CAGES À LA­PINS

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO -

L’ef­fet«soldes»,qui­fait­tour­ner plus les com­merces et gé­né­rer plus de ca­sh­flow, est un top-dé­part qui se tra­duit sou­vent par une vé­ri­table fré­né­sie où les consom­ma­teurs sol­li­citent da­van­tage leur por­te­feuille pour des pro­duits sou­vent ven­dus aux prix nor­maux. D’au­cuns y voient, certes, une oc­ca­sion pour faire de bonnes af­faires, mais at­ten­tion, pas à n’im­porte quel prix. Les soldes sont en­ca­drés par la loi, et la course aux bonnes af­faires pour re­nou­ve­ler leur garde-robe risque par­fois de jouer de mau­vais tours aux clients. Ce­pen­dant, il faut y al­ler mol­lo et ne pas trop sol­li­ci­ter le por­te­feuille, car très sou­vent, les pre­miers ra­bais tournent au­tour de seule­ment 20 ou 30% et avec le temps, les com­mer­çants pas­se­ront à 40 et 50%. Plus les prix baissent, plus la fièvre ache­teuse de­vrait mon­ter, fai­sant ou­blier mo­men­ta­né­ment aux Tu­ni­siens leurs pro­blèmes de pou­voir d’achat écor­né par les dé­penses im­po­sées par les va­cances. Il ne s’agit nul­le­ment de blâ­mer les Tu­ni­siens pour leur ex­cès de pas­sions et d’aven­tures dans les ronces in­ex­tri­cables de la jungle im­pi­toyable des fa­shio­nis­tas, mal­gré la gri­saille éco­no­mique et l’hu­meur maus­sade des mé­nages. Ce­pen­dant, au mi­lieu de ce par­cours par­se­mé d’em­bûches qu’est la quête des fringues tel­le­ment rê­vées, il y a un ter­rible maillon à même de désen­chan­ter les plus mo­ti­vés. Il s’agit, bien évi­dem­ment, de l’étape d’es­sayage avec tout ce que ce mot peut ré­vé­ler comme sup­plice aux clients. En ef­fet, avant de pou­voir em­por­ter dans les em­plettes le pré­cieux bu­tin qu’on a sou­vent dé­ni­ché en jouant des coudes, les clients sont obli­gés de faire la queue pen­dant des plombes de­vant les ca­bines d’es­sayages. A condi­tion que celles-ci existent dé­jà, car cer­tains com­merces n’en dis­posent guère. Dans ce genre de lo­caux, les ven­deuses vous lancent un re­gard noir, quand vous de­man­dez «où sont les ca­bines d’es­sayage?». C’est comme si vous ve­niez de com­mettre un pé­ché mortel. En ef­fet, dans ce genre d’éta­blis­se­ment, vous êtes cen­sé croire sur pa­role les ven­deurs quand ils vous as­surent que l’ar­ticle vous va. Si­non, il fau­dra faire contre mau­vaise for­tune bon coeur et ac­cep­ter de vous mettre à poil de­vant un mi­roir au bout d’un cou­loir où l’éclai­rage manque cruel­le­ment. Mais peu im­porte! Car cer­tains vous di­ront qu’ils pré­fèrent ce genre d’exer­cice aux « cages à la­pins » que pro­posent cer­tains com­merces en guise de ca­bines. C’est quoi ce dé­lire ? Des ca­bines tel­le­ment exi­guës, dont le sol pous­sié­reux est sou­vent jon­ché de vieux dé­bris et dont le ri­deau est à peine suf­fi­sant pour pou­voir se chan­ger sans être vu, en­com­brées par des amas de vê­te­ments qui traînent, où l’on sent des re­lents en tous genres, où il n’y a qu’un pauvre porte-man­teau ou cro­chet ! Et on ap­pelle ça ca­bine d’es­sayage ! Certes, l’ef­fet «soldes» fait tour­ner plus les com­merces mais il risque aus­si de don­ner le tour­nis aux clients qui s’es­criment à es­sayer leurs nou­veaux ha­bits dans ce genre de «cages à la­pins».

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