THO­MAS BACH IN­VI­TÉ DU CNOT

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Ra­fik EL HERGUEM

L’olympisme, va­leurs per­dues…

Lé­vé­ne­ment sport tu­ni­sien, au­ra été sans doute l’ar­ri­vée de Tho­mas Bach, pa­tron du Co­mi­té in­ter­na­tio­nal olym­pique (CIO) en Tu­ni­sie. L’in­vi­té du Cnot est un VIP du sport mon­dial puis­qu’il di­rige l’ins­tance spor­tive in­ter­na­tio­nale la plus puis­sante. Cette vi­site pro­to­co­laire au­ra été en­tou­rée de tous les soins, avec des vi­sites gui­dées et un par­cours tra­cé au mil­li­mètre près pour l’Al­le­mand, car elle re­vêt une si­gni­fi­ca­tion ma­jeure pour le Cnot, ins­ti­tu­tion im­por­tante pour le sport tu­ni­sien mais qui ne pèse pas si lourd, mal­heu­reu­se­ment. Au-de­là de l’as­pect pro­to­co­laire de cette vi­site, c’est une ou­ver­ture, une oc­ca­sion de par­ler du Cnot en tant qu’or­gane ré­gu­la­teur sur le pa­pier du sport en Tu­ni­sie, et sur­tout des va­leurs olym­piques. A chaque en­vi­ron­ne­ment spor­tif son contexte, ses ac­teurs clefs et sa réa­li­té que les co­mi­tés olym­piques na­tio­naux gèrent avec soin dans le monde en­tier. Les va­leurs olym­piques ? Elles sont nom­breuses, telles la so­li­da­ri­té, la fra­ter­ni­té, la res­pon­sa­bi­li­té, la trans­pa­rence etc. A quoi servent-elles ? Contrai­re­ment à ce qu’on peut pen­ser, elles sont fon­da­men­tales pour faire fonc­tion­ner et ré­gu­ler le pay­sage (le mar­ché) du sport. Qui dit olympisme et des va­leurs telles que dé­jà pré­sen­tées, pense di­rec­te­ment ( et ça va de soi) au sport ama­teur, non mar­chand. Ce n’est com­plè­te­ment pas vrai. Ces va­leurs sa­crées servent aus­si pour la ré­gu­la­tion et le contrôle du sport pro­fes­sion­nel et mar­chand. Pour ces clubs de foot­ball, de bas­ket, et pour ces ten­nis­men, boxeurs pro­fes­sion­nels, ath­lètes, et tous ces spor­tifs qui offrent du spec­tacle et qui gagnent de l’ar­gent, ces va­leurs sont contrai­gnantes pour évi­ter les dé­ra­pages et les dé­lits de tous genres. Quand le club est une so­cié­té qui mo­bi­lise des ca­pi­taux et des ac­tion­naires sur le mar­ché fi­nan­cier qui gé­nèrent des pro­fits éle­vés, ce­la ne veut pas dire que l’on doit gé­rer et ga­gner à n’im­porte quel prix. Et même pour les mar­chés autres que le sport, les lois sur la trans­pa­rence, sur la loyau­té (fis­cale par exemple) doivent être te­nues pour sa­crées. C’est ce qui donne sa no­blesse à ce que l’on en­tre­prend. En sport, les va­leurs sont une ligne rouge que pas mal de nos di­ri­geants ou­tre­passent dont ils se moquent jour et nuit. Tho­mas Bach n’a pro­ba­ble­ment pas eu le temps de voir la vraie face de notre sport où il ny a pas de règles claires et où tout le monde conspire contre tout le monde. Il n’a pas vu, lui qui a un long vé­cu du sport, que le Cnot ne joue pas (ne peut pas jouer) vrai­ment son rôle de pro­mo­teur des va­leurs olym­piques . Et que le sport reste le « mo­no­pole » du mi­nis­tère de tu­telle, pre­mier bailleur de fonds et artisan des règles et axes de dé­ve­lop­pe­ment, alors que le Cnot joue un rôle ho­no­ri­fique, pas plus. Le CIO, qui in­ves­tit des mil­lions d’eu­ros dans la for­ma­tion des cadres et di­ri­geants , et qui in­ves­tit au­tant pour lut­ter contre la cor­rup­tion, le do­page, le ra­cisme , l’ex­clu­sion, et, nou­vel­le­ment, le ter­ro­risme , a in­té­rêt à chan­ger de stra­té­gie et à in­ter­ve­nir pour don­ner plus de pou­voir et de moyes à ses co­mi­tés na­tio­naux. En Tu­ni­sie, notre sport est loin d’être un mar­ché clair où les garde-fous sont in­fran­chis­sables et les va­leurs nobles consa­crées. On a en­core un bon bout de che­min à par­cou­rir, et beau­coup à faire, mais l’exemple doit ve­nir d’en haut, de la « sphère » du com­man­de­ment du sport pour être dé­cli­né jus­qu’en bas de l’échelle et au­près des en­traî­neurs, ath­lètes, di­ri­geants et tous les ac­teurs de l’en­vi­ron­ne­ment spor­tif tu­ni­sien. C’est ça le plus im­por­tant, et le Cnot se doit de sor­tir de ses sen­tiers bat­tus et pas­ser à l’ac­tion et à l’ef­fi­ca­ci­té. Il a tous les moyens de le faire, on at­tend juste une prise de conscience et que les membres du Cnot se consacrent à l’olympisme et pas à autre chose.

Newspapers in French

Newspapers from Tunisia

© PressReader. All rights reserved.