UR­GENCE ÉCO­NO­MIQUE

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR Ré­dac­teur en chef

Wi­ded Bou­cham­maoui, pré­si­dente de l’Union tu­ni­sienne du com­merce, de l’in­dus­trie et de l’ar­ti­sa­nat (Uti­ca) a ré­ité­ré, lors du Con­seil na­tio­nal de l’or­ga­ni­sa­tion pa­tro­nale, son ap­pel lan­cé aux pou­voirs pu­blics en vue de dé­cré­ter «L’état d’ur­gence éco­no­mique». Cet ap­pel à une me­sure aux contours en­core flous, est jus­ti­fié, par la pa­tronne des pa­trons ,par la per­sis­tance des dif­fi­cul­tés éco­no­miques en Tu­ni­sie dont té­moignent des in­di­ca­teurs de base qui ont tous vi­ré au rouge. On com­prend l’an­goisse des chefs d’en­tre­prise. A la mo­ro­si­té du contexte éco­no­mique pré­va­lant de­puis dé­jà trop long­temps, vient se gref­fer l’ar­deur des re­ven­di­ca­tions so­ciales, ponc­tuées de grèves, de sit-in et de blo­cage de quelques sites de pro­duc­tion. Certes, à trop char­ger la barque des pa­trons, on risque de la faire cou­ler. Ce­pen­dant, la liste des dé­fis qui se posent est bien plus longue en­core. Et un «état d’ur­gence éco­no­mique», dont la prin­ci­pale ver­tu se­rait de mettre un terme aux troubles so­ciaux, aux grèves et aux re­ven­di­ca­tions à ou­trance et de bar­rer la route aux contre­ban­diers, ne pour­rait ba­li­ser la voie à une re­lance éco­no­mique. Car, pour par­ve­nir à cet ob­jec­tif et sor­tir le pays de la zone de tur­bu­lences, la Tu­ni­sie a be­soin d’un vé­ri­table plan de sau­ve­tage. Le­quel plan poin­te­ra du doigt le mal et fe­ra sau­ter les ver­rous qui plombent la re­lance de l’éco­no­mie, à l’ins­tar de l’hé­mor­ra­gie dans les équi­libres fi­nan­ciers, du re­tard des ré­formes à en­ga­ger, de la re­mise en route des grands pro­jets et de la lutte contre la contre­bande et la cor­rup­tion. Et même si cet ap­pel a ren­con­tré un bon écho, il re­vient au chef de l’Etat de le dé­cré­ter. Or, cette me­sure ne sau­rait être pro­cla­mée que lorsque la «sé­cu­ri­té ali­men­taire» du pays est for­te­ment me­na­cée par une crise d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, par exemple. Il faut qu’il y ait une me­nace ex­trême, un dan­ger im­mi­nent. En l’ab­sence d’un Con­seil consti­tu­tion­nel, un tel dé­cret de­vra être va­li­dé au ni­veau de l’ARP. Au Ve­ne­zue­la, un dé­cret sur l’état d’ur­gence éco­no­mique, dont l’ob­jec­tif est de lut­ter contre la crise éco­no­mique dont souffre le pays, ag­gra­vée par la chute des cours du pé­trole, a été re­je­té une se­maine plus tard par l’As­sem­blée na­tio­nale contrô­lée par l’op­po­si­tion. Pour­tant, de­puis plu­sieurs mois, les files d’at­tente se mul­ti­plient pour l’achat de mé­di­ca­ments, de pro­duits de base, — lait, huile, riz, couches pour bé­bé — et l’in­fla­tion at­teint des ni­veaux re­cords. Par­mi les pré­ro­ga­tives ren­dues pos­sibles avec ce dé­cret, l’exé­cu­tif est ha­bi­li­té, par exemple, à as­si­gner des fonds ex­tra­or­di­naires à des pro­jets ins­crits ou non dans le bud­get. Le dé­cret per­met­trait éga­le­ment au gou­ver­ne­ment de re­cou­rir aux en­tre­prises pri­vées pour aug­men­ter les ni­veaux de pro­duc­tion, as­su­rer la dis­tri­bu­tion, mo­di­fier les mo­da­li­tés d’im­por­ta­tion et le contrôle des changes. C’est ce qui a ame­né l’op­po­si­tion vé­né­zué­lienne à dé­non­cer cette dé­ci­sion. Cer­tains dé­pu­tés ont re­dou­té no­tam­ment des ex­pro­pria­tions d’en­tre­prises pri­vées. Ils craignent, de fait, une confis­ca­tion de la pro­prié­té des en­tre­prises pri­vées. Dès lors, lan­cer un ap­pel pour un «état d’ur­gence éco­no­mique» pour­rait de­ve­nir une arme à double tran­chant pour les pa­trons. Puisque les me­sures concrètes de mise en oeuvre de ce dé­cret ne dé­pendent pas de la cen­trale pa­tro­nale mais des pou­voirs lé­gis­la­tifs et exé­cu­tifs. Les­quels peuvent don­ner une lec­ture tout à fait autre à «l’ur­gence éco­no­mique».

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