FO­RUM IN­TER­NA­TIO­NAL AFRIQUE-DÉ­VE­LOP­PE­MENT

SE FORGE PAR LES AFRI­CAINS

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - De notre en­voyé spécial à Ca­sa­blan­ca Rid­ha MAAMRI

L’afro-op­ti­misme se forge par les Afri­cains

Une dé­cen­nie après la pa­ru­tion de sa cou­ver­ture qua­li­fiant l’Afrique de «Con­tinent sans es­poir», le ma­ga­zine bri­tan­nique The Economist a ré­vi­sé le sta­tut du con­tinent avec un nou­veau titre, en 2011 : «l’Afrique émer­gente». Quel se­rait leur pro­chain titre ? C’est aux Afri­cains de don­ner la ré­ponse en dé­bat­tant des en­jeux et dé­fis du con­tinent. Une pléiade de dé­ci­deurs afri­cains et hommes d’af­faires ont été in­vi­tés à Ca­sa­blan­ca, la ca­pi­tale éco­no­mique du Ma­roc, à l’oc­ca­sion de la qua­trième édi­tion du Fo­rum in­ter­na­tio­nal Afrique-dé­ve­lop­pe­ment, or­ga­ni­sé par le groupe At­ti­ja­ri­wa­fa Bank, pour dé­battre de deux thé­ma­tiques prin­ci­pales, à sa­voir l’agriculture et l’élec­tri­fi­ca­tion, deux dé­fis ma­jeurs à moyen terme. Peu de dis­cours et beau­coup d’ac­tions ont meu­blé cette grand’messe de pro­mo­tion de la co­opé­ra­tion Sud-Sud : en­vi­ron 2.400 par­ti­ci­pants, ve­nus de 29 pays, 4.500 ren­dez-vous B2B, un mar­ché de l’in­ves­tis­se­ment dé­dié aux ren­contres B2G et une pla­te­forme élec­tro­nique bap­ti­sée «Club Afrique Dé­ve­lop­pe­ment». Le temps est ve­nu pour pas­ser à l’ac­tion et d’en fi­nir avec les dis­cours sté­riles, a sou­te­nu le pré­sident du groupe At­ti­ja­ri­wa­fa Bank dans son al­lo­cu­tion d’ou­ver­ture, ap­pe­lant à pas­ser un nou­veau cap de par­te­na­riat Sud-Sud. Et ce n’est pas une forme d’ex­clu­sion, pré­cise-t-il, mais il est temps d’of­frir un nou­veau mo­dèle de par­te­na­riat avec les opé­ra­teurs du Nord. Un mo­dèle ca­pable de va­lo­ri­ser les po­ten­tia­li­tés du con­tinent et lui confé­rer un sta­tut autre que ce­lui de re­lais de crois­sance. «Par­tout dans le monde, on parle de l’Afrique comme du con­tinent du XXIe siècle. L’Afrique re­gorge de ri­chesses na­tu­relles et de po­ten­tia­li­tés éco­no­miques. Elle avait fait le bon­heur des co­lo­ni­sa­teurs et fait rê­ver

les in­ves­tis­seurs», a rap­pe­lé le di­rec­teur gé­né­ral de la fi­liale tunisienne du groupe ban­caire, Hi­cham Sef­fa. «Le groupe, de par son de­voir mo­ral, ac­com­pagne cette am­bi­tion na­tu­relle en créant les échanges né­ces­saires afin de pro­mou

voir l’es­prit de la co­opé­ra­tion Sud-Sud» , a-t-il

pour­sui­vi. Dans cette pers­pec­tive, le par­te­na­riat Sud-Sud est une né­ces­si­té et une exi­gence pour l’équi­libre éco­no­mique d’un monde dans le­quel le con­tinent se pré­sen­te­ra comme so­lu­tion et non plus comme un pro­blème.

L’IN­SÉ­CU­RI­TÉ ALI­MEN­TAIRE SÉ­VIT AU GRE­NIER DU MONDE

Lors de la séance plé­nière du Fiad, le mi­nistre ma­ro­cain de l’Agriculture et de la Pêche ma­ri­time, Aziz Akhan­nouch, a dé­cla­ré que : «Nous ne pou­vons ac­cep­ter qu’une per­sonne sur trois souffre de mal­nu­tri­tion en Afrique ; nous ne sau­rions cau­tion­ner que 200 mil­lions d’Afri­cains soient ex­po­sés à l’in­sé­cu­ri­té ali­men­taire. La ba­taille de la sé­cu­ri­té ali­men­taire doit être ga­gnée en Afrique» . La ques­tion ne se pose nor­ma­le­ment pas pour un con­tinent où les res­sources agri­coles, ex­trac­tives et éner­gé­tiques sont qua­li­fiées comme «clef de l’ac­cé­lé­ra­tion de sa crois­sance éco­no­mique», se­lon le der­nier rap­port annuel «Les pers­pec­tives éco­no­miques de l’Afrique», pu­blié par la BAD, le Centre de dé­ve­lop­pe­ment de l’Ocde, la Com­mis­sion éco­no­mique pour l’Afrique (CEA) et le Pro­gramme des Na­tions unies pour le dé­ve­lop­pe­ment (Pnud). A com­men­cer par les res­sources du sec­teur pri­maire : le «gre­nier du monde» pos­sède 60% des terres arables non culti­vées de la pla­nète. L’ex­ploi­ta­tion de 80 mil­lions d’hec­tares de ces terres au RD Con­go pour­rait nour­rir deux mil­liards d’âmes de notre terre, soit les po­pu­la­tions de l’Afrique, l’Eu­rope et l’Océa­nie réunies. A l’ho­ri­zon 2030, le sec­teur de l’agriculture et de l’agroalimentaire en Afrique pour­rait gé­né­rer un mar­ché de 1.000 mil­liards de dol­lars, se­lon le rap­port de la Banque mon­diale, «Crois­sance de l’Afrique : li­bé­rer le po­ten­tiel du sec­teur agroalimentaire». Tou­te­fois, l’ex­ploi­ta­tions ré­duite et tra­di­tion­nelle des terres fer­tiles du con­tinent n’uti­lisent que 2% des res­sources re­nou­ve­lables en eau et les ni­veaux des pertes après ré­coltes se montent à en­vi­ron 20% pour les cé­réales et da­van­tage pour les pro­duits pé­ris­sables. Rien qu’une op­ti­mi­sa­tion de la pro­duc­tion se­rait por­teuse de gains sub­stan­tiels. « Il va fal­loir trou­ver moyen de

nour­rir les po­pu­la­tions à tra­vers la va­lo­ri­sa­tion

des res­sources dis­po­nibles sur place» , pré­vient M Sef­fa. Ce po­ten­tiel agri­cole afri­cain est confir­mé par la ruée vers les terres arables du con­tinent me­née, prin­ci­pa­le­ment, par des pays asia­tiques for­te­ment peu­plés et les riches pays du Golfe aux ter­ri­toires dé­ser­tiques. La Chine a in­ves­ti dans près de 1.5 mil­lion d’hec­tares dans des do­maines agri­coles au Ca­me­roun, Mo­zam­bique, Ou­gan­da, Tan­za­nie…tout comme l’Inde et le Ja­pon qui ex­ploitent 1.6 mil­lions et 900 mille hec­tares res­pec­ti­ve­ment en Afrique. L’Ara­bie Saou­dite a loué et ache­té en­vi­ron 2 mil­lions d’hec­tares de terres agri­coles au Sou­dan, Ma­li, Mau­ri­ta­nie, Sé­né­gal..., se­lon les don­nées pu­bliées par l’or­ga­ni­sa­tion Grain et Land Ma­trix. Leurs chiffres ne re­flètent qu’une par­tie de la réa­li­té à cause de l’opa­ci­té qui marque les tran­sac­tions de ce genre.

DU CONCRET POUR VA­LO­RI­SER LE PO­TEN­TIEL DU CON­TINENT

Lors de la qua­trième édi­tion du Fiad, une pla­te­forme bap­ti­sée «Club Afrique Dé­ve­lop­pe­ment» a été lan­cée. «Une pla­te­forme ou­verte en per- ma­nence aux opé­ra­teurs éco­no­miques des pays afri­cains», in­dique le ban­quier, rap­pe­lant que son ob­jec­tif est de contri­buer à fa­ci­li­ter les échanges ré­gio­naux et aux dé­bats re­la­tifs à la co­opé­ra­tion Sud-Sud. «Des op­por­tu­ni­tés d’im­port, d’ex­port et d’in­ves­tis­se­ment sont dis­po­nibles entre les mains des opé­ra­teurs éco­no­miques» , af­firme-t-il. Pa­ral­lè­le­ment à cet es­pace vir­tuel, les or­ga­ni­sa­teurs ont amé­na­gé une grande salle pour or­ga­ni­ser quelque 4.500 ren­contres B2B, sans comp­ter les contacts noués en marge du Fo­rum. Les or­ga­ni­sa­teurs ont ca­pi­ta­li­sé sur les an­ciennes édi­tions et ra­jou­té une nou­velle com­po­sante B2G au me­nu des pa­nels et des ren­contres B2B. Ces ren­contres B2G ont fa­vo­ri­sé l’échange entre en­tre­prises et of­fi­ciels en vue de nouer des par­te­na­riats pour des grands pro­jets struc­tu­rants. Ces der­nières an­nées, l’Afrique a connu une forte crois­sance éco­no­mique qui pour­rait la pla­cer de­vant les pays émer­gents comme une nou­velle lo­co­mo­tive de l’éco­no­mie mon­diale. Ce rythme sou­te­nu té­moigne, éga­le­ment, de la ré­si­lience de l’éco­no­mie afri­caine pen­dant la pé­riode des vaches maigres, mais aus­si des be­soins criants du tis­su éco­no­mique du con­tinent en pro­duits et ser­vices.

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