EN­TRE­TIEN AVEC MI­CHAEL SCHERPE

La conven­tion si­gnée entre la Co­nect et Messe Frank­furt France est «por­teuse d’ave­nir», se­lon Mi­chael Scherpe, pré­sident et pre­mier or­ga­ni­sa­teur de sa­lons tex­tile au monde.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Rid­ha MAAMRI

Pour un nou­veau po­si­tion­ne­ment du tex­tile tu­ni­sien

La conven­tion si­gnée entre la Co­nect et Messe Frank­furt France vise la re­lance du sec­teur de tex­tile. S’agit-il d’un ob­jec­tif am­bi­tieux dans la conjonc­ture ac­tuelle ? Bien sûr que non. Tant que vous n’avez pas per­du le match, vous pou­vez tou­jours le rem­por­ter. Y a-t-il un élé­ment qui prouve in­con­tes­ta­ble­ment que la Tu­ni­sie a per­du son match ? Moi je n’en connais pas. Au contraire, j’en connais de nom­breux autres qui montrent que la Tu­ni­sie dis­pose de fortes po­ten­tia­li­tés de dé­ve­lop­pe­ment, à com­men­cer par les jeunes, qui sont très bien for­més mais sous-em­ployés à l’heure ac­tuelle, à dé­faut d’in­ves­tis­se­ment dans le sec­teur. Pour va­lo­ri­ser cet atout consi­dé­rable, et bien d’autres, la Tu­ni­sie a be­soin d’in­ves­tis­se­ments.

En réa­li­té, je vous ai po­sé la ques­tion suite aux mul­tiples cris de dé­tresse pous­sés par les in­ves­tis­seurs du sec­teur ?

Ils se sont alar­més, certes, à cause de la conjonc­ture ac­tuelle, mais le vrai dé­fi consiste en l’éla­bo­ra­tion d’une stra­té­gie pour le sec­teur. Pour ce faire, il faut pré­sen­ter une vi­sion glo­bale qui pro­jette le site tu­ni­sien dans l’ave­nir en pre­nant en consi­dé­ra­tion ce que les pro­jecttent les concur­rents. Dans ce cadre proac­tif, j’ai créé à Pa­ris le sa­lon «Avan­tex», dé­dié à l’in­té­gra­tion de la high-tech dans la mode, et un autre à Frank­furt pour le tex­tile tech­nique. La Tu­ni­sie peut prendre sa place dans ces sa­lons qui pro­gressent au fil des an­nées en vue d’ac­com­pa­gner l’évo­lu­tion de la de­mande. Vous n’êtes pas sans sa­voir que nous pas­sons par une pé­riode for­mi­dable mar­quée par une rup­ture, que je qua­li­fie de po­si­tive dans les ha­bi­tudes de consom­ma­tion. Pa­ral­lè­le­ment, la de­mande évo­lue au rythme d’une crois­sance dé­mo­gra­phique sou­te­nue de la pla­nète, à rai­son de un à trois mil­liards d’in­di­vi­dus. Pour le tex­tile, on as­sis­te­ra à une pro­gres­sion for­mi­dable de la de­mande en ha­bille­ment. Le sec­teur de l’au­to­mo­bile n’en bé­né­fi­cie­rait pas au­tant que le

tex­tile car, pour les ha­bits, je vois mal com­ment on pour­rait s’en pas­ser. Ce n’est pas parce qu’on voit noir, ac­tuel­le­ment, qu’on dé­cide d’ar­rê­ter de tra­vailler. Il faut tra­vailler pour vé­hi­cu­ler une nou­velle image, une nou­velle no­to­rié­té et dé­ve­lop­per un nou­veau po­si­tion­ne­ment de l’in­dus­trie tex­tile tunisienne. A cet égard, je suis per­sua­dé que toute vo­lon­té se­ra ré­com­pen­sée, tôt ou tard. Vous faites al­lu­sion aux pos­si­bi­li­tés de com­pé­ti­ti­vi­té du sec­teur tex­tile en Tu­ni­sie dont la va­lo­ri­sa­tion perme rait de cap­ter ces nou­velles op­por­tu­ni­tés. Pou­vez­vous nous pré­sen­ter les atouts jusque là sous-ex­ploi­tés ? La proxi­mi­té géo­gra­phique et cultu­relle de la Tu­ni­sie avec l’Eu­rope est à va­lo­ri­ser, sur­tout en ces temps de rude concur­rence des Asia­tiques. Mais ce n’est pas suf­fi­sant. Il faut cher­cher des sources de com­pé­ti­ti­vi­té à l’in­té­rieur de l’en­tre­prise, no­tam­ment au ni­veau de l’offre des pro­duits, de la re­cherche et de dé­ve­lop­pe­ment, de l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail, de l’infrastructure, de la lo­gis­tique... En fait, c’est une re­cherche per­ma­nente d’amé­lio­ra­tion des pro­ces­sus en vue de gar­der une lon­gueur d’avance sur les concur­rents qui pro­gressent, eux aus­si.

La conven­tion pré­voit une di­ver­si­fi­ca­tion des mar­chés. Quels sont les mar­chés-cibles dans le cadre de ce e dé­marche ?

D’abord, dans le sec­teur, on parle dé­sor­mais d’un mar­ché mon­dial. Est-ce que la Tu­ni­sie est pré­sente sur ce mar­ché ? La ré­ponse est né­ga­tive. Et quand on af­fine la re­cherche sur le po­si­tion­ne­ment de la Tu­ni­sie sur le mar­ché eu­ro­péen, on re­marque que sa pré­sence reste concen­trée sur des mar­chés his­to­riques, dont l’ac­cès est re­la­ti­ve­ment plus fa­cile. Là, les marges de pro­gres­sion s’ame­nuisent. Je n’ap­pelle pas à quit­ter ces mar­chés, au contraire, il faut y pré­ser­ver ses parts de mar­ché. Mais, pa­ral­lè­le­ment, il faut ci­bler d’autres mar­chés. Et c’est l’ob­jet même de la conven­tion. Le mar­ché al­le­mand fi­gure sur la liste des mar­chés cibles ?

Oui. Est-ce que Messe Frank­furt pour­rait jouer le rôle de fa­ci­li­ta­teur sur ce mar­ché ? Oui, je pense que nous sommes en me­sure de le faire. Dé­jà, avant la si­gna­ture de la conven­tion, nous avons ac­cueilli au der­nier sa­lon «Ap­pa­rel Sour­cing» l’or­ga­ni­sa­tion al­le­mande «Dia­log tex­til bek­lei­dung» qui né­go­cie les ap­pro­vi­sion­ne­ments en ha­bille­ment pour le compte des im­por­ta­teurs al­le­mands. L’un de leurs con­grès a été te­nu pa­ral­lè­le­ment à notre sa­lon. Cette co­opé­ra­tion se­ra ren­for­cée. Et nous al­lons pro­vo­quer des ren­contres entre les en­tre­prises tu­ni­siennes et cet ac­teur ma­jeur du mar­ché al­le­mand.

La pré­sente conven­tion est-elle en me­sure de mo­ti­ver les en­tre­prises tu­ni­siennes de tex­tile pour par­ti­ci­per aux sa­lons pro­fes­sion­nels ?

Je l’es­père. J’ai at­ti­ré l’at­ten­tion des res­pon­sables de la Co­nect et du Ce­pex sur l’im­por­tance de l’adop­tion d’une pé­da­go­gie vi­sant le chan­ge­ment de quelques mo­dèles de pen­sée an­crés chez les en­tre­pre­neurs en vue de les convaincre de fran­chir un autre cap. Car, quand on perd des parts de mar­ché, il convient de les cher­cher ailleurs. A cet égard, les sa­lons de Messe Frank­furt donnent plus d’ac­cès au mar­ché mon­dial, qui est en réa­li­té dur, dif­fi­cile et pas tou­jours agréable.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.