JEAN-LOUIS BOR­LOO L’HOMME QUI VEUT ÉLEC­TRI­FIER L’AFRIQUE

«Si le taux d’élec­tri­fi­ca­tion de l’Afrique était de 100%, on au­rait ob­ser­vé des taux de crois­sance de 15% sur une bonne pé­riode», se­lon le fon­da­teur de «Energies pour l’Afrique ».

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - JEAN-LOUIS BOR­LOO Par Rid­ha MAAMRI

Pour une deuxième in­dé­pen­dance du con­tinent

Si le siècle der­nier était pla­cé sous le signe de l’in­dé­pen­dance des pays afri­cains, le XXIe siècle se­ra mar­qué par une ba­taille pour une nou­velle forme d’in­dé­pen­dance, éner­gé­tique en l’oc­cur­rence. En fait, il s’agit d’un dé­fi pour les Afri­cains, les pre­miers concer­nés, évi­dem­ment, mais aus­si pour plu­sieurs puis­sances mon­diales, ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales et per­son­nages d’in­fluence. Les ini­tia­tives se mul­ti­plient, les vi­sions convergent et les contours des ap­proches res­tent un peu flous. La thé­ma­tique a re­fait sur­face à la 4e édi­tion du Fo­rum in­ter­na­tio­nal afrique dé­ve­lop­pe­ment, or­ga­ni­sé par le Groupe At­ti­ja­ri­wa­fa Bank, à Ca­sa­blan­ca, sous la de­vise «Agriculture et élec­tri­fi­ca­tion :

mo­bi­li­ser les éner­gies». De­vant le pu­pitre, l’an­cien mi­nistre fran­çais, Jeans Louis Bor­loo, avec sa nou­velle cas­quette, celle le di­ri­geant de la fon­da­tion «Energies pour l’Afrique», a te­nu un dis­cours de vé­ri­té en vue d’in­ter­pe­ler la pléiade de dé­ci­deurs afri­cains dans l’au­di­toire. «Pour­rai­ton se per­mettre de par­ler de stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment pour l’Afrique quand im­pos­sible ! Peut-être 600 mil­lions d’afri­cains n’ont pas ac­cès à la l’élec­tri­ci­té ?», s’est-il de­man­dé, fai­sant al­lu­sion aux li­mites des po­li­tiques me­nées. Une si­tua­tion qui risque de s’ag­gra­ver sous le poids de la dé­mo­gra­phie ga­lo­pante du con­tinent, qui pas­se­ra du simple au double à l’ho­ri­zon 2050. Et sans éner­gie dis­po­nible pour tous, on comp­te­ra plus d’in­di­vi­dus, dont des femmes et des en­fants, qui n’au­ront pas ac­cès

à des droits élé­men­taires. Ba­lan­çant entre pes­si­misme et op­ti­misme, il a es­ti­mé, en re­vanche, que si le taux d’élec­tri­fi­ca­tion de l’Afrique était de 100%, on au­rait ob­ser­vé des taux de crois­sance de 15% sur une bonne pé­riode. Il faut un vé­ri­table plan Mar­shall, bien fi­ce­lé pour élec­tri­fier l’Afrique en dix ans, à l’ho­ri­zon 2025, confor­mé­ment aux pro­jec­tions de l’an­cien mi­nistre. Son al­lo­cu­tion a sus­ci­té la cu­rio­si­té des jour­na­listes et une confé­rence de presse im­pro­vi­sée a été or­ga­ni­sée. Les li­qui­di­tés, il y en a à tra­vers le monde, a-t-il ras­su­ré d’em­blée les dé­trac­teurs de son plan. Il n’a ces­sé de ré­ité­rer qu’il avait mo­bi­li­sé ses ré­seaux pour convaincre les dé­ci­deurs ins­ti­tu­tion­nels et les opé­ra­teurs éco­no­miques de l’uti­li­té d’une agence qui cen­tra­li­se­rait les fonds des­ti­nés à élec­tri­fier le conti-

nent. En fait, c’est là l’ob­jet prin­ci­pal de sa mis­sion et de la struc­ture qu’il a créée. « L’agence se­ra le prin­ci­pal ins­tru­ment de ré­cep­tion des fonds in­ter­na­tio­naux et de re­dis­tri­bu­tion aux pro­jets lo­caux», a-t-il ré­su­mé. De nom­breux grands groupes fran­çais sou­tiennent cette dé­marche, fait-il sa­voir, énu­mé­rant Bol­lo­ré, Das­sault, To­tal, Veo­lia et EDF. Sur le plan po­li­tique, il af­firme s’en­tre­te­nir ré­gu­liè­re­ment avec le chef de la di­plo­ma­tie fran­çaise et le pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Jean Claude Jun­ker. Et, au ni­veau du con­tinent, il a ren­con­tré une bonne qua­ran­taine de chefs d’Etat, qui sont, se­lon lui, très en­thou­siastes pour cette en­tre­prise.

MÉ­CA­NISME DE FI­NAN­CE­MENT AC­CÉ­LÉ­RÉ

Face aux jour­na­listes, Jean-Louis Bor­loo a plai­dé en fa­veur de la mise en place d’un mé­ca­nisme de fi­nan­ce­ment ac­cé­lé­ré pour ac­tion­ner l’in­dé­pen­dance éner­gé­tique. Il s’est dit cer­tain de pou­voir in­ci­ter les pays dé­ve­lop­pés à dé­blo­quer 5 mil­liards de dol­lars par an pen­dant dix ans, ce qui per­met­trait de le­ver 20 mil­liards en plus sur les mar­chés fi­nan­ciers in­ter­na­tio­naux. L’en­ve­loppe glo­bale de 250 mil­liards de dol­lars se­rait suf­fi­sante pour l’élec­tri­fi­ca­tion du con­tinent. «Les pro­jets sont dis­po­nibles et les fi­nan­ce­ments in­ter­na­tio­naux aus­si», a-t-il po­si­ti­vé. Pour convaincre les Eu­ro­péens, no­tam­ment les ins­ti­tu­tion­nels, il a dé­crit un cercle ver­tueux se­lon le­quel le dé­ve­lop­pe­ment du con­tinent per­met de créer de l’em­ploi et don­ner de meilleures condi­tions de vie aux Afri­cains qui, alors, au­raient moins en­vie de re­joindre l’Eu­rope. «La crois­sance afri­caine par l’élec­tri­ci­té, c’est notre crois­sance en Eu­rope», se­lon M. Bor­loo.

ET POUR LA CONCUR­RENCE ?

La Banque afri­caine de dé­ve­lop­pe­ment (BAD), est en train de peau­fi­ner les contours de son « new deal » pour élec­tri­fier l’Afrique d’ici à 2025. C’est l’une des cinq prio­ri­tés de son nou­veau pré­sident, le Ni­gé­rian Akin­wu­mi Ade­si­na, élu l’an­née der­nière. Le plan amé­ri­cain « Po­wer Afri­ca », lan­cé par Ba­rack Oba­ma en 2013, a été do­té de 7 mil­liards de dol­lars de fonds pu­blics aux­quels s’ajou­te­rait une mise de 20 mil­liards, d’après des pro­messes des en­tre­prises amé­ri­caines. De même, le pro­gramme du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique et le Fonds vert pour le cli­mat créé à Co­pen­hague en 2009, n’ont réus­si à réunir que 130 mil­lions de dol­lars en six ans, bien loin des pro­messes de 10 mil­liards par an. Face à ces en­tre­prises, l’agence de Jean-Louis Bor­loo au­ra-t-elle as­sez de cré­di­bi­li­té et de lé­gi­ti­mi­té pour cen­tra­li­ser tous ces fonds ? Se­lon plu­sieurs par­ti­ci­pants au Fiad, l’ini­tia­tive pour­rait être ré­cu­pé­rée par l’Union afri­caine et la Banque afri­caine de dé­ve­lop­pe­ment.

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