SURDÉVELOPPEMENT IN­TEL­LEC­TUEL

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

Il n’est pas éton­nant qu’après l’agi­ta­tion et les mou­ve­ments de contes­ta­tions so­ciales dans les ré­gions sur fond de dé­fit de dé­ve­lop­pe­ment et d’em­ploi, le ter­ro­risme s’éver­tue à as­sou­vir sa soif de sang en­core une fois à Ben Guar­dane. Il trouve dans la pré­ca­ri­té et la mar­gi­na­li­sa­tion un ter­reau fer­tile pour me­ner à bien ses sombres des­seins. Certes, les mes­sages qui ont af­flués sur la Tu­ni­sie après l’at­taque avor­tée et ra­pi­de­ment conte­nue par l’ar­mée et les forces de sé­cu­ri­té sont au­tant de signes où se mêlent une bonne part d’af­fec­tion et une dose plus grande d’in­quié­tude. Il n’em­pêche, une autre Bas­tille du ter­ro­risme a été abat­tue, des cel­lules dor­mantes éli­mi­nées, des ré­seaux de sou­tien neu­tra­li­sés, dût l’éco­no­mie tunisienne en être at­teinte et la mé­fiance des in­ves­tis­seurs étran­gers éveillée, dussent les tou­ristes être dé­cou­ra­gés ou ef­frayés. L’im­por­tant est de créer une sta­bi­li­té so­ciale et sé­cu­ri­taire ir­ré­ver­sible, à l’abri d’un évè­ne­ment for­tuit et d’un re­tour­ne­ment de for­tune po­li­tique. Pour ce­la il faut al­ler vite, il faut frap­per fort. C’est in­dé­nia­ble­ment l’un des tours de force du gou­ver­ne­ment qui joue là une par­ti­tion dif­fi­cile parce qu’elle heurte des in­té­rêts mul­tiples. Et même s’il y a dans l’ac­tion du gou­ver­ne­ment quelque chose de froid, il faut

lui re­con­naître sa ca­pa­ci­té à sur­mon­ter les épreuves sans à-coups. On prête à Bour­gui­ba cette formule bien digne de lui : «Nous ne souf­frons pas seule­ment de sous-dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, mais de

surdéveloppement in­tel­lec­tuel» . Surdéveloppement ou sur­chauffe in­tel­lec­tuelle ? Car, tan­dis que nos sol­dats tombent sur le champ d’hon­neur, l’arme à la main, nos in­tel­lec­tuels nous bom­bardent de mou­tures de ré­flexions éco­no­miques, de pro­jets de lois ou d’ana­lysent au scal­pel des dé­ci­sions po­li­tiques. En ef­fet, au lieu d’of­frir à la Tu­ni­sie les moyens de son dé­col­lage, leurs dé­bats sté­riles ne font que fra­gi­li­ser da­van­tage les équi­libres d’un pays au bord de la ban­que­route. C’est que la d’au­jourd’hui est un pays af­fo­lé : le cli­mat qui y règne est mar­qué par l’in­cer­ti­tude et le désar­roi. Une so­cié­té très po­li­ti­sée, per­méable aux ru­meurs, at­ten­tive à son sort, et en état de vi­bra­tion in­tense. Des or­ga­ni­sa­tions nationales qui se tirent des­sus à bou­lets rouges, un nombre sans cesse gran­dis­sant de chô­meurs…On ne sait plus à quel saint se vouer pour ex­pli­quer ces er­re­ments éco­no­mique, po­li­tique et social entre les di­verses par­ties et au­quel s’in­vitent les in­tel­lec­tuels de tous bords. Il est temps de lais­ser les mi­nistres se consa­crer leur temps à l’ac­tion. L’heure n’est pas en­core aux bi­lans.

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