ATÉGIE CULTU­RELLE

La Presse Business (Tunisia) - - CULTURE -

du Hez­bol­lah est si édi­fiante et ré­vèle même des su­bor­di­na­tions ex­pli­cites. On ne peut plus clair. Pour étayer le tout, ces dis­cours dis­cor­dants au sein du même gou­ver­ne­ment ou équipe et qui n’ont rien à voir avec les di­ver­gences in­hé­rentes au nou­veau or­di­naire dé­mo­cra­tique, ce qui n’est pas pour nous ras­su­rer. Mais au fait, com­ment fonc­tionne le gou­ver­ne­ment ? Et les mi­nistres ? Et les ins­ti­tu­tions… et les fonc­tion­naires de tout ce mag­ma po­li­ti­co-ins­ti­tu­tion­nel ? Nul n’ignore que de­puis le dé­but de la « sai­son prin­ta­nière », nous na­vi­guons sans plan de route, sans re­pères iden­ti­fiables et donc à l’aveu­glette et au pe­tit bon­heur la chance. Et si nous nous main­te­nons en­core à flot, c’est grâce aux bons ré­flexes ac­quis par ce pays aux moeurs po­li­tiques, ins­ti­tu­tion­nels ad­mi­nis­tra­tifs et cultu­rels bien par­ti­cu­liers. Da­van­tage que par une quel­conque pré­des­ti­na­tion mi­ra­cu­leuse comme l’avait une fois as­sé­né, sans sour­ciller, un fa­meux gé­né­ral. Il va sans dire alors que de simples mi­nis­tères, car consi­dé­rés comme tels, ceux no­tam­ment de la Culture, du Tou­risme ou de la Femme, dont on fait cou­ram­ment don aux femmes, peut-être par cha­ri­té fé­mi­niste, ne peuvent émer­ger ni se dis­so­cier de ce mag­ma struc­tu­rel. Ils en consti­tuent l’ob­jec­ti­vi­sa­tion par­faite et ne sont que la pro­jec­tion en temps réel des li­mites du sys­tème. De­puis la brise prin­ta­nière on a eu quatre mi­nistres de la Culture qui n’ont pas réus­si à mar­quer de leur em­preinte ce sanc­tuaire de l’in­tel­li­gence, ou ce qui de­vrait l’être. Avec tou­jours le même pro­fil des conseillers et l’in­évi­table garde rap­pro­chée qui veille au grain, c’est-à-dire à ces in­té­rêts oc­cultes et en­ten­dus, chasse gar­dée de celles et ceux qui sont de la bou­tique. Un mi­nistre, quelles que soient ses bonnes in­ten­tions, se­ra né­ces­sai­re­ment en butte aux in­évi­tables ca­ciques qui hantent da­van­tage les la­by­rinthes et les cou­loirs que les bu­reaux sur les­quels s’en­tassent de­puis des an­nées des mil­liers de dos­siers ron­gés, plus par la pous­sière que par d’éven­tuelles consciences. Pour l’avè­ne­ment d’une nou­velle culture, celle qui chan­ge­ra la face du pays et re­mo­dè­le­ra notre pay­sage men­tal, il faut plus qu’un mi­nistre qui ren­voie au dé­jà-vu. La culture est la spé­cia­li­té la plus poin­tue et la plus exi­geante, pour la simple rai­son qu’elle em­brasse tous les do­maines de la connais­sance et se trouve au car­re­four de tout ce qui touche aux ac­ti­vi­tés de l’es­prit et même du corps. Au­tant dire qu’elle fa­çonne et dé­fi­nit la qua­li­té de la pen­sée et de la vie des so­cié­tés hu­maines. A tra­vers sa pré­sence, quand elle est ef­fi­ciente, à tra­vers son pou­voir d’en­gen­drer le su­blime et d’in­suf­fler l’éner­gie créa­trice, on re­con­naît le souffle qui anime les so­cié­tés dy­na­miques et évo­luées. Celles qu’on aime vi­si­ter au prix des re­cours les plus avi­lis­sants afin d’ob­te­nir un vi­sa, ce droit qui nous au­to­rise à cô­toyer pour un temps li­mi­té les grandes ci­vi­li­sa­tions, dont jus­te­ment nous vé­né­rons la culture. Par contre, et de­puis le temps que notre élite est au cou­rant de cette équa­tion vi­tale, on se de­mande ce qui peut en­tra­ver une réelle prise de conscience sal­va­trice. Se rendre compte à la fin, que le com­men­ce­ment vien­drait de l’éla­bo­ra­tion d’une vi­sion cultu­relle, d’une stra­té­gie sur la­quelle on fonde notre des­tin. Pour ce, il est im­pé­ra­tif de se po­ser ces ques­tions: qui sommes-nous pré­sen­te­ment? Quels sont nos atouts ma­té­riels et im­ma­té­riels, et à quoi nous nous des­ti­nons dans le siècle à ve­nir? Dès lors que nous au­rions cer­né les ré­ponses et dres­sé l’in­ven­taire, le pas­sage à l’ac­tion ne pré­sen­te­ra plus de pro­blèmes pour une na­tion qui sau­ra la di­rec­tion à prendre. Mais il est à craindre que, comme à l’ac­cou­tu­mée, on se lance dans des guerres où ja­mais l’in­ten­dance n’ar­rive à suivre.

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