“L’UNI­VER­SI­TÉ DOIT ÊTRE RÉ­FOR­MÉE EN UR­GENCE”

Chi­ha Ga­ha, en­sei­gnant à l’Ins­ti­tut su­pé­rieur de ges­tion de Tu­nis (ISG) plaide en fa­veur d’une re­fonte to­tale du sys­tème uni­ver­si­taire et de la for­ma­tion des jeunes pour trou­ver les so­lu­tions adé­quates au pro­blème du chô­mage en Tu­ni­sie. La Presse Bu­si­ness

La Presse Business (Tunisia) - - EMPLOI - Pro­pos re­cueillis par Me­riem GAMAOUN

De­vant l’am­pleur de la crise du chô­mage qui a pro­vo­qué der­niè­re­ment des contes­ta­tions, par­fois vio­lentes, à tra­vers toute la Tu­ni­sie de la part de jeunes chô­meurs déshé­ri­tés. Comment en­vi­sa­gez-vous les so­lu­tions ap­pro­priées à ce e crise qui n’a que trop du­ré ?

Le pro­blème du chô­mage est com­plexe et dif­fi­cile à ré­soudre… D’abord, il faut re­con­naître que le chô­mage est de na­ture mon­diale. Il est pré­sent par­tout et est, au­jourd’hui, la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion de tous les Etats, gou­ver­ne­ments et peuples. Pas un seul pays au monde n’échappe au­jourd’hui au phé­no­mène du chô­mage. Tous les pays arabes en pre­mier lieu, afri­cains et plu­sieurs pays eu­ro­péens vivent le chô­mage et s’at­tèlent ac­ti­ve­ment à en at­té­nuer les ef­fets à dé­faut de le ré­soudre. Tous les pays du monde, au nord comme au sud, souffrent du chô­mage et plus par­ti­cu­liè­re­ment ce­lui des jeunes et des di­plô­més, et lui cherchent ac­ti­ve­ment des so­lu­tions... Donc, loin d’être un phé­no­mène lo­cal, tu­ni­sien, ou nou­veau, le chô­mage a une di­men­sion in­ter­na­tio­nale et qua­si per­ma­nente… De­puis tou­jours, la Tu­ni­sie a été un pays de chô­mage. Elle a tou­jours connu des taux de chô­mage éle­vés. Du­rant les der­nières dé­cen­nies, ce taux en Tu­ni­sie a avoi­si­né plus ou moins les 20%…

Peut-on dif­fé­ren­cier entre chô­meurs di­plô­més et chô­meurs non di­plô­més?

Je ne vois pas pour­quoi on tient à dis­tin­guer chô­meurs­di­plô­mé­set­chô­meurs­non­di­plô­més. Pour les jeunes chô­meurs, il y a lieu de voir les deux par­ties concer­nées : le mar­ché de l’em­ploi en Tu­ni­sie, d’un cô­té, et la na­ture de la for­ma­tion aca­dé­mique dis­pen­sée.

Comment ex­pli­quez-vous qu’il y ait au­tant de chô­meurs di­plô­més?

Pour mieux com­prendre le chô­mage des di­plô­més, nous de­vons nous in­ter­ro­ger sur la qua­li­té de l’en­sei­gne­ment dis­pen­sé pré­sen­te­ment à l’uni­ver­si­té, sur la qua­li­té et l’ef­fi­cience de ses pro­duc­teurs. Pour­quoi y at-il au­tant de di­plô­més chô­meurs ? A pré­sent, on compte, se­lon des sources concor­dantes, quelque200à250mil­le­di­plô­mé­schô­meurs… De mon point de vue, la pro­duc­tion ac­tuelle de l’Uni­ver­si­té, ses en­sei­gne­ments, ses mé­thodes et l’en­semble des condi­tions de la pro­duc­tion du sa­voir et du sa­voir-faire me pa­raissent souf­frir de plu­sieurs la­cunes et in­suf­fi­sances. Il y a chez les di­plô­més du su­pé­rieur une in­ap­ti­tude, une in­suf­fi­sance qui les han­di­cape ; qui les rend in­ca­pables d’ in­té­grer le mar­ché du tra­vail pour trou­ver un pre­mier em­ploi… L’uni­ver­si­té est res­pon­sable en par­tie de cette in­ca­pa­ci­té, de cette in­ap­ti­tude qu’on voit chez les di­plô­més. C’est pour­quoi il est urgent de re­voir notre sys­tème d’en­sei­gne­ment… Je crois qu’il est né­ces­saire de mettre à ni­veau les pro­duc­teurs, de for­mer et de re­for­mer les en­sei­gnants uni­ver­si­taires. Ce sont les en­sei­gnants uni­ver­si­taires qui, en grande par­tie, sont res­pon­sables de la qua­li­té de l’en­sei­gne­ment dis­pen­sé et de la qua­li­té et de l’ha­bi­li­té des ap­pre­nants et fu­turs di­plô­més du su­pé­rieur… Outre les pro­duc­teurs qu’il va fal­loir prendre en charge, mo­ti­ver, suivre et dont il fau­dra contrô­ler les pres­ta­tions, il faut aus­si et sur­tout mettre à ni­veau l’or­ga­ni­sa­tion et le ma­na­ge­ment de l’es­pace uni­ver­si­taire, c’est-à-dire la tu­telle. A mon avis, le mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, qui est le pre­mier res­pon­sable de la po­li­tique et du mode de fonc­tion­ne­ment de l’Uni­ver­si­té, doit re­voir ses po­li­tiques ain­si que ses modes opé­ra­toires.. A pré­sent, la tu­telle me pa­raît peu sou­cieuse de la qua­li­té de l’en­sei­gne­ment. Elle in­ter­vient ra­re­ment dans le pro­cès de la pro­duc­tion. Ses tâches se li­mitent à l’ap­pli­ca­tion des pro­cé­dures, aux sa­laires et autres ac­ti­vi­tés ad­mi­nis­tra­tives ré­pé­ti­tives.

Qu’est-ce que vous re­pro­chez à la tu­telle?

De­puis la ré­vo­lu­tion du 14 jan­vier, le mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur (MES) pa­raît de plus en plus mar­gi­nal, fri­leux et sans réelle ca­pa­ci­té à pou­voir «ré­gu­ler» l’Uni­ver­si­té et en­core moins à la conduire et la ré­for­mer. De­puis la ré­vo­lu­tion, le rôle du MES semble se li­mi­ter à une po­li­tique de lais­ser-faire et ce

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