LESJEUNESENTREPRENEURSEXCLUS D’UNEÉCONOMIEENPLEINBOOM

La crois­sance est là, mais la Côte d’Ivoire ne pos­sède pas de culture d’en­tre­prise PME.

La Presse Business (Tunisia) - - OEIL SUR L’AFRIQUE - Par Mag­gie FICK, FT

Dans les mé­tro­poles afri­caines comme La­gos ou Ac­cra, les nou­veaux en­tre­pre­neurs et des jeunes am­bi­tieux s’ag­glu­tinent dans l’un des in­cu­ba­teurs lo­caux, tou­jours plus nom­breux, pour échan­ger des idées et éla­bo­rer leur bu­si­ness plan. A Naï­ro­bi, des hubs spé­cia­li­sés ont ou­vert pour sou­te­nir la crois­sance du sec­teur tech et de l’in­no­va­tion ces cinq der­nières an­nées. Il n’existe rien de tel pour les jeunes en­tre­pre­neurs d’Abid­jan, la ca­pi­tale éco­no­mique de Côte d’Ivoire. Pour pal­lier ce manque, ils se donnent ren­dez-vous après le tra­vail et le wee­kend dans des fast-food et des ca­fés pour se sou­te­nir mu­tuel­le­ment. “Il n’y a pas d’éco­sys­tème pour les en­tre­pre­neurs ici”, se plaint Ba­ce­ly Yo­ro­bi, 27 ans. Il tente de lan­cer une ap­pli­ca­tion pour mo­bile qui re­cen­se­ra les en­droits où se connec­ter gra­tui­te­ment au wi­fi, dans le pays et à l’étran­ger. Elle s’adresse aux Ivoi­riens qui cherchent tous à se connec­ter gra­tui­te­ment, où qu’ils se trouvent. “Pour faire avan­cer votre idée de start-up, vous de­vez ap­prendre, par­ler avec d’autres en­tre­pre­neurs, bé­né­fi­cier de leur ex­pé­rience. L’es­prit start-up com­mence par l’édu­ca­tion, puis avec un éco­sys­tème et des tu­teurs. Quand ce type d’aide existe, vous ne pou­vez pas échouer, vous sa­vez com­ment réus­sir”, plaide-t-il. Mais étant don­né l’ab­sence de telles struc­tures en Côte d’Ivoire, M. Yo­ro­bi a jus­qu’ici pas­sé plus de temps à rem­plir des can­di­da­tures pour par­ti­ci­per à des confé­rences et des pro­grammes de for­ma­tion à l’étran­ger, sur­tout aux États-Unis, que sur son bu­si­ness plan. L’ac­cès aux fonds et à des conseils, tou­jours dif­fi­cile pour les nou­veaux en­tre­pre­neurs dans d’autres mar­chés émer­gents, est presque to­ta­le­ment im­pos­sible en Côte d’Ivoire. Le pays émerge d’un conflit qui a du­ré presque dix ans et s’est ache­vé en 2011. Mais il est de­ve­nu l’une des lo­co­mo­tives éco­no­miques du con­tinent. Le gou­ver­ne­ment ivoi­rien veut faire de la Côte d’Ivoire un vé­ri­table mar­ché émergent, plu­tôt qu’un mar­ché fron­ta­lier, d’ici à 2020. Le PIB aug­mente à hau­teur d’en­vi­ron 9% par an ces trois der­nières an­nées. Des banques étran­gères sans au­cun pas­sé dans ce pays se bous­culent pour ob­te­nir des li­cences. Elles veulent an­ti­ci­per les in­ves­tis­se­ments dans les in­fra­struc­tures que le gou­ver­ne­ment pré­voit, en par­te­na­riat avec des groupes pri­vés. De nou­veaux res­tau­rants, des pro­jets im­mo­bi­liers, des ex­po­si­tions et des confé­rences : les signes sont là, Abid­jan, ville de 4,5 mil­lions d’ha­bi­tants, est en plein boom. Mais M. Yo­ro­bi, tout comme les autres nou­veaux en­tre­pre­neurs ivoi­riens, a peu de chance de pro­fi­ter de la re­nais­sance éco­no­mique. Se­lon lui, le pro­blème se si­tue en amont : “Dans nos écoles, nous ne pou­vons pas étu­dier les sciences et l’in­for­ma­tique. Le gou­ver­ne­ment dit qu’il veut créer une gé­né­ra­tion d’en­tre­pre­neurs, mais il ne se donne pas la peine de s’oc­cu­per de nos be­soins”. Ab­dou­rah­mane Cis­sé, mi­nistre du Bud­get, est conscient du pro­blème. “En­vi­ron 74 % de nos étu­diants à l’uni­ver­si­té ont choi­si une fi­lière non scien­ti­fique. Nous de­vons exa­mi­ner nos be­soins et sa­voir exac­te­ment ce qui est en­sei­gné”, dit-il. Jean-Louis Billon, mi­nistre du Com­merce, af­firme que le gou­ver­ne­ment s’oc­cupe main­te­nant de ses en­tre­pre­neurs. Au­pa­ra­vant, la prio­ri­té était d’at­ti­rer des in­ves­tis­se­ments étran­gers. Une agence des PME a été fon­dée pour suivre les pe­tites et moyennes en­tre­prises, et il existe aus­si un mi­nis­tère de l’Entreprenariat, de l’Ar­ti­sa­nat et des PME. Se­lon le guide 2015 ‘Doing Bu­si­ness in Ivo­ry Coast’ de la Banque mon­diale, lan­cer une en­tre­prise est de­ve­nu plus fa­cile. Mais ce guide ne prend en consi­dé­ra­tion que les en­tre­prises em­ployant entre 10 et 50 sa­la­riés. Bien des nou­veaux en­tre­pre­neurs ivoi­riens sont des so­cié­tés à une ou deux per­sonnes. Par­mi ces en­tre­pre­neurs, Cyn­thia Wo­dié, 33 ans, a créé Vir­gin Bo­hème, un site de e-com­merce qui vend des ac­ces­soires de mode fran­çais en Côte d’Ivoire. “Mon prin­ci­pal pro­blème n’est pas fi­nan­cier, c’est plus le coa­ching et les contacts”, pré­cise-t-elle. Melle Wo­dié s’au­to­fi­nance avec ses éco­no­mies. Elle tra­vaille comme comp­table. Elle dit qu’il est dif­fi­cile d’ob­te­nir des fi­nan­ce­ments, les banques en Côte d’Ivoire n’ayant au­cune struc­ture spé­ci­fique pour les mi­cro-en­tre­prises comme la sienne. “En Afrique de l’Est, au Gha­na et au Ni­ge­ria, il y a plus de pos­si­bi­li­tés pour les en­tre­pre­neurs; c’est moins vrai dans les pays fran­co­phones d’Afrique”. Pen­dant ce temps, à Abid­jan, M. Yo­ro­bi or­ga­nise des ren­contres avec d’autres jeunes qui ai­me­raient lan­cer leur en­tre­prise. Il sou­haite pou­voir in­suf­fler un “es­prit start-up” qui, il l’es­père, en­traî­ne­rait ses com­pa­triotes. S’il exis­tait un sou­tien adé­quat.

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