE TO­TALE

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Outre la mon­tée ver­ti­gi­neuse de leur nombre, les taxis col­lec­tifs conti­nuent de faire main-basse sur d’autres iti­né­raires que ceux que les au­to­ri­tés leur ont concé­dés. Com­bien de taxis col­lec­tifs compte au­jourd’hui la ca­pi­tale ? Cir­culent-ils dans les règles de l’art ? Sont-ils contrô­lés ? Au­tant de ques­tions em­bar­ras­santes aux­quelles on ne trou­ve­ra sans doute ja­mais de ré­ponses. Il est vrai qu’on est face à un phé­no­mène de­ve­nu pra­ti­que­ment in­con­trô­lable. Un phé­no­mène qui a pris une telle am­pleur que ces gros vé­hi­cules jaunes en­va­his­sants sont cu­rieu­se­ment om­ni­pré­sents y com­pris sur les iti­né­raires qui ne sont pas les leurs. Ils ont fi­ni par rendre la vie dure à leurs concur­rents au point de me­na­cer leur sur­vie ! C’est sur­tout dans le dis­trict du GrandTu­nis qu’ils se sont trans­for­més en vé­ri­table cal­vaire. Sta­tion­ne­ment in­ter­dit, trot­toirs oc­cu­pés, feux rouges grillés, pa­ra­ly­sie de la cir­cu­la­tion : tout ce­la en­traîne une dé­té­rio­ra­tion ra­pide des vé­hi­cules et une clo­char­di­sa­tion de la pro­fes­sion de trans­por­teur. Les usa­gers se plaignent des condi­tions in­dignes dans les­quelles ils sont trans­por­tés au point d’en res­sen­tir une vé­ri­table hu­mi­lia­tion. Ni le mi­nis­tère du Trans­port, ni les mu­ni­ci­pa­li­tés, ni les po­li­ciers n’ont pu mettre fin à cette ano­ma­lie qui a trop du­ré. On ira jus­qu’à dire que l’Etat est com­plice, puisque per­sonne ne peu dire qui est der­rière ce lob­by. De­puis le temps que les ci­toyens, à Tu­nis, dé­noncent la mau­vaise or­ga­ni­sa­tion du trans­port en com­mun, la même si­tua­tion de désar­roi per­dure et l’ar­ri­vée des taxis col­lec­tifs offre en­core une fois une image dé­so­lante au quo­ti­dien : sur­charge et vé­tus­té des vé­hi­cules, bous­cu­lades pour ar­ra­cher une place, manque d’hy­giène et d’en­tre­tien sans comp­ter les ba­garres, les vols, les in­sultes et autres com­por­te­ments qui illus­trent la dis­pa­ri­tion des va­leurs mo­rales dans la so­cié­té tunisienne. Les usa­gers du trans­port en com­mun souffrent le mar­tyre pour ar­ri­ver à leur des­ti­na­tion. Leur souf­france est d’au­tant plus grande que les sta­tions de bus et de taxis ont, pour la plu­part, dis­pa­ru à Tu­nis. Les voya­geurs se re­groupent sur des trot­toirs qui laissent à dé­si­rer, à des ar­rêts de for­tune où do­minent les or­dures et les gra­vats et où il n’y a ni bancs ni abri­bus... Quoi qu’on puisse dé­non­cer au su­jet des taxis col­lec­tifs dans la ca­pi­tale, les usa­gers sont mal­heu­reu­se­ment obli­gés de com­po­ser avec, face aux di­verses ca­rences dont souffrent les autres moyens de trans­port pu­blic. Per­tur­ba­tion des ho­raires des na­vettes, bous­cu­lades... Mal­gré toutes ces contraintes, les ci­toyens re­viennent dans les mêmes en­droits et prennent les mêmes taxis col­lec­tifs et se sou­mettent à cette pé­nible épreuve tous les jours. Même si les mêmes phrases et les mêmes ac­cu­sa­tions re­viennent dans la bouche des uns et des autres, l’es­sen­tiel étant de trou­ver un moyen de dé­pla­ce­ment en es­pé­rant un im­pro­bable as­sai­nis­se­ment en bonne et due forme de ce sec­teur anar­chique.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.